J’ai besoin des gens

Léa Stréliski a besoin de dire à ceux qu’elle aime comment elle va. Elle a besoin de sortir tous les mots qui dorment dans son cœur. Elle a besoin des gens.

Photo : L'actualité

Je ne pourrais pas vivre sans. Si cette pandémie m’a appris une chose, c’est que j’ai très, très besoin des gens. De mes gens. Que j’ai bien choisi. J’étais du genre recluse. Seule sur mon île. Coincée dans ma tête. Pensant devoir en tout temps me débrouiller seule. Mon Dieu que j’avais tort ! Cette pandémie, ce fabuleux et gigantesque dénominateur commun, nous aura unis comme jamais. Je n’ai jamais autant senti que nous avions un destin commun.

Vous avez vu l’anxiété monter d’un cran, vous ? Moi, je l’ai vue me faire voyager dans une sorte de manège digne du Monstre à La Ronde. Un vaisseau fou duquel je suis souvent prisonnière, mais dans lequel je semble embarquer volontairement, par habitude. Maudit moulin dans ma tête. Peut-être que c’est parce que je dors que mon moulin va trop vite. Parce que je ne suis pas assez présente, présente dans ce qui compte. Peut-être que c’est pour ça qu’on a le hamster qui roule tout le temps. On est habitués à le laisser courir comme il veut. Pire, on finit par penser que c’est lui notre vie, le hamster. Ark !

Débarque de ma roue, maudit hamster. J’ai des enfants à aimer. Et des plantes à soigner et l’amour qui frappe à ma porte. L’amour, le bonheur, la communion, ça prend du courage. C’est plus courageux de se créer une vie qui fait que demain on sera bien que de s’endormir dans l’inaction. De subir.

Cette pandémie m’a appris que j’ai besoin des gens. Vitalement. J’ai besoin de dire à ceux que j’aime comment je vais. J’ai besoin de sortir tous les mots qui dorment dans mon cœur. J’ai besoin de les laisser s’envoler comme des papillons dans un champ. « Ne touche pas leurs ailes ! » Disait mon fils du milieu à sa petite sœur. « C’est la poudre sur leurs ailes qui les fait voler. »

Je ne sais pas si c’est vrai, mais je m’enduirais bien de cette poudre qui fait voler les papillons. Même si ce n’était pas vrai. Juste pour ravoir accès au monde des enfants. Juste pour pouvoir être comme eux. Juste avant que la raison ne frappe. Juste avant que les questions embarquent. Quand nous avions le pouvoir de suivre nos impulsions. D’aller d’une idée à l’autre. De voler d’une envie simple à l’autre. De butiner des moments au gré de nos inspirations.

Les petits ont été les champions de cette pandémie parce qu’avec un rien ils fabriquent des avions. Parce qu’avec une culotte et leur doudou sur le dos ils deviennent Superman. Ils me sont indispensables. J’ai besoin de leur contact parce qu’ils m’inspirent. Parce qu’ils me ramènent à l’ordre. Parce qu’ils me rappellent que la vie, c’est simple. Elle est toujours là, au détour d’un rêve, si l’on ose prendre le wagon de notre imagination et avoir confiance que, dans l’heure, se cache aussi le bonheur.

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Dans ce texte Léa Stréliski nous propose deux versions différentes de l’univers :
— La version ptolémaïque des anciens dans laquelle grosso modo le Soleil tourne autour de la Terre, mais serait néanmoins le centre de l’univers.
— La version copernicienne qui ferait du Soleil le centre de la galaxie, mais pas de ce dernier le centre de l’univers.

Nous pouvons constater que dans cette oscillation, madame Stréliski pencherait pour la forme copernicienne, pour autant que ce soit elle qui symbolise le Soleil en sorte que son petit monde à elle, gravite entièrement autour d’elle.

La question qui demeure en suspens et à laquelle évidemment je ne peux pas répondre, ce serait de savoir autour de quoi ou de qui gravite sa petite galaxie.

En ce sens, nous pourrions savoir si nous avons vraiment besoin des gens ou si les gens un peu comme les corps célestes s’attirent et se repoussent en recherche constante d’un équilibre qui n’existe que relativement, toujours pour un certain temps seulement. Même si à l’échelle de l’univers les instants peuvent quelquefois se compter en milliards d’années.

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