Journal des temps inédits : Jour 2

De nos voisins aisés en route pour le chalet au punk au chat du pont Jacques-Cartier, les classes sociales reviennent en force lors de dérèglements sociaux. Et la COVID-19 ne fait pas exception.

Photo : Daphné Caron

Aujourd’hui samedi, hébétés, soulagés d’avoir survécu à l’avant-première de la fin des temps, nous nous remettons tranquillement. « Mais qu’est-il arrivé hier ? » 

La une de La Presse + est évocatrice : un apocalypse de chariots d’épicerie ferraillant à l’entrée d’un Costco. Ce matin, les rayons viande, conserves, céréales et produits d’hygiène du Walmart étaient quasi vides. Oui, je vais chez Walmart : c’est encore ce qu’il y a de plus pratique pour approvisionner ma mère qui est en résidence privée pour personnes âgées.

À la résidence, on sentait la fébrilité. Les visiteurs affluaient; une manne pour les vieux, qui n’en revenaient pas de tant de visite un samedi. Tous apportaient des sous-vêtements jetables. Depuis deux jours, le Québec fait une fixation sur le papier-cul mais, par gêne peut-être, on n’évoque pas le vide des tablettes dans les pharmacies et les grandes surfaces au rayon incontinence. Le virus nous ramène aux préoccupations de base…

Les résidences soumettent les visiteurs à des mesures d’hygiène strictes pour le moment, mais nous savons tous que dans un avenir probable, le même sort attend leurs résidents que ceux des CHSLD : l’isolement pour cause de virus. Il y avait quelque chose de triste et de touchant à la fois de voir ces peut-être au revoir au moment du départ.

Autrement, si on a parlé jusqu’à plus soif de la ruée chez les Maxi et les Super C, comme si la corona-angoisse était une question de gens aux moyens modestes, il fallait aussi jeter un œil du côté des quartiers chics ou des rues gentrifiées.

File à la boulangerie à la mode et à la néo-boucherie ce matin. On sentait que le bobo allait congeler des bâtards au levain à 5,75 $ et des T-Bones vieillis comme si l’avenir de ses toast à l’avocat et son régime keto en dépendait. C’est fou comment les classes sociales reviennent en force lors de dérèglements sociaux.

Mes voisins aisés, qui étaient partis dans le Sud pendant la relâche scolaire, ont paqueté leurs p’tits dès hier soir, après que le premier ministre eut annoncé la suspension des cours pour deux semaines. Ils iront faire quatorzaine au chalet.

Il y en a pour qui la semaine de relâche jouera les prolongations. Heureux soient-ils. J’ai une pensée pour les itinérants qui tenaient « bureau  » auprès des automobilistes du centre-ville, et qui avaient leurs « clients » réguliers. Je pense au punk au chat à la sortie De Lorimier du pont Jacques-Cartier. Avec le télétravail, les autos et les deux piasses se feront rares. Les conséquences collatérales de la pandémie sont partout.

P.-S. : Deux heures après ma visite à la résidence, le premier ministre annonçait l’urgence sanitaire et la fin des visites. Au revoir, maman.

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Est-ce que ce sont les réseaux sociaux qui rendre l’être humain moderne plus anxieux et prompt à paniquer? Et les politiciens qui sont à l’écoute de l’humeur populaire du moment prennent des décisions qui amplifient cette anxiété. COVID-19 n’est qu’une mauvaise grippe et ne tue que les personnes âgées ou qui ont des problèmes respiratoire. Des mesures ciblées auraient étées plus appropriées et c’est le choix qu’a fait la Grande-Bretagne. Un choix qui me semble bien plus avisé.

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