Journal des temps inédits : Histoires de masques

Pertinence, contestation, rareté, le masque fait jaser. La preuve en trois temps.

Photo : Daphné Caron

Le gros bon sens a-t-il déserté les Québécois sous le coup de la pandémie ? Certes, il y a et a eu énormément de cafouillage de la part des autorités de la santé publique sur la question du port du masque, et jusqu’à récemment, on hésitait à en recommander l’usage. Pourtant, quiconque s’intéresse un peu à la science sait qu’il protège, et encore plus si une large partie de la population le porte. Quiconque s’intéresse à l’Asie sait que son usage y est populaire depuis des décennies. Le masque ne coûte pas cher, se fabrique maison avec un minimum de matériaux et d’efforts. Bref, pourquoi faut-il attendre l’injonction du gouvernement pour le porter, alors qu’il s’agit d’un moyen efficace pour protéger ce que nous avons de plus précieux, soit notre santé ?

Le gros bon sens nous a désertés, semble-t-il. À part des complotistes qui voient dans les tours 5G des vecteurs du virus, nul ne peut ignorer que celui-ci se transmet d’une personne à une autre et que des gestes barrières nous protègent. Serions-nous devenus si dépendants des points de presse de 13 h ? Faut-il toujours qu’on nous dise quoi faire ? Le libre arbitre, la raison, la décision personnelle et éclairée, le gros bon sens sont-ils confinés depuis la mise sur pause du Québec, le 24 mars ?

Parlant de choses mortes le 24 mars, le jugement semble avoir quitté quelques objecteurs de la Loi sur la laïcité de l’État, dont la militante Francine Pelletier, qui assimilait hier dans Le Devoir le masque sanitaire au niqab. Façon de dire que les identitaires racistes aimaient ça, le masque, quand ça les arrangeait… Come on ! Un outil de protection sanitaire n’est pas de l’anti-islamisme, et la Loi sur la laïcité de l’État prévoit d’ailleurs qu’on peut se couvrir le visage pour des raisons de santé. Oui, on peut continuer à militer, à défendre des causes même en temps de pandémie, mais assimiler sa cause à la COVID-19 relève de la mauvaise foi, de l’opportunisme, d’un raccourci idéologique fallacieux et absurde. Le discernement, comme le gros bon sens, a déserté quelques esprits.

Depuis la deuxième semaine du confinement, j’ai commencé à porter un masque pour faire des courses. J’en avais un paquet (j’en porte en avion). J’ai voulu me réapprovisionner. J’ai commandé il y a cinq semaines des masques d’une entreprise sise dans le quartier Hochelaga. La sachant débordée, je n’attendais pas la livraison avant une grosse quinzaine. J’ai donc acheté des masques à la pharmacie « en attendant ». J’ai aussi reçu en 24 heures ceux commandés à mon fournisseur de matériel de bureau, et en une semaine des masques vancouvérois. J’ai en plus réuni tout le matériel pour en faire moi-même, avec mes motifs préférés.

Cinq semaines ont passé depuis ma commande à l’entreprise d’Hochelaga. J’entends abondance de publicité radio à son sujet. Pas un mot sur les délais de livraison. C’est beau le Panier bleu et l’achat local, mais moi, c’est la patience qui m’a quittée, avec le confinement qui s’éternise.

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2 commentaires
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Avec le GBS et le jugement, la pensée critique a aussi pris des vacances le 24 mars et elle n’est pas encore revenue… On blâme les journalistes qui font leur travail de poser des questions et on blâme les « gérants d’estrade » qui osent critiquer le gouvernement Legault. On vit dans un vide cosmique comme si le reste du monde n’existait plus, surtout depuis que nous avons fermé les frontières. Or, si on s’informe le moindrement, on constate que le dossier du Québec dans la gestion de la pandémie est moyen et qu’on pourrait regarder ailleurs pour s’aider un peu.

Les édits du triumvirat Arruda-Legault-McCann sont vérité d’évangile mais quand on arrive à la question du masque, on voit bien qu’on aurait dû avoir cette discussion il y a longtemps. Espérons que la pensée critique va revenir de vacances, un peu comme les députés, et qu’on aura des discussions constructives sur la suite des choses, car le virus est là pour rester.

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Les masques de procédure, portés par nos soignants ne protègent pas nos soignants, mais les patients. Les masques ne protègent que les autres devant vous, il peut être pire de le porter si vous ne le retirez pas comme il se doit et que vous vous fiez à cet article plutôt qu’à vous laver les mains et rester à distance des autres. Il fallait commencer par de bonnes habitudes à acquérir. Quelqu’un qui se fie au masque et y touche constamment pour l’ajuster ou le relever se met en danger.

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