Journal des temps inédits : Femme au foyer 2.0

En confinement, les hommes partagent les tâches du quotidien avec leurs blondes, mais celles-ci en font quand même plus qu’en temps normal.

Photo : Daphné Caron

Dernièrement, je constatais que depuis le début du confinement, en couple mais sans enfant, et avec les moyens de commander des repas au restaurant, je cuisinais en moyenne 1 heure 45 par jour, en plus de m’occuper des courses et de la planification domestique. Et de travailler.

J’essaie d’imaginer le quotidien des familles, des mères monoparentales, des couples dont un des conjoints travaille à l’extérieur. En plus de souvent travailler à distance, il faut s’occuper de la scolarisation et du divertissement des enfants, superviser leurs travaux. Apporter un peu d’ordre et de cohérence à la maisonnée, vaquer au ravitaillement et aux tâches ménagères, préparer de quoi nourrir la tribu matin, midi et soir. Le ménage et la lessive reviennent à la vitesse grand V. Il ne faut rien échapper, il faut tenir le fil qui relie le tout. Cette agitation mentale nous sert peut-être à avoir une impression de prise sur le réel, alors qu’en ce moment nous ne contrôlons absolument rien.

Ça s’appelle la charge mentale.

La charge mentale a été identifiée par des sociologues dans les années 1970, et est revenue dans l’espace public en 2017 grâce à la bédéiste française Emma avec son limpide album Fallait demander. On pourrait la décrire comme la source des tâches non dites, tout ce travail d’organisation, de planification constant et nécessaire, invisible, que les femmes — surtout elles — se mettent sur les épaules, continuant de vouloir « runner le show », même si dans les faits nos compagnons en assument bien davantage que leurs pères, et que la situation est plus égalitaire. La pression pour que tout aille bien demeure féminine.

En confinement, les hommes partagent les tâches du quotidien avec leurs blondes, mais celles-ci en font quand même plus qu’en temps normal. Même au télétravail, nous sommes redevenues des femmes au foyer. Nous veillons à ce que tous se sentent bien, que les enfants s’épanouissent et créent malgré les restrictions sociales, nous visons des recettes « ricardesques », nous nous arrangeons pour que nos appartements soient Pinterest friendly lors des vidéoconférences, suivons des influenceuses qui nous narguent par leur perfection lors de leurs séances de yoga sur Instagram, nous faisons un cas personnel de nos repousses, et apprenons à nous maquiller « apéro virtuel » grâce aux tutoriels — le secret, c’est de miser sur les yeux, pas sur les lèvres, car « tu bois, niaiseuse », que je me dis.

Même confinées, nous sommes dans la recherche de la perfection inatteignable. Nous nous mettons des charges impensables sur les épaules. La nuit, nous nous réveillons angoissées. Les enfants. Les parents. L’école. La job. L’argent. Nos amours. La COVID-19. L’avenir. La pandémie nous aura appris beaucoup de choses. Faire du pain, trouver nos forces, distinguer nos vrais amis. Mais elle n’aura rien changé en ce qui concerne la charge mentale. Nous sommes en ce moment toute une cohorte de femmes au foyer 2.0 ; émancipées, autonomes, assistées par des conjoints qui s’impliquent, mais que les circonstances d’un « encabanement » collectif, heureusement temporaire, auront exposées à ce qui était le quotidien de nos mères.

C’est quand déjà, monsieur Legault, la date du déconfinement pour la région de nos têtes qui abrite la charge mentale ?

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Vous avez raison, je préfère cette situation à celles des personnes vivant seules et confinées.

Misère! Heureusement la course à la perfection ce n’est pas pour tout le monde. Ici, c’est le joyeux bordel, on est content de ne plus savoir on est quel jour de la semaine et la créativité a repris ses droits. Ne manquent que les amis.

Oh que je sens que votre batterie est à plat madame Bazzo !
En tant qu’homme, je sens dans vos propos que même si nous (les hommes) y mettons notre mieux, ça ne semble pas encore assez; ce n’est jamais suffisant, il y manque toujours un petit quelque chose qu’on ne réussit jamais à combler ! C’est pour ça qu’en tant qu’homme, me sachant ¨imparfait¨, à contrario des femmes, je ne fais que mon possible sans chercher à atteindre cette perfection féminine impossible, car, ¨est bien fou du cerveau qui prétend contenter tout le monde et son père¨ (Le vieil homme, l’enfant et l’âne de Jean de La Fontaine).
Je ne peux que souhaiter que les choses se replacent pour vous le plus tôt possible. Rapidement le déconfinement.

Il était plus que temps ( et c’ est pas ça qui manque) que je vous remercie. Vos textes, intelligents, avec un regard et une plume lucides m’ aident à passer ces temps anxiogènes . Comme vous je lis peu. Je guette le signe de l’arrivée du printemps. Il arrive mais je ne le reconnait pas. Plus rien ne sera pareil. J’ ai écris in texte en écho à un des votres. Vos textes me sont indispensables, je me sens moi seule dans mes angoisses et observations. Merci.