Journal des temps inédits : L’armée

Ça ne va pas. Ça ne va plus. Une quarantaine, c’est censé durer 40 jours. Nous voyons les chiffres et savons que ce n’est pas fini, écrit Marie-France Bazzo, qui partage son coup de blues.

Photo : Daphné Caron

Une quarantaine dure 40 jours. Les 40 jours sont présents dans la Bible. C’est Moïse dans le Sinaï, le temps du jeûne du Christ dans le désert, les 40 jours avant sa résurrection, ceux du déluge avant l’arche de Noé. La quarantaine est celle de la peste noire au Moyen-Âge. C’est long, 40 jours.

Après, les écailles te tombent des yeux. Il y a transfiguration, changement radical.

Quarante jours de confinement au Québec, c’est l’arrivée de l’armée canadienne dans les CHSLD auprès de citoyens les plus vulnérables, abandonnés non seulement face à la maladie, mais aussi en temps normal par la société québécoise. Peut-être qu’une vieille, arrêtée sous la Loi sur les mesures de guerre en 1970, sera consolée et verra sa couche changée par un jeune militaire canadien. Mais elle ne s’en rendra peut-être pas compte, toute à sa démence caractéristique du stade 4 de la maladie d’Alzheimer… L’armée canadienne auprès du Québec en couches. Ce symbole fort illustre qu’on l’a échappé d’aplomb.

Le monde nous regarde et, mi-honteux, mi-blasés, nous détournons les yeux.

L’arc-en-ciel m’énerve depuis le début. Le « ça va bien aller », pensée magique trop commode. Mardi soir, sur Instagram, le comédien Marc-André Grondin a publié un arc-en-ciel marron et brun bien gras, accompagné de ce mot : on est dans la marde. C’est sa mère qui l’a dessiné. Sa mère !

Ça ne va pas. Ça ne va plus. Quarante jours, le temps des apéros joyeux est terminé. Nous voyons les chiffres et savons que ce n’est pas fini. Le déconfinement approche et non seulement l’économie sera dévastée, mais les finances publiques (mondiales) seront massacrées pour des années. Des régions, moins touchées, détestent acrimonieusement Montréal, qui les « empêche » de retrouver leur vie.

Et on n’a pas évoqué la culture, qui s’évanouira jusqu’en 2021, faute de possibilité de spectacles en salle et de regroupements. La culture, celle qu’aiment détester quelques animateurs frustrés de Québec, qui est la colonne vertébrale de notre identité, celle-là qui fait que les vieux abandonnés dans leurs couches, dans les limbes de la mort, se raccrochent à un air, une chanson de leur jeunesse, cette affaire-là, la culture. Elle risque de s’éteindre dans l’indifférence générale.

Quarante jours, c’est l’impression d’être dans Stranger Things, la série de Netflix. En surface, il fait beau, la crise achève, disent des experts et des candides, ça va bien aller. En dessous, la réalité est glauque et le futur, incertain.

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Beaucoup de négativisme Mme Brazzo. Peu de solutions avancées! Il y a un mot dans le dictionnaire que M. Legault pourrais utiliser ( Réquisition). L’on réquisitionne des personnes pour régler une situation et ce, avant de faire appel à l’armée. En passant où sont les syndicats dans cette crise? Non pas pour critiquer le gouvernement mais surtout pour sensibiliser leurs membres à contribuer par leur présence à donner une prestation de travail dans leur champ d’expertise au lieu de rester à la maison. Quant aux bras des militaires, ils pourront être utilisés pour nettoyer ces chsld’s malpropres et insalubres.

Le monde nous regarde et nous détournons les yeux honteux? Le monde en général se fiche pas mal de ce qui se passe au Quebec et ce n’est pas parce que les vieux sont mieux traités ailleurs qu’on devrait avoir honte, mais parce qu’on se targue d’être solidaires tout en négligeant nos parents et grand-parents. On est solidaires pour un temps mais après le chacun pour soi prend le dessus. On peut le constater pendant le confinement et ça va devenir de plus en plus évident pendant les temps durs qui nous attendent.

L’euthanasie des personnes très âgées non-autonomes et inaptes est une solution inévitable pour entre autres soulager le personnel soignant et sauver des ressources pour des gens qui en ont vraiment besoin. Par contre, la société n’est probablement pas assez évoluée pour se rendre à cette solution et permettre à ces personnes de mourir dans la dignité plutôt que de vivre dans la déchéance la plus complète sans en avoir conscience ou, pire, en ayant légèrement conscience de leur déchéance

Ne vous inquiétez pas, quand vous serez rendu à un âge vénérable, ce qui arrive beaucoup plus tôt qu’on ne le pense, la société aura assez évolué pour pratiquer l’euthanasie des vieux non productifs. Les jeunes vous torcher ? Pas question ! Enwoye le vieux, dans l’four crématoire…

Ça fait entièrement mon affaire. On ne fait pas des enfants pour se faire torcher en étant vieux et sénile. Très mauvais motif. Personnellement, lorsque je serai rendu là, j’espère avoir la force de me retirer avec dignité (mourir). PERSONNE ne me torchera en raison de ma vieillesse.

Julien: Aucun rapport. Je vivrai avec ce qui arrivera. Chose certaine, vos souhaits n’ont aucun impact sur mon futur

Madame,
Un peu de dignité : réduire votre opinion aux « couches » du grand âge est indécent. Votre regard se limite-t’il à cette perception des personnes âgées ? Si oui, vous contribuez à réduire aux contingences physiques des personnes qui – à votre âge, et bien plus tard encore – ont vécu avec leur coeur, leur esprit et leur talent. Un peu de hauteur, et beaucoup de respect, SVP.

Que dirait Pierre Bourgault, de cette industrie du confinement jusqu’à-ce-que-mort s’ensuive, de ces bâtisseurs de notre société dont se détourne le regard des médecins spécialistes, eux dont les frais scolaires furent précisément assurés par ces grand-mères et grands-pères qui espéraient mieux pour leurs descendance ? Je l’imagine sur scène, le geste ample, le verbe haut, la fureur dans le regard.

On ne fait pas des enfants pour se faire torcher en étant vieux et sénile. Très mauvais motif. Personnellement, lorsque je serai rendu là, j’espère avoir la force de me retirer avec dignité (mourir). PERSONNE ne me torchera en raison de ma vieillesse.

Vous savez ce qui fait la différence quand on est vieux et perdu? C’est l’amour de nos proches. Je visite mon père tous les jours ou presque au CHSLD et je l’accompagne dans sa vieillesse. Il est alzheimer mais parce que je le stimule et lui donne l’amour dont tout être humain a besoin, il n’est pas maheureux Si on leur rappelait que l’on ne les abandonne pas et qu’on leur offre notre présence,ils aurait le goût de vivre comme tout le monde. Ce sont ces gens qui vous ont accompagnés tout au long de votre vie…

J’avais pas besoin de lire ça.
Je continue à travailler depuis le début pour produire des fournitures d’avionique militaire qui servent actuellement au transport de matériel médical. Ma femme est sur le point de reprendre du service dans un CIUSS pour prêter main forte à la situation. Je n’ai pas vue ma mère de 74 ans ni ma grande fille de 12 ans depuis 2 mois. Mes 3 autres jeunes enfants restent à la maison depuis. L’arc-en-ciel c’est la promesse à mes enfants qu’on va passer au travers peu importe. Que les beaux jours vont revenir. Ils n’ont pas besoin de tout savoir ce par quoi les grands passent autour d’eux, ce sont des enfants et le temps venu ils comprendront.

Je méprise profondément ceux qui tentent de nous séparer et de nous faire douter sans ammener de piste de solution ni même un semblant de réconfort.

Mme Bazzo, vous êtes exactement ce que le Québec n’a pas besoin aujourd’hui. Allez au front et rendez vous utile plutôt que de promouvoir le défaitisme et la honte derrière votre ordinateur.

La société entière de je m’en foutisme dans laquelle on vit depuis une quarantaine d’années est le reflet qui ressort en ces temps de pandémie
Au lieux de se serrer les coudes on en voit la bassesse humaine encore prendre le dessus
Il serait temps pendant cette crise de tous faire un effort pour réglé les problèmes de faim de santé et d’inégalités… s’unir au lieu de se détruire!

Juste une remarque madame Bazzo: un bébé porte une couche, une personne âgée porte une culotte! Vous allez me dire que c’est la même chose . Non, je regrette c’est une affaire de dignité!