Je ne veux même plus savoir

Je ne connais pas les résultats de l’élection américaine à l’heure actuelle, mais je sais que quoi qu’il arrive, le vrai combat de la vie ne changera pas.

Crédit : L'actualité

Je me suis laissée prendre au jeu. Au jeu de ce suspense. De cette course. J’avais oublié que la vie, c’est pas ça, une course. Vous allez rire, c’est le titre de mon livre. J’avais oublié qu’on veut sans cesse nous faire croire que la seule vraie vie qui existe est celle que montre la télé. Le fil incessant des actualités. Je m’étais laissée prendre au jeu, parce que c’est important une élection. C’est gros, surtout celle-là. Mais la vie, c’est pas ça.

Il n’y a pas que ça. Et quand on écoute la radio toute la journée et qu’on lit les journaux et que l’on se perd sur Twitter, et que tout ça culmine en une soirée électorale que l’on attend depuis quatre ans, au beau milieu d’une pandémie qui ne terminera pas ce soir, bien sûr qu’on a l’impression que l’on prend tous nos pions et qu’on les place sur une case. Une seule case. Puis, spine la roulette.

Mais la vie, c’est pas ça. J’ai décroché, certains diront que c’était parce que c’était déprimant ou parce que le scénario rose bonbon que j’espérais n’arrivait pas. Mais c’est plutôt parce que nous vivons une période trouble où j’ai sincèrement l’impression que le choix qui s’offre à nous généralement est maintenant une urgence. De quoi rempliras-tu ton heure ? J’avais mal à la tête. J’écoutais la voix de John King sur CNN, qui débitait des mots et des chiffres à la vitesse d’un commentateur de hockey qui suit la rondelle, mais un moment donné je me suis rendu compte que ça me tentait plus de suivre la rondelle.

On en est où, là ? Avec les écrans qui bougent et la musique qui stresse et les lumières qui flashent et la rapidité avec laquelle on s’attend à avoir l’information et donc à la traiter… La vie ne va pas aussi vite que ça et donc on est obligé de combler. De combler avec des mots qui ne veulent rien dire, avec des chiffres qui, on le répète, sont incertains, mais vite, vite, vite il faut remplir. Et je ne me souviens plus si je veux adhérer à ça. Il y a un rythme aux choses, aux progrès, aux changements… Je le sais parce que j’ai vu mes petits apprendre à marcher. J’aurais eu beau leur faire faire des mouvements de jambes depuis la naissance, y en reste pas moins qu’un bébé, c’est à peu près à un an que ça marche.

Je me suis laissée prendre au piège de tout ce théâtre politique et médiatique, que j’ai suivi aveuglément parce que ça m’intéresse, mais il y a un bout drainant à tout ça et trop prenant, qui est tout simplement malsain. On nous fait croire que ne pas s’abreuver à toutes ces formes d’informations, ça n’est pas vivre la « vraie vie ». Mais pendant toute cette soirée électorale cauchemardesque, j’avais une petite fille de six ans qui venait me voir avec ses bouclettes et qui voulait que l’on tresse des scoubidous. Les scoubidous, pour ceux qui ont eu aussi cette enfance, sont des espèces de bracelets en plastique que l’on tresse et je les faisais aussi quand j’étais petite. C’est ma sœur, la pianiste, qui lui a offert la boîte. On en a fait. Ma fille voulait que j’éteigne l’écran. Me suppliait de faire taire ce vacarme.

Et elle avait bien raison. Qu’est-ce que ça change de suivre tout ça en direct ? D’avoir le nez dedans ? L’enjeu pourrait paraître petit, mais honnêtement survivre à l’hiver et survivre à cette pandémie et au climat politique toxique qui règne, c’est un enjeu majeur de santé mentale. Et si l’on ne s’attrape pas au vol, si on n’est pas conscient de nos habitudes, de ce qui nous nourrit ou nous détruit, la vie nous glisse entre les doigts.

Je ne connais pas les résultats de la présidence à l’heure actuelle, même si, bien sûr, ils me font peur, mais je sais que quoi qu’il arrive, serré ou pas serré, chaotique ou pas, qu’ils tardent pendant des semaines ou que ça cesse enfin, le vrai combat de la vie ne changera pas. Celui d’être capable, autour de nous, de se créer un nid qui a un sens. Un nid qui a quelques plaisirs que nous aimons et des gens, des proches, quelques-uns qui nous sont chers.

Et ça, que le président des États-Unis soit un trou de cul ou pas, ça ne changera pas et personne ne pourra me l’enlever.

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Je ne veux même plus savoir
Vous avez tellement raison : » le vrai combat de la vie ne changera pas. Celui d’être capable, autour de nous, de se créer un nid qui a un sens. »
Et si ce monde est sombre, soyons-en la lumière…

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vous traduisez avec éloquence mon état d’esprit de ce matin…et dans le contexte où nous devrions tous et toutes poser des gestes, faire ce qu’il faut , pour maintenir notre santé mentale perso et collective, je limite le temps et l’énergie consacrés à « suivre » cette élection chez nos voisins ! ça devient toxique, par moment.

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Suivre une élection à laquelle on ne vote pas et pour laquelle on ne peut rien c’est comme prendre pour du cash ce qui se passe à District 31 et avoir peur que le tueur en série s’attaque à nos enfants ! Cette élection n’aura aucun impact sur la plupart d’entre nous et, comme vous dites, on a d’autres chats à fouetter. Parlant chats, j’aimerais ça que les gens qui ont des chats les gardent dans la maison. Je suis tanné de trouver des oiseaux migrateurs morts, tués par des chats. Ça c’est la vraie vie…

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J’ai beaucoup aimé votre article. Hier soir,j’ai résisté à la tentation de m’installer devant le spectacle de l’élection américaine pour une émission de TVO sur le mouvement musical Motown . J’y ai gagné beaucoup de plaisir et d’enchantement.
J’ai résisté à l ‘envie de retourner voir ce qui se passait à propos de l’élection américaine et j’ai fermé la Télé.
J’ai passé une excellente nuit.

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Bien heureuse de vous lire, vous qui dites bien ce qui se passe trop souvent… La folie du RAT RACE…etc… Mais même là où ça parait moins, il existe des personnes qui ont à coeur de rendre le RAT RACE moins lourd, même en médias sociaux… Que dire, c’est mon métier actuellement. Avant, je faisais de la TV, de la Radio, hihihi ! Bref ne nous jetez pas tous et toutes à l’eau, il y a du gris entre le noir et blanc, MAIS merci de nous faire remarquer combien FOU ça peut devenir si on ne connait pas ses limites et ses préférences ! Stay safe !

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Vous avez entièrement raison. J’ai assisté à la remis d’un honoris causa de l’université Laval à David suzuki. Et il disait; « croyez-vous que les nombreux d’indices boursiers, le prix du petrole, des devises, etc. aident les ours polaire, la couche d’ozone, la qualité de l’air ? ». On pourrait tellememt faire mieux avec tout ce temps d’antenne, avec tous ces experts, avec ces énormes budgets.

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Comment dire ? Pour paraphraser madame Plante…. Est-ce que la citoyenne Stréliski nous ferait aujourd’hui ce numéro de prestidigitation, cette clownerie domestique si Joe était parvenu à balayer les États-Unis ? Cet acte de contrition, cette circonvolution d’une mère de famille ordinaire qui veut se recentrer sur son métier de base.

Alors qu’elle n’a jamais manqué une occasion de baver avec le support de nombreux internautes sur le président Donald et sur ses électeurs mentalement déficients. Tellement que cela en devenait carrément obscène et indécent.

Mais les électeurs de Donald sont pour la plupart des gens comme vous et moi, ni plus, ni moins. Des personnes qui travaillent, qui aiment leurs enfants, qui veulent le meilleur pour eux. Des personnes qui sont sorties de leur réserve et qui ont choisi de faire entendre leur voix. Et auxquelles nous devons le respect.

Même si la lutte fut âpre, c’est probablement Joe Biden qui sera président, s’il est confirmé dans cette position, sa victoire n’en sera que plus méritante et la défaite probable de Donald Trump se fera avec panache, il aura défendu ses positions jusqu’au dernier instant.

Contrairement à madame Stréliki, j’ai suivi cette soirée électorales jusqu’aux premières heures du matin… et j’ai bien ri, ce fut probablement la plus enlevante soirée électorale que j’aie jamais suivie de ma vie. Je suis content que la vie ait encore pu m’offrir cela. Mieux même, je pense que la pandémie aura une fin et que tous les êtres humains en sortiront gagnants, peu importe leurs orientations politiques ou pour qui ils votent.

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