Journal des temps inédits : À la pharmacie

C’est grâce au dévouement de nombreux travailleurs qui sont toujours au poste, malgré les risques et l’anxiété ambiante, que notre société tient le coup. 

Photo : Daphné Caron

Hier, visite à la pharmacie pour y remettre une ordonnance. À l’entrée, un jeune homme souriant intercepte les clients, les met en ligne à un mètre de distance les uns des autres et leur pose les questions d’usage : « Êtes-vous porteur de symptômes ? », « Avez-vous voyagé à l’étranger ? » et un très gênant « Que venez-vous chercher à la pharmacie aujourd’hui ? » Le gars devant moi rougit : « Euh… de la poudre pour les pieds. » Je n’ose songer aux besoins plus intimes, étalés à l’entrée du Jean Coutu. On se sent nu, démasqué. En tout cas, c’était évident hier qu’on n’entrait pas dans cette succursale pour magasiner des cocos de Pâques !

Après le préposé aux questions venait la fille au Purell. Puis, au comptoir des ordonnances, un abri de plexiglas protégeait l’employée. J’ai dû numériser mon ordonnance, la déposer dans une boîte bricolée. Le protocole était artisanal, mais impeccable, très « Arruda friendly » ! Bref, chez Jean Coutu, on trouve de tout, même un abri.

Ces employés minutieux et engagés dans un présent surréaliste font preuve du même dévouement que tous ceux et celles qui travaillent ces jours-ci, et qui contribuent à maintenir en place le squelette de services qui fait que la société tient encore le coup. High five au personnel médical, à celui des premières lignes, aux ambulanciers, aux policiers, mais aussi aux répartiteurs du 911, aux vétérinaires d’urgence, aux agriculteurs déjà aux prises avec un quotidien si lourd, aux boulangers, aux travailleurs des chaînes de production, aux éboueurs, aux camionneurs, aux postiers, aux fonctionnaires de l’assurance-emploi, aux employés des résidences pour personnes âgées, aux livreurs de médicaments et de St-Hubert, aux livreurs tout court, aux chauffeurs de bus, aux cordonniers, aux caissières de supermarchés, aux proprios de dépanneurs, aux équipes techniques d’Hydro, aux employés des banques qui s’occupent des reports de paiements d’hypothèques. À vous tous, à tous ceux et celles qui se dévouent et que j’oublie, immense câlin virtuel.

Déjà une semaine, donc. Nous sommes passés de l’hiver au printemps, mais aussi d’un monde familier au plus total inconnu. L’apparence de réalité nous mystifie. Personne ne sait de quoi sera fait l’avenir, mais il est sûr que les choses ne reprendront naturellement pas leur cours interrompu. Un fil a été coupé. Il nous faudra tisser un monde nouveau. Car le temps du raccommodage et du rapiéçage social est derrière nous…

Ils ont ça, à la pharmacie, de la gaze chirurgicale ?

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Il est plus que temps que le MSSS exprime gratitude et admiration pour les pharmacies, pharmaciennes-ciens, leurs employés

Ils honorent la 1e ligne.

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