Journal des temps inédits : Le mou

Plus la sortie progressive de confinement se profile à l’horizon, moins l’horizon, justement, est clair. Vers qui, quoi se tourner pour nous aider à penser, nous éclairer ?

Photo : Daphné Caron

Les jours mous succèdent aux jours indécis et aux semaines flasques. Passés les premiers jours frénétiques, à la mi-mars, où nous avons vécu un choc collectif et nous nous sommes mis à stocker le papier de toilette comme si notre vie en dépendait, les semaines informes se sont accumulées. Ce qui nous occupe à temps plein depuis six semaines est de tuer le temps. Nous déambulons autour de l’immeuble, sans but. Nous joggons en rond. Nous allons doucement, au rythme de nos marches pépères, sans destination. Pas trop vite nulle part est devenu notre mantra. Nous faisons la file, dociles et distanciés, et nous sommes rassurés. Le bien-être et la sécurité sont devenus notre quête principale. Nous regardons des séries, faisons notre pain, créons des pénuries de levure. Nous ballotons mollement dans les eaux glauques de notre confort. Engourdis, sans objectifs.

On ne se projette plus : l’avenir semble trop incertain, les enjeux sont trop vastes, épeurants et ne dépendant pas de nous. Dans le monde d’après, notre emploi existera-t-il encore ? Et l’entreprise qui nous emploie ? Les enfants retourneront-ils à l’école en septembre, les risques d’une deuxième vague de COVID sont là… Vais-je pouvoir à nouveau séduire ? Mon cancer sera-t-il encore soignable ? Qu’adviendra-t-il de nos parents, grands-parents ? À quoi ressemblera ce nouveau monde qui, assurément, sera régi par de nouvelles règles que personne ne connaît ? Tous se posent ces questions. C’est vertigineux. Plus la sortie progressive de confinement se profile à l’horizon, plus celui-ci ressemble à un gouffre.

Alors, quoi penser ?

Vers qui, quoi se tourner pour nous aider à penser, nous éclairer ?

Les pays adoptent des approches de rentrée à l’école différentes : en septembre pour l’Italie, en mai pour la France. Fallait-il confiner ? La Suède a dit non. Déconfiner sans tarder ? Le Québec et le Canada ne s’entendent pas. La science ne parle pas d’une voix unanime sur toutes les questions qu’on lui adresse. Chaque cas de figure comporte un risque et un envers de médaille. Les complotistes, eux, sont déchaînés. Nos « boussoles » habituelles sur les sujets qui font débat tournent à vide, en ce moment, et ne sont d’aucune aide. Les « opinionneurs » sont en perte de repères depuis le début de la pandémie, vous l’avez remarqué. Leurs marqueurs habituels, aussi bien à gauche qu’à droite, se sont dérobés sous leurs pieds, et leurs thèmes de prédilection nous paraissent bien futiles. En ce moment, les chroniqueurs ne sont pas un service essentiel…

La sortie de crise commence à poindre. Le rythme de nos vies en jachère va se mettre à s’accélérer, par à coups. Nos marches auront des destinations à nouveau. L’avenir s’annonce anxiogène et complexe. Il y aura regain d’intérêt pour la science, les faits, et les États. Le mou et l’approximatif commencent à être usés.

Nous ne savons pas à quoi ressemblera le futur. Mais nous pouvons prédire sans trop nous tromper qu’il sera raide…

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Lorsque je lis ce genre d’article, je me rends compte comme nous sommes chanceux, nous les personnes à la retraite. Pas de soucis pour l’argent car les pensions continuent de se déposer dans le compte, comme par magie. La plupart des factures se payent toutes seules. Comment remplir ses journées? Il y a belle lurette que nos vies – la mienne en tout cas – sont remplies d’activités et qu’on se couche en se disant qu’on n’a pas eu le temps de faire ceci ou cela, faudra pas que j’oublie, demain. Pour les gens qui aiment la solitude – je suis de ceux-là – le confinement n’a rien de tragique… En fait, ma préoccupation c’est pour les autres, surtout les grands-parents, à qui je souhaite de pouvoir embrasser leurs petits-enfants très bientôt.

« Vers qui, quoi se tourner pour nous aider à penser, nous éclairer ? »

Vers les consignes de Legault et Horacio. Tout simplement. Et avec confiance!

Un peu naïf. La pensée critique est partie en vacances et il ne faudrait surtout pas oser questionner l’autorité constituée, même quand elle se contredit, même quand elle est d’une négligence crasse et a omis de se préparer à une pandémie malgré les avertissements répétés depuis des décennies. La confiance se mérite, elle n’est pas acquise.

Mais justement, le mou et l’approximatif sont la nature même de la bête à laquelle nous faisons face. Il ne faut pas faire l’autruche et quand ce virus sera bien connu, un autre surgira en quelque part pour nous replonger dans le mou et l’approximatif. L’humanité (et le reste de la nature) a toujours vécu avec ces périodes molles et approximatives et on peut toujours se préparer et accepter le fait que nous sommes mortels.

« ………Déambuler autour de l’immeuble… » Mais c’est donc bien gênant…!!!! Parlez pour vous, nous travaillons toujours, même si c’est pas nécessairement dans la santé…Seigneur ceux pour qui le confinement veut dire avoir trop de temps, arrêtez de contempler le vide et pratiquez un hobbie!!! Vous faites zero pitié!!!!

Justement, elle est chroniqueuse et un article, case prépare. A chacun son activité…

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