Journal des temps inédits : La maudite courbe

Je ne suis pas de bonne humeur aujourd’hui. C’est bien beau que les autorités ne désirent pas parler maintenant de l’« après ». Pourtant, il va bien falloir le faire.

Photo : Daphné Caron

Insomnie encore cette nuit. À 3 h, je lisais La Presse+ et j’ai vu ce graphique : les courbes comparées des pays les plus touchés par la COVID-19 et celle du Québec. Franchement, il n’y a pas là de quoi se réjouir. Ça va être long, ça va être dur. En matinée, à la radio, le prudentissime Dr Karl Weiss, président de l’Association des médecins microbiologistes-infectiologues du Québec, qui excelle dans l’art de patiner, a pourtant lâché que ça prendrait une bonne année à s’en remettre.

Je ne suis pas de bonne humeur aujourd’hui.

Pourtant, les crocus sont sortis, les hémérocalles s’en viennent aussi, l’espèce de duvet rouge particulier à certains érables recouvre les bords de rue. Ce sera un printemps hâtif et beau, mais sans nous. Nous n’envahirons pas les terrasses, ni les parcs, ni les centres de jardinage le samedi.

Après le temps de schnout des derniers jours, il fait soleil, mais la réclusion commence à tous nous peser. Malgré les slogans jovialistes, d’entrevoir que nous en avons pour de longues semaines mine le moral.

En dépit de toute l’attention portée à la progression des cas minute par minute, quartier par quartier, région par région, l’esprit commence à appréhender le monde qui nous attend. Les questions fusent mais, visiblement, les autorités ne désirent pas parler de l’avenir maintenant. Les journalistes qui osent des questions précises sur autre chose que la maladie sont regardés de travers, perçus comme des saboteurs de cohésion nationale. Sur les réseaux sociaux, les « angry péquistes » ont fait place aux nouveaux « angry caquistes », véritables gardiens du temple. Pourtant, personne ne nie que François Legault et son équipe font un travail remarquable et essentiel. Donnez-nous simplement l’heure juste.

Car plusieurs commencent à se poser des questions sur l’« après », et ce, bien au-delà des frontières et des compétences du Québec. Une fois que nous serons sortis du gros de la crise, qu’adviendra-t-il de l’économie ? Quelles seront ses incidences sur le tissu social des villes, des régions, sur les travailleurs, les PME, le maillage économique du Québec ? Que se passera-t-il avec notre agriculture cet été, alors que les travailleurs mexicains seront absents ? Quelle sera la situation personnelle des agriculteurs, nombreux déjà à être écrasés de dettes ? Qu’adviendra-t-il de leurs familles ? Et la démocratie, avec toutes ces données numériques partagées pour traquer le virus, comment se portera-t-elle dorénavant ? Tout ça sans parler des États-Unis, ce grand voisin histrionique et malade, qui sera inquiétant…

On ose encore peu aborder frontalement ces questions dans l’espace public, encore tout tourné vers la courbe de la maladie et pavé d’arcs-en-ciel. Ça fait pourtant partie de plus en plus de nos discussions de confinement, à la maison, dans nos réseaux. Il va falloir les aborder, ces thèmes, parce que pas mal de choses seront à reconstruire au cours des prochains mois. Des choses qu’on voudrait bien reconstruire avec plus de solidarité, d’empathie et de vision à long terme. Il faudrait voir cet arrêt planétaire comme une chance, et s’arranger pour que ces enjeux trouvent une place dans l’espace public, bientôt.

Pour que ça aille réellement bien.

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8 commentaires
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Vous voulez qu’on vous prédise l’avenir madame? On peine à comprendre et dealer avec le présent et ses impacts . Vous avez une préférence de scénario? Le voulez vous optimiste ou pessimiste? À court, moyen ou long terme? Pour le Québec, le Canada ou le monde entier? Allons donc! La seule chose importante est de mettre en place des conditions sanitaires pour repartir les entreprises au plus sacrant . On jouera aux devinettes après.

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Et comment planifitons les actions pour le maintenant si on ne pose pas les questions sur l’avenir. Les actions du présent ont une incidence sur l’avenir.

Nos gouvernements ne sont pas capable de faire produire des masques dans nos Usines non mais qu’ils sont incompétent sa prend la fabrication d’une petite maîtrise et du tissus ,,Cela prendrais une infime investissement Comparer au Milliard de $$$$ perdue ainsi que toutes c’est vie fessant partie de l’humanité A mon avis il y as quelques chose qui manipule leur cerveaux Nous somme capable de fabriquer des bombes Nucléaires mais pas des masques . Allo la Lune Ici nous avons un problème sur terre ….

L’Actualité écrivait un papier sur la décroissance il n’y a pas longtemps.
Eh bien, nous y sommes maintenant. L’avenir devra-t-il être cela?
On peut bien spéculer sur le futur, le « ici et maintenant » sera peut-être la norme!
À moins que « survivaliste » nous enseigne quelque chose…
Prenons une bonne respiration, chacun chez soi pour l’instant.

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Bonjour Madame Bazzo,

merci pour votre article. Effectivement, il faut que les journalistes puissent interroger et au besoin critiquer les mesures qui sont prises si on veut que les choses puissent revenir a la normale un jour. Et bien que beaucoup de gens aient tres peur du coronavirus, y compris quand ils ne font pas partie de ceux qui sont a risque de developper des complications et d<avoir des symptomes vraiment serieux, il faudrait aussi essayer de prendre du recul et ne pas accepter sans reflechir n<importe quelle mesure sous pretexte qu<elle est temporaire et pourrait potentiellement aider. Chaque mesure devrait etre evaluee selon les criteres suivants, quand il s<agit d<une restriction de droits qui sort de l<ordinaire: 1) la mesure doit etre indispensable; 2) il ne doit pas y en avoir une autre qui serait moins restrictive et permettrait d<atteindre le meme resultat; 3) il faut savoir a quelles conditions on pourra cesser de l<appliquer et ces conditions ne doivent pas etre tellement floues ou etablies sur la base d<un seuil tellement bas que le gouvernement pourrait garder cette mesure en place presque indefiniment a sa propre discretion (il ne faut pas oublier qu<on parle de mesures vraiment extraordinaires et que par definition, elles ne sont pas censees continuer indefiniment; et il serait peut-etre important de garder en tete que lorsque le gouvernement nous a demande d<accepter un confinement de deux semaines, il savait sans doute deja que cela durerait plus longtemps, ce qui fait qu<on est en droit de se demander si la nouvelle echeance envisagee en juillet est bien reelle – surtout qu<il a aussi ete question du mois de decembre il y a quelques jours!); et 4) il ne faut jamais qu<une mesure cause plus de dommage que celui qu<elle est censee prevenir.
Ces criteres sont importants dans un contexte ou les mesures deboulent chaque jour plus nombreuses, et ou l<echeancier ne cesse de s<allonger. Il est plus facile de renoncer a un droit que de le recuperer quand on commence a en avoir assez, et la democratie est une chose tres fragile, qu<on ne peut pas mettre sur pause, pas sans consequence, en tout cas. A mon avis, le travail des journalistes n<est pas de soutenir aveuglement chaque mesure prise par le gouvernement, ou recommandee par les autorites sanitaires. Ce ne serait pas la premiere fois que des experts, en voulant bien faire, en fassent beaucoup trop, et finissent par causer des problemes non envisages au depart, et pires que celui qu<ils voulaient affronter. Alors protegons-nous du virus et soutenons les soignants, mais restons vigilants, et evitons de sombrer dans la panique et de multiplier les mesures a n<en plus finir. En ce moment, les personnes a risque de complications, ie celles qui sont agees ou qui sont immuno-deficientes, restent chez-elles, et n<ont que fort peu de contacts avec le monde exterieur, ce qui reduit leurs chances d<etre infectees, a moins que le virus se trouve deja dans leur residence, ou que les gens avec lesquels elles vivent soient contagieux. Je commence a etre davantage preoccupee par la sante des gens en attente d<operations chirurgicales qui voient les leurs reportees sous pretexte qu<elles ne seraient pas urgentes. Une chose est sure, ca n<aide pas une personne atteinte de cancer de la forcer a patienter de la sorte, et je ne suis pas certaine qu<il soit vraiment logique de traiter la sante et la vie d<une mere de famille dans la quarantaine comme meritant moins d<attention que celle d<une personne agee ayant le malheur d<avoir attrape le coronavirus. De la meme facon, il est evident que la crise economique qui s<annonce aura des consequences sur la sante des gens, y compris les personnes agees et immuno-deficientes. Alors meme s<il n<est pas populaire de poser des questions et de faire preuve d<esprit critique en ce moment, il est important de continuer de le faire. La vraie solidarite, ce n<est pas de fermer les yeux sur les difficultes que certaines decisions peuvent soulever et de renoncer a critiquer parce que c<est moins exigeant. Se serrer les coudes, c<est aussi accepter de reflechir et de participer a la discussion pour chercher la meilleure facon de proteger les gens qui sont vraiment a risque, tout en se rappelant que l<objectif est de sortir de cette crise le plus rapidement possible.

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Merci de votre commentaire. Je pense la même chose que vous mais je n’aurais su l’exprimer avec la même éloquence.

Votre propos traduit exactement ce que je pense et nourris dans l’isolement de mon condo à regarder la vie passée sans moi.

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La crise écologique est la principale cause de la crise sanitaire.

S’il y a une fleur dans le tapis dans laquelle il faut s’enfarger, c’est celle là.

À moins que ça nous tente de continuer à penser qu’on est des victimes.

Mme Bazzo avait besoin de jouer un peu à la victime ce matin. Elle a besoin d’une tite tape dans le dos…

J’ai une solution. On va lui montrer ce qui se passe en Inde. Pour moi elle est passée à côté de ça. On est pas si mal pris que ça je trouve.

Elle revendique qu’on lui donne des solutions pour l’avenir. Rappelons lui simplement que ce qui se passe en ce moment est directement lié à notre mode de vie. Un petit indice de par où commencer…

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