Journal des temps inédits : L’âme d’un peuple

Lors des points de presse quotidiens où se succèdent les ministres du gouvernement Legault, on remarque l’absence de la ministre de la Culture. C’est pourtant la culture qui soutient le moral des Québécois…

Photo : Daphné Caron

Le mardi 10 mars, sans le savoir, j’assistais à mon dernier spectacle pour des mois à venir. C’était la première montréalaise de Pour une histoire d’un soir, un fantastique juke-box nostalgique, le show de trois divas n’ayant rien perdu de leur voix, de leur charisme, de leur émotion : Marie Denise Pelletier, Joe Bocan et Marie Carmen. Ce genre de show où le public se lève d’un bond pour une ovation au milieu d’une chanson ! Le spectacle allait triompher partout au Québec pendant un an.

Le lendemain, il était annulé, comme la plupart des spectacles prévus au Québec. Danse, musique, théâtre, ça tombait en cascade. Tous les projecteurs se sont éteints, on ne sait jusqu’à quand. Ma sœur, conceptrice d’éclairage, illuminait les trois chanteuses. Du jour au lendemain, tous ses contrats se sont évaporés jusqu’à au moins cet automne. Comme ceux de plein d’artistes et d’artisans de la culture québécoise. Lucie, comme eux tous, ne roule pas sur l’or. Ce qui se passe est catastrophique pour elle, comme pour les entrepreneurs culturels, les institutions.

Il est bien vu, dans certaines radios de Québec, de mépriser les « BS de luxe, les téteux de subventions, les gras dur de la culture ». Un artiste ou un artisan, au Québec, fait 30 000 dollars une bonne année. Pourtant, il ne compte pas ses heures. Selon les données du dernier budget québécois, en 2017, le domaine de la culture représentait 166 100 employés (3,9 % des emplois québécois) et contribuait à l’économie à hauteur de 11 milliards de dollars.

Même si nous consommons notre culture avec encore trop de parcimonie, nous en sommes fiers et nous l’aimons. On se pète les bretelles avec nos chanteurs, notre cinéma, nos humoristes omniprésents, nos auteurs. La culture d’un peuple est le squelette de son identité. Son âme et son cœur, aussi. C’est elle qui le caractérise. Elle donne du courage et de l’allant. On le voit bien en cette période trouble, où poètes et chanteurs envahissent les réseaux sociaux, bénévolement, pour soutenir notre moral. Le divertissement est un remède. En toutes circonstances, les artistes québécois trouvent les mots, les notes, les couleurs pour dire notre histoire, notre différence, notre authenticité. Partout dans le territoire, ils produisent de la beauté. Nous unissent en nous distinguant. Ils font société et rapportent de l’argent à toute une industrie, même si eux sont loin de tous en gagner.

Depuis le début de la mise en place de mesures gouvernementales pour aider les travailleurs ayant perdu leur emploi, tous les secteurs ont été aidés, de la santé aux finances, de l’éducation au travail social. Et c’est une excellente chose. Pourtant, la culture reste en rade. Les métiers y sont indéfinissables, le travail y est cyclique, les heures s’y multiplient mais s’additionnent mal, les invisibles sont oubliés. Les institutions culturelles sont aussi mal prises, des fleurons d’ici sont même menacés, comme certains acteurs importants du milieu du livre.

Lors des points de presse quotidiens où se succèdent les ministres du gouvernement Legault, on remarque l’absence de la ministre de la Culture. C’est pourtant la culture qui soutient le moral des Québécois, qui répète que ça va bien aller… Ce gouvernement a une vision ouverte et fière de l’identité québécoise. François Legault est un grand lecteur, curieux et avisé. Sa femme, Isabelle Brais, est une passionnée de la culture, très présente auprès des artistes. Je m’explique d’autant difficilement que l’industrie culturelle et que la culture tout court soient l’angle mort, en ces temps perturbés.

La culture panse l’âme des peuples. Il est important de penser à elle en retour.

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Je ne le sais que trop – j’ai été mariée à un musicien! J’espère que nos dririgeants liront ceci.

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