Jamais sans ma liste !

Rien n’oblige à faire des listes. Mais pour certains, ça vaut 12 conseillers matrimoniaux et 20 planificateurs financiers.

Ill : Julie Doucet

Des listes, j’en tiens des dizaines.

La liste d’épicerie, celle des tâches ménagères, des achats, des abonnements Web, des placements, des dettes, des numéros de cartes, des cadeaux, des rénos, alouette !

La liste est un réflexe chez moi. Un party ? Il faut une liste. Que faut-il acheter ? Vite, une sous-liste. Combien serons-nous ? Voir sous-liste.

Quand je m’énerve avec le programme de la fin de semaine, ma Julie me demande : « C’est quoi, ta liste ? »

Il y a aussi les listes dont je rêve, mais que je n’ai pas le temps de faire : la liste de mes dossiers, celle de mes livres, du matériel de camping. Et celle des outils.

La plupart d’entre elles se présentent en « tas », dans une « chemise » : celle des idées d’articles, celle des livres à lire, des destinations de ski, des restos parisiens. J’en ai des tiroirs pleins, que j’ouvre seulement… pour faire la liste.

Je ne comprends d’ailleurs pas comment vivent ceux qui n’en font pas. Ma belle-sœur trouve cela ridicule, castrant. Elle refuse de faire des listes, ne serait-ce que pour l’épicerie. Alors il lui manque toujours quelque chose, même quand son frigo déborde.

Dresser des listes, c’est libérateur, pour ne pas dire thérapeutique. Combien de fois me suis-je levé à 2 h du matin pour en faire une ! Quand l’insomnie frappe, c’est en général parce que je jongle avec trop d’idées qui tournent en boucle. Tout amateur de listes est d’ailleurs familier de ce paradoxe : on les établit pour ne pas oublier, et on dort mieux du simple fait de pouvoir oublier !

Car au fond, que fait la liste ? Elle nous met devant l’absurdité de s’énerver deux mois d’avance avec les bagages, alors qu’on n’a pas encore acheté le billet d’avion ! Elle permet de trier les « priorités prioritaires ».

Une bonne liste, cela vaut 12 conseillers matrimoniaux et 20 planificateurs financiers.

Dans la vie de couple, les listes ont aussi un effet stabilisateur – pour ne pas dire roboratif. Dans la mienne, la liste d’épicerie a été une de nos premières stratégies pour contrer la litanie de récriminations (« Tu as oublié le beurre ! – Non, c’est toi ! ») et les allers-retours intempestifs au dépanneur pendant que les poireaux collent au fond de la casserole.

Il y a par contre certaines listes que je déteste : celles des autres.

Ne me parlez pas de la liste des meilleurs vins, des meilleurs livres, des meilleures plages, des meilleurs collèges ou des meilleures écoles secondaires. Je ne veux pas me faire dire ce que je suis censé avoir lu, bu, vu, su, dû. En fait, c’est même plutôt le contraire.

Je vous mentirais si je vous disais que je les fuis toutes. Je consulte la liste des films de la rentrée – même si, famille oblige, j’ai moins le temps d’aller au cinéma. J’espère seulement qu’il y aura encore des salles de ciné quand je retrouverai le temps.

Entre deux listes…

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