Journal des temps inédits : Cinq symboles du confinement

Pourquoi une telle fixation sur quelques objets, lieux, idées ?

Photo : Daphné Caron

Le papier de toilette

Dès l’annonce du confinement, sans aucun lien avec la COVID-19 et ses effets, il y a eu ruée sur le triple épaisseur, toutes classes sociales confondues, et ce, partout en Occident. La crainte primale, la peur atavique est celle d’être souillé si on doit aller à l’hôpital ! Au Québec, c’est fou raide ; comme si notre fierté en dépendait. Curieux comment les images de ti-minous fluffy et d’oursons mignons associées au papier cul prennent le bord en temps de crise. L’utilisateur devient une brute, le couteau entre les dents, prêt à se battre pour un rouleau. Nous avons appris, incidemment, que s’il y a UNE cause identitaire fondamentale au Québec, c’est le Cashmere !

Le pain

Pénurie de farine dans les épiceries, Ricardo déifié, des ados les mains dans la pâte, des heures d’application et de dévotion pour produire une miche ordinaire, tout ça alors que les supermarchés croulent sous les baguettes et que les boulangeries artisanales sont ouvertes ! Faire son propre pain est devenu l’activité fétiche du confinement. On se donne l’impression d’être en contrôle. On mange ses émotions en pétrissant la pâte souple. On a le féculent réconfortant, le sentiment de poser un geste ancestral dans un temps suspendu. Le pain maison est plus un anti-anxiolytique qu’un aliment…

Le jogging

Hautains, narcissiques, obsédés, les joggeurs ne parlent que de leur fixation, leurs chiffres, leur alimentation. Le jogging est la religion des bobos, qui vont, habillés de tissus techniques, les écouteurs sur les oreilles, fendant la foule piétonne et méprisable. Mais ces temps de coronavirus exposent la lutte des classes dans les rues désertées par les voitures. C’est désormais « upper joggers » contre « lumpen marcheurs », bourgeois contre prolétaires. Et les marcheurs, qui en ont marre de la suffisance des coureurs, les accusent d’imprudence, de sueur toxique. Le joggeur frénétique devient un maniaque suspect.

C’est un des aspects surprenants de la crise : nous ne sommes plus obligés de les trouver admirables…

Tiger King

LA série du confinement. Les aventures de crackpots armés, dopés et belliqueux, fous des grands félins et des zoos privés dans le sud des États-Unis. La série a immédiatement trouvé son public partout à travers le monde, car nous sommes tous soumis, immobiles et routiniers. Eux sont excentriques et libres, voyagent en jets, font leur loi, et leurs chats sont plus gros et plus féroces que les nôtres. Ils sont détraqués, mais en ces temps de confinement, une part de nous les envie secrètement.

Costco

On y fait la file pendant une demi-heure pour y accéder. Il tue le commerce local en vendant vêtements et marchandises diverses alors que les boutiques de proximité sont fermées. On y dévalise le stock de papier de toilette. On y pratique la ségrégation territoriale à Terrebonne. Oui, il s’y brasse de graves enjeux de société !

Pourtant, le Costco fait du bien à l’âme. En ces temps incertains, on y retrouve un semblant de normalité : celle de l’abondance accessible et du consommateur heureux. Le réconfort tient à peu de choses, au fond : deux poches de croquettes à chien, 14 filets de tilapia et un suit de plongée dans un même caddie. Et dans trois semaines, on y vendra des costumes d’Halloween, preuve qu’on s’en sortira…

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Les commentaires sont fermés.

Je t’aime bien Marie-France et ce, depuis longtemps. Pour moi, dans tes écrits, tu es un mélange de »bobo » et de « gros bon sens » .
Bye

Merci Marie-France pour ton regard sur notre société et tes commentaires. À chaque matin, je les parcours. Ta réflexion m’accompagne et me divertit de mon travail d’avocate-médiatrice virtuelle en matière familiale!