Je me souviens… de quoi ?

Passer vite sur certains personnages historiques pour mieux racconter le maccarthysme et les horreurs du Ku Klux Klan ? La pilule était dure à avaler.

Aux États-Unis, c’est presque une guerre civile qui a éclaté dans les médias lorsque l’on a rendu publiques les nouvelles lignes directrices de l’enseignement de l’histoire, à l’automne 1994. Dans les National Standards for History, on mentionnait à peine le premier président, George Washington, mais on s’attardait sur la vie de l’esclave émancipée Harriet Tubman. On passait vite sur des héros lumineux tels les frères Wright, pionniers de l’aviation, et Alexander Graham Bell, inventeur du téléphone. Alors qu’on insistait sur des pans sombres de l’histoire, comme le maccarthysme (période de la chasse aux communistes) et les horreurs du Ku Klux Klan.

Cette histoire des États-Unis est « antiaméricaine », a tonné la droite religieuse et patriotique. Comment voulez-vous que les enfants soient fiers d’être américains si on leur lègue ce passé-là ? Ce à quoi les intellectuels libéraux ont répondu : il faut revenir de vos dead white men (hommes blancs morts, soit les pères fondateurs et autres grands hommes politiques). La nouvelle histoire a le mérite, ont-ils ajouté, d’être lucide et de faire une place aux oubliés des anciens manuels : Noirs, femmes, autochtones, ouvriers…

La bataille de l’histoire, féroce, s’est déroulée dans les pages éditoriales des journaux, dans les talk-shows télévisés et à la radio. Puis, elle a abouti au Sénat, où, en janvier 1995, 99 sénateurs — contre un — ont condamné la nouvelle vision du passé ! Les National Standards ont été révisés de façon à ménager les susceptibilités et ils ont survécu sous forme de guides, que les professeurs peuvent ou non utiliser.

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