Je suis « Pandémom »

Les bons jours, je me sens compétente dans ma capacité à protéger et à élever mes enfants. J’y puise ma force. Puis les autres jours, je perds pied et j’ai besoin d’aide.

Photo : L'actualité

Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Est-ce un gros tas mou fatigué qui fait ce qu’il peut ? Oui ! C’est Pandémom ! Moi, depuis que cette crise sanitaire est commencée et que je suis revenue à mes racines, au noyau de mon être, à mon rôle le plus basique et le plus crucial sur cette terre : leur maman.

Je suis une maman. Avant, j’étais plein d’autres choses, j’avais une multitude de chapeaux que j’enfilais et retirais au cours de ma journée. Une jongleuse qui passait allègrement d’un rôle à l’autre avec l’agilité d’une ballerine. Est-ce que j’étais crevée et angoissée ? Oui. Concilier le travail et la famille demande une dextérité d’ambidextre. Mais, comme avec le bon vin ou le cuir, il y a des choses qui se patinent et prennent leur sens avec le temps. Je me réjouissais dans les quelques mois avant la pandémie de cet élan que je prenais tant dans ma carrière que dans ma vie de mère. J’avais franchi cette ligne d’arrivée, non sans un certain deuil, celle qui m’avait permis de faire entrer mon dernier enfant à l’école. Lol.

T’sais, l’école ? Ce grand bâtiment où vont les enfants toute la journée pendant qu’on travaille ? Ce lieu incroyable où ils sont encadrés et ils apprennent à socialiser et à écouter des consignes ? T’sais ? L’école. Comme je m’ennuie de leur école. L’autre matin, en pleine pandémie, Radio-Canada a eu la bonne ou mauvaise idée de passer une émission qui avait été tournée à même les locaux de la petite école de mes enfants. Celle qui trône dans notre quartier. Je peux vous dire que je ne me contenais pas vraiment. Être nostalgique de l’intérieur de leurs classes et de la couleur de leurs cases. Qui aurait cru qu’on vivrait ça ?

C’est l’école qui m’avait donné ce salut. Cette liberté retrouvée, après la phase « bébés », je récupérais peu à peu mon corps, non pas sa forme, mais son espace. Avoir des petits enfants est très prenant. Même quand ils ne sont pas dans la pièce, on les ressent. Ils sont très demandant en questions, en énergie, en consignes répétées, en attention, en inquiétudes… Ils sont là, tout le temps. L’école m’avait permis de retrouver un peu de mon espace mental et de mon énergie, j’avais pu prendre cet élan et je me voyais aussi prophète pour mes amies qui traversent la phase bébé, je voulais le leur dire et je leur dis encore, « ne capote pas, il y a une vie après la toute petite enfance ».

Eh puis patatras. Là, nous sommes arrêtés. En suspens. Et je suis de la grosse confiture épaisse de maman. Je suis cette sensation goudronneuse d’un seul rôle. Primordial. Je passe de l’enfer au paradis. Les jours peuvent être des moments volés à la normalité où je suis témoin d’instants de leurs vies que je n’aurais pas vus sans confinement. Je deviens complice intime de leur croissance. Je suis aux premières loges et comme un général, ça me permet de corriger certains tirs, de remettre au pas certains bouts de mes troupes qui avaient été négligés par manque de temps ou d’attention. Je serre la vis. Avec amour. Mais je la serre quand même. Il y a des choses qui ne passent plus. Des remarques de comportement qui se trouvaient sur leur bulletin chaque trimestre que je ne savais pas corriger que je m’applique maintenant à changer. Je n’ai que ça à faire. Avoir un rôle principal et l’espace pour s’y attarder a quelque chose de simple.

Mais c’est parfois au-dessus de mes forces. Élever des enfants en temps incertains me rend très vulnérable. La peur qu’il leur arrive quelque chose ou que ce monde ne soit pas assez stable pour leur assurer un avenir me fait parfois basculer dans des angoisses irrationnelles, mais envahissantes.

Les bons jours, je me sens compétente dans ma capacité à les protéger et les élever. J’y puise ma force. Puis les autres jours, je perds pied et j’ai besoin d’aide. J’ai besoin de retrouver un sentiment de sécurité et de contrôle. J’ai besoin que les nouvelles deviennent bonnes. Que l’extérieur redevienne un monde praticable où mon petit bateau peut mettre les voiles. Parce que j’ai beau en être le capitaine, il a beau voguer sainement dans mon étang, je m’ennuie de la mer. Ça a beau bien aller chez nous, c’est toute la Terre que je veux qu’ils habitent.

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Nelson Mandela qui est resté assez longtemps en confinement… (travaux forcés et prison) aimait réciter le poème de William Ernest Henley (1849-1903) : Invictus.

Extrait :
(…)
« It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul. »

Clint Eastwood a produit et dirigé le film du même nom avec Morgan Freeman dans le rôle de Mandela. Un très beau film très inspirant.

Au fond quand on veut voyager plus loin… il faut parfois changer de bateau. Parfois changer de bateau, c’est aussi changer d’être. Être ou ne pas être reste encore la question.

Je possède également ce magnifique film avec M. Freeman et Matt Damon, et je le regarde au moins une fois par année. Très valorisant. Invictus = Invaincu ou en d’autres mots, La Force du Moral.

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