Journal des temps inédits : La télé qui réchauffe

Le soir, lors de nos marches, on le voit bien : le petit écran illumine les salons, et plusieurs regardent en direct la bonne vieille télé de papa.

Photo : Daphné Caron

La télévision prévirus ronronnait, pépère et routinière, sans grandes fulgurances, il faut bien se l’avouer. Les surprises venaient des plateformes comme Netflix, Tou.tv. Lorsque la pandémie a frappé, les émissions de variétés ont terminé leur saison d’hiver en catastrophe. Tout le temps d’antenne a été réquisitionné par l’information continue, qui a fait et continue de faire de la bonne job. Les points de presse de 13 h sont le nouveau District 31.

La radio, comme toujours, est une accompagnatrice. Mais, curieusement, elle est saturée cette fois-ci de beaucoup trop de voix surexcitées, qui n’en reviennent pas d’être au cœur d’un événement inouï. Ces jours-ci, contre toute attente, c’est la télé qui trouve le ton juste. Le soir, lors de nos marches quotidiennes, on le voit bien : le petit écran illumine les salons, et on se surprend à constater que plusieurs regardent en direct la bonne vieille télé de papa. En France, des chiffres récents indiquent que les Français ont passé 4 h 29 en moyenne par jour devant leur poste en mars. Jamais les chaînes n’ont été autant regardées depuis 30 ans. Tout indique que cette tendance se vérifie ici aussi.

Hier, c’était le début de la saison printanière à la télé québécoise. Les Chefs ! sont arrivés comme un baume. Quand la cuisson d’un saumon est plus angoissante que notre réalité de « confinés », on appelle ça une soupape !

J’anticipais particulièrement Ça va bien aller, à TVA, et Bonsoir Bonsoir !, à Radio-Canada, deux émissions créées (ou repositionnées) pour faire face à la crise. Deux belles surprises : de la télévision de rassemblement et d’intimité à la fois, qui montre la solidarité, qui s’intéresse au « monde ordinaire » dans le cas de Ça va bien aller, de Marie-Soleil Dion et Fabien Cloutier. Une façon de tourner low-tech, des décors de fortune qui font appel à l’indulgence du public, une incursion non pas voyeuse, mais chaleureuse et conviviale dans les maisons des invités : la créativité s’exprime.

Cette nouvelle télé vient de la base, et elle élève le niveau. Le ton de ces deux émissions est parfait pour cette période d’ennui et d’anxiété que nous vivons. C’est celui du « pendant que ça se passe ». Une télé qui interprète la réalité et qui calme les angoisses. Elle nous dit, avec les vedettes chez Wauthier, avec les anonymes chez Cloutier et Dion, que « tout va bien aller », malgré tout, que nous sommes ensemble. Elle nous fédère, tente de donner un sens à ce qui n’en a pas. Elle nous donne une tape dans le dos, nous prend dans ses bras.

Mon travail, actuellement, consiste à produire des émissions de télévision. Mes journées sont rythmées par les réunions pour préparer le retour prochain de Y’a du monde à messe, lorsque les conditions sanitaires permettront le fonctionnement d’un grand plateau dans un contexte sécuritaire pour les travailleurs et les invités. Vous dire combien j’ai hâte ! Y’a du monde à messe fait de la télé bienveillante depuis sa création, et voilà que c’est exactement ce dont nous avons besoin : de la bienveillance, du sens, de l’écoute. Je regarde Jean-Philippe, Marie-Soleil, Fabien et leurs gangs, et me dis que la télé conventionnelle n’est pas morte. Non seulement elle revit, mais nous donne envie de vivre ça, tous ensemble.

Hier, la télé a été formidable, et utile.