Journal des temps inédits : La lézarde

Nos mains sont crevassées d’être trop lavées, et notre futur l’est tout autant. Une faille est apparue, qui ne doit pas devenir lézarde profonde.

Photo : Daphné Caron

Depuis vendredi, ça s’est mis à craquer imperceptiblement sous nos pieds.

On commence à percevoir le ciment de notre unanimité espérante qui se lézarde. La première faille est apparue avec la décision venue d’on ne sait où du premier ministre d’annoncer la possible réouverture des écoles le 4 mai. Certains étaient pour, d’autres contre, mais c’est la manière dénuée de pédagogie et de sensibilité qui aura fait des ravages. Un doute face au « père de la nation covidée » était apparu.

Puis la craque s’est approfondie avec les révélations sur la résidence Herron. Le Québec abasourdi a découvert les errements de tout un système. Le problème de fond dans les soins aux aînés est apparu dans toute son horreur, et ce n’est pas fini. La ministre des Aînés a semblé faible et inconsistante et du coup, on s’est rendu compte que François Legault n’était pas invincible.

Une brèche dans la démocratie nous apparaît peu à peu : il n’y a plus d’opposition ni de vie parlementaire. Ce sont dorénavant les journalistes, conspués sur les réseaux sociaux, qui jouent le rôle ingrat de remettre en question les choix d’un gouvernement disposant encore d’un taux d’approbation stratosphérique.

Au sud de la frontière, le président creuse un fossé entre lui et le reste du monde, entre lui et la réalité…

Puis, plus insidieuse, la faille apparaît dans nos têtes. Nous sommes inquiets pour nos familles, nos proches. L’avenir est vacillant, nos interrogations, sans fin et sans réponses. Nous cachons nos angoisses aux enfants. La fissure toute personnelle nous fait douter de tout, de tous, de nous, alors qu’on nous assène sans cesse des images de solidarité et des paroles de licornes optimistes. Nos mains sont crevassées d’être trop lavées, et notre futur l’est tout autant. Nos maisons, nos appartements n’ont jamais été aussi propres, nos placards si « maniaquement » en ordre. Mais le brun sale de l’angoisse qui nous mord est impossible à faire taire, la nuit venue. Nous sommes des dizaines et des milliers à regarder, les yeux écarquillés, la faille au plafond de nos vies. Nous ne savons pas sur quel sol, dans quel monde nous mettrons les pieds demain.

Je veux bien de votre pont d’arc-en-ciel, je veux bien participer à la chorale rassurante de l’espoir. Mais je la vois, là, sous nos pieds, la lézarde profonde…

Les commentaires sont fermés.

Madame, ce matin, le soleil brille et j’entends le chant des oiseaux. J’ai plus de 70 ans, mes poumons sont ma plus grande préoccupation en ce temps de virus. La lecture que vous faites, il y a longtemps que j’y suis arrivée, blottie dans mon fauteuil, dans mon salon, la fenêtre entrouverte sur le monde. Mais vous, qui entrée chez moi par vos mots de déprime, je vais choisir de vous fermer la porte si vous ne réussissez à m’apporter l’espoir. Ce n’est pas le temps d’aplatir ma courbe de soif de vivre en mettant en ordre successif les éléments d’une triste réalité dont les effets vont nous obliger à changer.

Si vous n’avez rien de mieux à apporter au débat … je vous suggère de prendre congé d’écriture

Au moment d’écrire ces lignes je constate qu’il y a deux commentaires qui vous suggèrent de ne pas continuer dans la même veine. C’est une belle démonstration que vous avez raison et que le lavage de cerveau des autorités fonctionne à merveille. Ils font flèche de tous bois et dès les débuts ils ont ciblé les gens de 70 ans et plus. Or, on sait très bien que si on veut se protéger de la pandémie on est mieux de rester chez soi et ce n’est pas nécessaire de nous envoyer la police pour nous surveiller.

Mais ce qui est important c’est que tout ce spectacle a pour objectif de détourner l’attention sur la négligence de ces mêmes autorités. Depuis au moins 2006 il y avait des rapports qui prédisaient exactement ce qui se passe maintenant et suggéraient des moyens d’atténuer la pandémie. La grande majorité des gouvernements a tout simplement ignoré les avertissements et ils n’étaient pas prêts lorsque la pandémie a frappé. C’est fort simple. Même l’Alberta conservatrice de Jason Kenny qu’on aime détester, avait eu la prévoyance de se préparer avec des achats massifs de matériel de protection qu’elle peut maintenant partager avec les autres provinces moins prévoyantes ou pas prévoyantes du tout.

Toute la parade quotidienne des autorités québécoises vise aussi à dévier l’attention sur leur négligence en terme de lits d’hôpitaux et d’équipement médical car il faut bien constater qu’ils ne se préoccupent pas tant de la santé des gens que du fait que les hôpitaux risquaient d’être débordés et cela aurait nui à l’image des politiciens. On veut aplatir la courbe pour éviter d’engorger des hôpitaux qui n’avaient pas les ressources nécessaires pour faire face à une telle pandémie et, surtout, pour éviter aux médecins d’avoir à décider qui aurait accès aux ventilateurs et qui mourrait. On a même vidé les lits encombrés par des aînés qu’on a renvoyé en CHSLD pour faire de la place.

Ça fait des décennies que les résidences pour aînés manquent de tout et sont des mouroirs mais aucun gouvernement n’a voulu y voir et on a abandonné nos aînés à leur sort. C’est certain dans ces circonstances que la pandémie frapperait plus fort dans ce réseau en débandade. Les responsables ce ne sont pas les « vieux » ni les propriétaires des résidences privées mais bien les gouvernements qui ont coupé dans la santé et ont fermé les yeux sur une situation cruelle et inusitée pour nos aînés.

Alors vous avez bien raison de vous interroger car l’esprit critique au Québec a pris des vacances ailleurs et il est temps qu’elle revienne pour redonner un peu de gros bon sens aux Québécois.

Avec le régime minceur auquel nous a soumis le précédent gouvernement libéral, ses coupures partout, le gouvernement actuel a hérité d’un surplus mais d’un manque flagrant de ressources, et n’a d’autre choix que d’éteindre les feux en ce temps de pandémie. Il se doit donc de composer avec les erreurs du passé. Ne croyez vous pas qu’Il vaudrait mieux donner de l’espoir, de l’encouragement plutôt que de tirer sur les combattants? J’ai confiance en ce gouvernement pour nous sortir de cette crise. Il déploie tous les moyens à sa disposition.

La chose que j’ai retenue de ma première année de sociologie en 1969 vient d’un démographe qui démontrait que la pyramide s’inverserait avec le vieillissement de la population. L’esprit critique n’a pas pris des vacances. Les personnes âgées n’ont jamais été une priorité. L’organisation du travail, de la famille ne leur laissent qu’un mince espace, les laissant aux soins des personnes ayant une vocation non valorisée. Mon cerveau n’a pas été lavé. Je n’ai aucune attache politique. J’ai travaillé en mesures d’urgences et en politiques gouvernementales assez longtemps pour savoir que s’il y a un sujet dont on ne veut pas entendre parler c’est bien d’un sinistre, quelque soit sa définition. C’est l’une des premières fois en quarante ans que je vois des décideurs. Vous pouvez leur trouver tous les défauts du monde, pour l’instant ils sont présents. Ce que je refuse d’entendre, de lire, c’est une expression de déprime qui ne fait qu’alourdir une situation dont on ignore l’issue.

Je comprends votre indignation. Depuis les dernières infos concernant les résidences pour aînées, je suis abasourdie et triste. Il faut exprimer ce choc. Ce n’est visiblement plus le temps des arcs en ciel.
Continuez à écrire et et à publier !

Je dis BRAVO à madame Bazzo. TOUT le monde a le droit à son « down »! Pourquoi-pas? Trop facile de taper sur les uns et les autres. Vraiment pas le moment de faire de la politique. Vous voulez UN coupable? Bon, Jacques Cartier peut-être?

Je suis un abonné qui commence à être plus que tanné de voir des publicités animées (NewChic) qui sont dérangeantes à souhait. Je comprends vos besoins publicitaires mais il faut tout de même un minimum de respect du lecteur. Un clignotement de quelques secondes pour attirer notre attention, c’est suffisant. C’est l’article que je veux lire. Je ne suis pas là pour magasiner.
Merci

Bonjour M. Houle,

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