Je ne pense pas à la mer

Mais à la campagne, alors là… Je m’ennuie de la nature ! Je suis allée à la pépinière cette semaine. J’ai failli tout acheter.

Photo : L'actualité

Je pense beaucoup à la mer ces temps-ci. Je ne sais pas pourquoi, elle m’habite. En fait, je n’y pense pas, c’est ça qui est beau. Elle m’habite. Et il est là, l’enjeu. Moins penser. Ce n’est pas facile moins penser. On aime penser. Attention, je n’ai pas dit « réfléchir », réfléchir c’est bien. Tu travailles. Tu réfléchis à essayer de créer ou régler quelque chose. Penser c’est vraiment juste pété. C’est un truc que fait notre cerveau parce qu’il est habitué. Je suis rendue que je ne vois plus rien de noble au fait de penser. On le fait trop, on le fait mal et la plupart des milliards de pensées qui nous fréquentent ne sont que de la pollution. De l’inutile. Un truc que fait notre cerveau par accoutumance.

Je regarde des vieilles maisons. À la campagne. Je regarde beaucoup la campagne parce que je m’ennuie de la nature. Sûrement parce que je suis confinée comme une marmotte, mais sûrement aussi parce que c’est la fin, fin, fin de l’hiver. Et qu’à la fin, fin, fin de l’hiver on est avide de nature. Je le sais parce que l’an dernier, dans un monde où on avait toutes les chances sans le savoir, je suis allée en visite avec ma mère et ma fille au Jardin botanique. Vous êtes déjà allés au Jardin botanique fin mars quand le résidu de neige dehors est un tas de cailloux, de papiers d’emballage, de tasses en papier aplaties et de crottes qui dégèlent, et que la ville est sale et beige et triste ? Vous savez pas que vous n’en pouvez plus, mais vous rentrez au Jardin botanique et là… vous voyez des feuilles ! En hiver. Et tout à coup, la chaleur humide et le vert qui vous enlacent paraissent comme un rêve. Comme un moment où on reprend notre souffle, où on se réveille d’un cauchemar.

L’autre matin, figurez-vous qu’après ne pas avoir conduit pendant deux mois, j’ai pris la voiture que l’on nous prête (pour éviter que mon mari prenne le métro) et j’ai conduit. J’ai pas juste conduit, j’ai conduit SEULE. Seule, sans enfants. Dans un habitacle fermé. Une bulle où personne ne me parlait. Où personne ne me parlait sauf Paula Abdul. Vous avez déjà pleuré sur du Paula Abdul ? Sur un truc aussi synthétique que « Straight Up », suivi par « Sexual Healing » de Marvin Gaye, et vous avez l’impression que le mix enchaîné est la plus belle symbiose dont vous avez jamais été témoins ? Je passais à côté du boulevard Pie-IX, qui est complètement éventré, et je voulais faire un câlin à Montréal tellement elle m’avait manquée. La tour du stade rivalisait avec la tour Eiffel, j’ai été à ce point enfermée.

Je suis allée à la pépinière. J’ai failli tout acheter. Je voulais étreindre le printemps. Je voulais tout prendre, partir avec leurs figuiers plus vieux que mon père, arracher à pleines mains les platebandes de fleurs blanches, les empoigner avec l’excitation d’un enfant qui agrippe un chaton.

Je voulais tout prendre. Avaler la nature. Lui dire que je me suis ennuyée d’elle. Que l’on est nuls, tous autant que nous sommes, nuls à chier lorsqu’il s’agit de la protéger, de l’aimer, de comprendre. De voir. Voir tout ce qui est là et qui ne demande qu’à être vu. Juste vu. Vécu. Pas pensé.

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Les bouddhistes et encore les taoïstes prétendent que notre tête est habitée par un singe. Son nom est traduit comme singe bavard ou singe de l’esprit.

Ce que nous appelons couramment la pensée n’est pas proprement ce travail philosophique au niveau de la réflexion qui commande les idées. C’est plutôt ce singe facétieux, bavard, qui saute sur tout ce qui bouge ou ne bouge pas et qui nous parle inlassablement.

Ce qui nous fait passer d’une chose à l’autre invariablement.

Et nous ne savons pas comment le faire taire. Si nous ne savons pas comment le faire taire, c’est tout simplement parce qu’il ne se taira pas. C’est aussi pourquoi dans l’horoscope chinois, les natifs du singe sont souvent considérés comme d’excellents orateurs, toujours curieux ils vivent dans une sorte d’agitation permanente.

Mais en fait, devrions-nous considérer ce singe comme une nuisance ou comme un ami ?

Ce que nous devrions faire, c’est apprivoiser ce singe. Ceci se traduit dans le taoïsme et encore le bouddhisme par l’apprentissage de la maitrise de soi. Dans les environnements qui sont les nôtres, peu de personnes parviennent à obtenir cette tranquillité parfaite de l’esprit qui devrait nous permettre d’appréhender toutes choses sereinement.

Nous pouvons toujours demander à ce singe, ce qu’il ferait à notre place pour avancer avec légèreté dans cette jungle urbaine pas toujours très Zen.

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J’aime votre prose optimiste, légère et pleine d’esprit. Vous me rappelez un peu Foglia par votre style, vélo en moins bien sûr. Merci

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La nature est plus proche que vous ne le croyez. Bien des Montréalais s’évadent de l’île pour aller dans leurs coins de villégiature préférés et on en voit beaucoup dans l’Estrie. Je pense que le confinement a duré plus longtemps que ce que l’humain peut prendre sauf quand il est envoyé en prison… Bienvenue en campagne !

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