Journal des temps inédits : Futilités et froufrous

Une jeune femme passant dans la rue avec talons hauts, manteau long et sac en bandoulière… On ne voit pas ça souvent ces temps-ci !

Photo : Daphné Caron

À la pharmacie hier, besoin de masques : rupture de stock. D’alcool à 70 % : plus une bouteille. De ciseaux de coiffeuse pour rafraîchir mes longueurs. Il y avait de tout au rayon cheveux, l’abondance. Même des élastiques pour hommes, pour le fameux man bun, ai-je pensé. Les hommes ont droit à des élastiques genrés ??? Mais où sont les social justice warriors lorsqu’on a besoin dielles ? Bon, je m’égare. Les ciseaux, donc. Plus une maudite paire dans le magasin ! J’ai compris drette là la provenance de certaines franges approximatives vues lors de récentes réunions Zoom.

Les ciseaux de coiffeur sont la nouvelle farine.

Au Québec, les manteaux de printemps sont la chose la plus surfaite de la garde-robe : nous passons de l’hiver à l’été en deux jours, du look trappeur à tout nu en 24 heures. J’avais acheté l’automne dernier un très joli manteau de printemps, espérant une demi-saison de style européen ou new-yorkais ici ; quelques semaines de transition. Je fus entendue : nous avons un printemps ! Un vrai temps à manteau, qui s’étire. Mais je ne le porte pas. Trop chic, trop girly. Au royaume du linge mou, il jure. Il pend dans le placard de l’entrée. Je l’entends gémir, lorsque parfois j’entrouvre la porte, pour l’admirer, penaude…

Subtilement, les masques sont devenus, dans la bouche de tonton Horacio, des couvre-visages. Nous aurons traversé sept semaines de pandémie en nous demandant si le port du masque était nécessaire ou pas, et voilà, au moment où il apparaît qu’il sera indispensable dans nos nouvelles vies, qu’il change de nom. Glissement sémantique. « Masque » serait donc péjoratif ? Un masque cache, réfère au banditisme ou aux black blocs ? « Couvre-visage » serait plus souriant ; le visage est l’humanité, même couvert. Le masque serait le cousin de la cagoule, le couvre-visage une aimable parure. On fait vraiment dire ce qu’on veut aux mots pour nous faire gober la fatalité. Mais de toute façon, le couvre-visage est aussi en rupture de stock.

J’ai vu l’autre soir passer près de chez moi une jeune femme élégante avec talons hauts, manteau long et sac en bandoulière. Elle marchait vite ; visiblement, elle avait un but. Wow. Aller quelque part, marcher avec un but. Depuis huit semaines, nous errons mollement, sans destination, dans les rues de nos quartiers, en jogging et baskets. Elle, elle allait quelque part. Avec un sac !

Qui a un sac, ces temps-ci ? La carte de débit se glisse dans une poche. Nous ne transportons plus rien. À la limite, certaines s’habillent le matin pour rejoindre leurs entreprises encore ouvertes. Mais le soir ???

J’ai très hâte de marcher en talons, parfumée, joliment coiffée, un soir, vers quelqu’un.

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