Journal des temps inédits : Jour 3

Avec la fermeture des cafés, c’est un solide avertissement qui vient d’être lancé aux Français. Et un sacré miroir qui nous est tendu.

Photo : Daphné Caron

Normalement, mon mari parisien partait pour la France cette semaine. Il a évidemment annulé il y a quelques jours. Et plus les nouvelles déboulent, moins il regrette. Il aurait été de toutes façons quasiment confiné à domicile : après les lieux touristiques et culturel, c’est maintenant les cafés, restos et bars qui sont fermés. Ne restent ouverts à peu près que les commerces d’alimentation.

Si certains Français commencent à saisir la gravité de la situation, et surtout, l’importance de l’isolement social pour endiguer la propagation du virus, d’autres s’y refusent. Empêcher un Français d’aller au café? C’est le fondement de la société française, le lieu ultime de sociabilisation, le parvis de l’église, le cœur de la communauté dans les villages, les quartiers ! Tout le monde y connaît tout le monde, les habitués y ont leur table, les nouvelles y circulent, on s’inquiète d’untel qu’on n’a pas vu depuis deux jours…

Un lien essentiel vient d’être coupé, un symbole frappé de plein fouet. Avec la fermeture des cafés, c’est un solide avertissement qui vient d’être lancé aux Français. Et un sacré miroir qui nous est tendu.

Et si ça arrivait ici?

Bref, il y aura beaucoup moins de monde dans les restos, les bars, les cafés. Déjà, certains ferment préventivement. Vendredi soir, souper à mon resto de quartier préféré, pas complètement plein, fait plutôt rare. Pas mal tous les clients présents le ressentaient : « Et si c’était la dernière fois qu’on se rassemblait ici avant longtemps? ».

Ce matin, au café de La Bête à Pain, affluence, nervosité, et un sentiment encore inédit, du genre : se reverra-t-on bientôt? Déjà, les 70 ans et plus, pas précisément des vieillards, sont suspects lorsque vus en public. Je comprends les statistiques, la science a parlé, ce groupe d’âge est à risque, mais c’est violent, une tranche d’âge complète retirée des rues, des commerces, de la société.

Ce soir, nous devons aller manger chez ma tante et mon oncle octagénaires. Nous sommes tous conscients que nous ne les reverrons pas avant trop longtemps. L’inquiétude nous tenaille. Conciliabules chez les cousins : on y va ou pas? Les met-on à risque ou pas? Ma tante pleure, dévastée, nous implore d’y être… Mon cousin médecin tranchera. Pour l’instant, je m’en vais à la SAQ Dépôt. On n’est jamais assez prudents.

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Imaginez vous avec le système de santé où le fric des médecins est important . Je souffre d’une infection urinaire à répétition donc je sais quoi faire cependant mon pharmacien ne peut pas m’aider puisque je doit voir un médecin à la clinique mais à mon âge 88 ans je ne dois pas sortir de ma résidence. J’ai communiqué par internet au bureau de mon médecin mais aucune réponse est venue.

Même si je voulais éviter les gens ce mois-ci, je dois déménager avant le 1er avril. J’aurais aimé porter un masque, mais la pharmacie, les pharmacies, n’en ont plus. Tu n’as même pas besoin d’entrer, il y a une affiche sur la porte!

Que de sollicitation pour les aînés de 70 ans et +… Ils sont comme des enfants et ne peuvent prendre soin d’eux-mêmes, alors on veut les protéger à tout prix, les confiner, les ostraciser. On a peur que ça coûte trop cher les aînés à l’hôpital mais ils vont s’y retrouver quand même, à cause de leur âge n’est-ce pas car il y a 2 faits inéluctables, les taxes et la mort.

Ces aînés qui ont survécu aux épidémies de poliomyélite, du SRAS, du H1N1 et j’en passe. Des aînés qui ont pris soin d’eux-mêmes pendant des décennies et qui en ont vu bien d’autres mais qu’on a décidé d’infantiliser. Les « jeunes » comme le PM Legault peuvent bien faire leur jars, mais il reste le fait qu’ils et elles vont se retrouver aussi à vieillir et ils vont comprendre que ce n’est pas drôle quand on les prend pour des nonos. En passant, est-ce que M. Legault va venir me livrer mon épicerie ?