Jacques Nadeau: un homme et ses photos

Pied de nez au vilain qui a dérobé le labeur de toute une vie, Photos trouvées raconte, en 320 clichés récupérés, le grand élan de solidarité qui a permis au photographe de presse Jacques Nadeau de rebondir.

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Réunis par leur dissidence, un juif hassidim et un militant propalestinien lors d’une fête en appui à Israël, à Montréal, en 2002. (Photo : Jacques Nadeau)

Pas question d’abandonner. En juillet dernier, deux jours après le vol des cinq disques durs qui contenaient les archives de toute une vie — 100 000 photos prises en 35 ans de carrière —, le photographe de presse Jacques Nadeau était déjà dans la rue, appareil en bandoulière.

Photos trouvées, le livre qu’il publie aux éditions Médiaspaul, est la plus belle des répliques au cambrioleur, qui lui a dérobé ce qu’il avait de plus précieux.

Le mobile reste obscur, le crime, non élucidé. Jacques Nadeau n’a pas attendu pour se reconstruire, inspiré par les victimes de catastrophes qu’il a photographiées ici et ailleurs. « Après un drame, le plus important, ce sont les gens qui restent », dit-il, pensif.

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À force de fouiller, il a récupéré le tiers de sa collection, sur des CD, des clés USB et quelques négatifs retrouvés, dans les archives du Devoir, où il travaille depuis 25 ans, et auprès de magazines (dont L’actualité) et d’organismes qui se sont empressés de lui donner les images qu’ils avaient.

C’est une sélection de ces photos que présente le livre, un florilège de petits et de grands moments de l’histoire récente en 320 clichés. Référendums de 1980 et de 1995, crise étudiante de 2012, Jacques Nadeau est toujours là quand ça compte. Il a photographié les plus grands et les plus humbles ; à travers sa lentille, Mick Jagger et un itinérant trouvent une même dignité.

Entremêlant les lieux et les époques, la trame narrative de Photos trouvées semble à première vue aléatoire ; puis elle se révèle, limpide. Sous la plume de Louise Jacques et de Marie-Andrée Lamontagne, Jacques Nadeau raconte son état d’esprit après le vol. Ses photos, images de chaos, puis de solidarité, lui répondent en écho.

Deux monuments du Québec, René Lévesque et Jacques Parizeau, ont droit à une rétrospective photographique accompagnée de textes de Gratia O’Leary, attachée de presse du premier, et de Lisette Lapointe, veuve du second. « J’avais 21 ou 22 ans la première fois que j’ai photographié ces hommes, raconte Jacques Nadeau. René Lévesque ne cherchait pas à cultiver son image, comme le font les politiciens d’aujourd’hui. »

Quand j’ai parlé au photojournaliste, il venait de croquer le portrait de Stéfanie Trudeau (matricule 728) à son arrivée au palais de justice de Montréal, pour son procès pour voies de fait. Au téléphone, il était excité comme un gamin.