Journal des jours inédits : Jour 6

Hier soir, la rue Fleury avait des parfums de fin du monde. Le monde a déserté la Messe et Marie-France Bazzo reviendra du bureau dévastée.

Photo : Daphné Caron

Hier soir, marche solitaire dans les rues désertées. Le ciel était marron, avec des spots bleus aveuglants et une ligne d’horizon saumon fluo. Ça ressemblait à l’apocalypse. Rue Fleury Ouest, les restos et les bars étaient fermés. Quelques rares personnes marchaient rapidement, leur rythme tranchant sur celui des autres ; des hommes et des femmes en habits de bureau, plus chics que les badauds en « linge mou », avec leurs porte-documents et l’air préoccupé de ceux qui ont fait 10 heures de restructuration d’horaires d’entreprise… EUX étaient allés quelque part. Par contraste, les autres allaient, silencieux et lents.

Car nous sommes presque tous « sans destination ». Ni bureau, ni usine, ni garderie, école, clinique, café, endroit où aller faire ce qu’on fait en temps normal. Dans une petite rue vide, deux adolescentes hilares m’ont saluée quand je suis passée à leur hauteur : « Bonsoir, passante de la planète ! » Voilà qui relativise la situation…

À 20 h 30, plusieurs ont « flashé » leurs lumières, nous ramenant à l’époque de l’émission de Jean-Marc Parent. Pourquoi pas ? En Italie, on chante aux balcons ; ici, on joue avec nos lampes de salon. On a les gestes de réconfort que notre climat nous permet ! On voit aussi les réseaux sociaux devenir plus drôles, empathiques, chaleureux. Les trolls aigris sont toujours tapis, mais une certaine douceur refait surface. L’astrophysicien Olivier Hernadez répond tous les jours, de 11 h à midi, aux questions sur la science sur Twitter. C’est magique. On peut, on DOIT créer de l’anticorps social !

Ce matin, gestion de crise. Je serai ce soir une de ces femmes en talons hauts qui reviendront du bureau dévastées. Nous avons décidé de reporter les tournages de Y’a du monde à messe, qui devait bientôt reprendre l’antenne à Télé-Québec. Cas de force majeure. Les considérations de sécurité publique et le sens de la responsabilité prévalent. C’était une décision crève-cœur à prendre pour moi, car nous aurons besoin de contenu bienveillant et réconfortant à la télévision sous peu.

Un ami m’écrit. Sa famille et lui se sont réfugiés dans un chalet à la campagne. Ils ont vu une aurore boréale avant-hier.

Oui, nous sommes tous, ces temps-ci, entourés de nos proches ou tout seuls, des passants de la planète.

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»Oui, nous sommes tous, ces temps-ci, entourés de nos proches ou tout seuls, des passants de la planète. »
Solitaire mais Solidaire.

Merci à l’Actualité de ne pas bloquer cette chronique, car elle fsit du bien.

Excellente chronique que je lis sans faute à chaque jour de cette « quatorzaine ». Merci de votre authenticité Mme Bazzo !

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