Journal des temps inédits : La grâce

Michel Houellebecq, auteur misanthrope, glauque et pessimiste, dit ne pas croire un mot des promesses d’un avenir meilleur et différent. Je lui donne raison d’avance.

Photo : Daphné Caron

Lundi soir, 20 h, ciel de début du monde. Une lune presque pleine, pis les bernaches qui crient. Tout autour, en pleine ville, le silence. Rien d’autre. Dans quelques jours, cette abyssale et inédite impression de temps suspendu sera terminée. Une pause pareille ne survient jamais dans la vie d’un pays, sauf en cas de catastrophe. Ni dans l’ordre d’une planète, sauf en cas de dystopie. C’est anormal. Inouï. C’est une grâce.

Sur Henri-Bourassa, pourtant, une voiture de police clignote de tous ses feux, une sirène d’ambulance déchire l’air. Un homme est allongé en travers des voies. La vie normale est en train de s’immiscer, je le sens bien. Sommes-nous encore vraiment confinés ? À Montréal, dans notre esprit, pas tant. Même si nous serons les derniers à aller à l’Aubainerie. Nous les avons bien vues, les files interminables devant Tigre Géant en région.

Nous allons réinventer le monde, plus rien ne sera comme avant, promettent ceux qui parlent avec des arcs-en-ciel dans les yeux. La nuit passée, j’ai entendu Michel Houellebecq sur France Inter. Houellebecq, auteur misanthrope, glauque et pessimiste, visionnaire et fulgurant, vise en général assez juste. Il disait ne pas croire un mot des promesses d’un avenir meilleur et différent. Le monde sera pareil, selon lui. Sinon pire.

Je lui donne raison d’avance. Les symptômes s’accumulent, autant d’indices que ce qui se jouait avant que le monde ne s’arrête net le 17 mars va s’accélérer.

LES VIEUX. On les oubliait, les traitait mal. Aujourd’hui, on culpabilise, mais tout en se demandant jusqu’à quel âge il faut les ranimer. On les ostracise, on les « séniorise » désormais dès 60 ans. Notre idéal glisse vers les « milléniaux » sans mémoire.

MONTRÉAL. Le reste du Québec s’en est toujours méfié : trop loud, trop colorée, trop gauchiste, trop toute. Présentement, on peut lui cracher à la gueule, et certains élus régionaux ne s’en privent pas : elle nous apportera l’infection et la maladie, affirment-ils ! Le « ticounisme », le repli sur soi, la délation et la méfiance se vivent maintenant au grand jour, le Québec est séparé en deux.

LES ÉTATS-UNIS. Leur place dans le monde était « challengée » par la Chine, les politiques de Trump rendaient le pays instable et polarisé. Sa gestion calamiteuse de la crise de la COVID-19 laisse le pays déstabilisé, fragile et hystérique. Et armé.

Partout, l’économie surchauffait, les bras manquaient, les inégalités se creusaient. La machine s’est arrêtée subitement. La planète entière est au chômage, des pans de l’économie vont souffrir, des villages, des villes, des régions seront exsangues. Quant aux finances publiques, elles en auront pour des années à s’en remettre. Les politiques sociales vont en pâtir longtemps. On pourrait parler des complotistes pour qui c’est Noël, de Daech qui renaît dans l’indifférence, de l’environnement qui retrouvera les marges du discours. Je continue ?

Houellebecq doit écrire en ce moment.

Ce soir, la lune sera encore plus ronde. Une grâce. Je vais la regarder en retenant mon souffle.

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J’aime bien l’expression « C’est Noël pour le complotistes ». J’ajouterais qu’ils.elles essaient leurs jouets sous toutes sortes de terrain.

Beau texte d’humeur, trop…

Car malheureusement trop vrai, les référents de ce senti.

Un monde intolérable qui se décompose, youpi!

Un monde qui devra se recomposer, et là, toutes sortes de souffrances…

Dans l’effondrement économique il faudra constater une diminution de la population globale.

La lumière au bout de ce terrible tunnel? La découverte prochaine d’une source d’énergie abondante et pas trop chère. C’est possible, à moins que la guigne persiste, à moins que les extraterrestres décident qu’ils ne faut pas sauver cette planète, poubelle et danger pour ce secteur de la galaxie.

Eh oui, complotiste 2.0! Le nouveau normal? Le fait est qu’on nous cache beaucoup de choses. Bifurcation historique importante: l’assassinat de J.F. Kennedy était en fait un coup d’État soigneusement préparé. Depuis ce temps les menées de L’Empire sont dirigées par des psychopathes.

Il y a 10 ans je regardais le monde aller et je me disais que l’effondrement se produirait avant la fin de ce siècle. J’ai l’impression d’avoir été optimiste on dirait plutôt que ce sera avant 2050.

C’est la première fois que je suis déçu d’un de vos texte. Cet auteur misogyne ne mérite pas d’être publié, encore moins qu’on en parle. Dénigrer les optimistes en les voulant aveuglés par les arc-en-ciel me semble être le signal qu’on a besoin de retrouver un certain équilibre.

Je vous cite : ¨ Cet auteur misogyne ne mérite pas d’être publié, encore moins qu’on en parle.¨. Je ne suis pas d’accord avec vous. Ce n’est pas en censurant les idées des autres qu’on peut se faire une opinion solide. C’est souvent ce que je me fais dire dans certains domaines, et je suis d’accord avec ce principe. Voici une citation « apocryphe »,, (attribuée faussement à Voltaire) qui dit ceci : « Monsieur l’abbé, je déteste ce que vous écrivez, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez continuer à écrire. » ( https://www.projet-voltaire.fr/culture-generale/voltaire-citation-apocryphe-je-ne-suis-pas-d-accord-avec-vous/)

À une certaine époque on réglait le problème en brûlant les livres de ceux qui, selon l’autorité en place, ne méritaient pas d’être publiés. Puis on a fini par brûler les personnes elles-même.

C’est toujours un « choc » quand l’idée embellie qu’on entretient de soi (individus, collectivités) est confrontée aux méandres de l’épaisseur du réel. Mais on s’en remet… !

Le 11 septembre 2001 (The famous 9-11) tous s’étaient dit que le monde ne serait plus jamais le même !
Ça a duré… 2 ans… 3 ans peut-être ! Et pourtant, tout est redevenu comme avant. Les USA sont allé en guerre sous de faux prétextes, encore, l’économie a chambranlé en 2008, les islamistes ont fait des massacres en Europe… le roulement normal quoi !
Et hier, tout s’est arrêté. Et après deux mois de retenue, les gens sont exacerbés, découragés, au bout du rouleau.
Qu’est-ce que ce serait si c’était une VRAIE guerre ? Quatre ans, cinq ans à ne pas savoir quand une bombe nous tombera sur la tête ! Quand est-ce qu’on pourra refaire un jardin, qu’on pourra aller à l’épicerie et qu’il y aura quelque chose sur les tablettes, que les enfants pourront aller à l’école, que le travail reprendra ???
Quand bien même y aurait-il 500,000 morts, 1,000,000 de morts, c’est quoi ça ? Il meurt plus de 4 millions de personnes dans le monde chaque année de la faim, autant par la maladie et autre calamités.
Actuellement, les moins bien nantis sont secourus par de l’aide financière, il ne manque pas de pain sur la table, l’eau est potable et il n’en manque pas; on peut même se laver. Personne ne meurt de froid ou de chaleur, et ceux qui ont la chance d’avoir une cour peuvent aller dehors et profiter du soleil.
DE QUOI VOUS PLAIGNEZ-VOUS madame Bazzo ?

@ C. d’Anjou
Dire que tout est revenu comme avant après le 11 septembre 2001 est une vision superficielle. Je vous rappelle qu’il n’y avait pas autant de contrôles dans les aéroports et aux frontières avant 9/11. Et que dire de la surveillance excercée par les gouvernements? Combiens de caméras installées dans les lieux publiques pour surveiller le monde?

@ Jacques.
C’est une façon de parler que de dire que les choses sont revenues comme avant, le train-train quotidien n’a pas beaucoup changé d’avec ce qu’il était avant. Quant au ¨Big-Brother¨, il était déjà là, et il était tout à fait logique qu’il s’implante davantage, raison de plus avec le 9-11.
Tout ça pour dire qu’après une crise, les nouveaux changements engendrés ont plutôt tendance à prendre beaucoup plus de temps que deux ou trois ans. On verra avec le temps.

Est-ce que le monde va changer ? C’est la question qui tue… D’abord, qu’est-ce que le monde ? La planète, un continent, un pays, une province, une ville ? Probablement les uns ou les autres car tout change tout le temps si on regarde le passé. Ce qui est pire c’est que si on avait vécu à Rome dans le temps de Jules César, on aurait pu renaître quatorze siècles plus tard et on ne serait pas le moindrement dépaysé. Mais ma mère qui est née en 1919 ne reconnaît même plus le monde tel qu’elle l’avait connu dans son enfance. Maintenant, à 100 ans elle fait partie de ceux et celles que l’état préfère oublier, surtout qu’elle n’a pas d’ordinateur ni de carte de guichet automatique.

On voit bien quand même que le monde va changer, c’est inéluctable. Une grande puissance émerge, la Chine qui est devenue incontournable. Quand nous étions jeunes nous achetions des petits Chinois à 25 sous chacun pour la « Sainte-Enfance » et maintenant ces Chinois achètent nos compagnies, nos richesses naturelles (pensons aux pipelines de M Trudeau), nos fermes et terres agricoles et même nos résidences pour personnes âgées comme c’est le cas en Colombie-Britannique. Pendant ce temps là, nos voisins Américains se tirent dans le pied à tour de bras et on dirait qu’ils se dirigent vers un suicide collectif, un peu comme les bisons que les chasseurs dirigeaient vers les ravins pour qu’ils y tombent et y succombent.

Et, pendant ce temps-là, pendant qu’on panique pour nos maux, nous sommes en pleine sixième grande extinction, une extinction provoquée par l’humain. La planète se meurt mais on se préoccupe de notre petite personne et de savoir si on va acheter un char neuf cette année…

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