Journal des temps inédits : Le nouveau paysage

Ces temps inédits nous auront transformés de l’intérieur. Certains le vivent en ce moment, d’autres le réaliseront dans quelques semaines ou mois. Nous ne sortirons pas indemnes de cette expérience inouïe.

Photo : Daphné Caron

Ça y est, le Québec est officiellement déconfiné dans la tête. Depuis hier, les 5 à 7 réels, les barbecues de retrouvailles familiales, les mini partys entre amis se succèdent. Nous sommes des animaux sociaux et nous retrouvons avec gratitude ce qui nous a le plus manqué pendant le confinement.

Oui, une page est tournée. Le confinement physique n’est pas complètement terminé à Montréal, même s’il l’est depuis une semaine ailleurs, mais nous sommes sortis du cocon confortable et déséquilibrant qui était notre lot commun. L’avenir s’annonce incertain, mais ça s’appelle néanmoins l’avenir.

Le confinement fut un étrange présent. En 10 semaines, nous avons vécu des choses ensemble, mais séparément. Nous avons oscillé entre la solidarité et le repli sur soi. Peu importe nos conditions socioéconomiques et le fait que nous travaillions encore ou pas, ce temps suspendu nous a obligés à nous poser des questions de fond, du genre qu’on n’aime pas voir poindre, ou que nous affrontons habituellement en payant un thérapeute. Plus bizarre encore, alors que nous ne voulions pas penser à ces questions dérangeantes, voilà qu’au détour d’une marche ou d’une fournée de pain, des bulles de points d’interrogation éclataient à la surface de nos cerveaux sans avoir été sollicitées.

Ce vaste espace en jachère dans nos esprits, nos âmes, nos têtes, s’est mis à produire des fleurs vénéneuses et des pensées dangereuses. Du genre : « fais-tu vraiment ce que tu veux ? ». Je connais des gens qui auront pris la décision de quitter la ville, leur job ou leur conjoint. De changer de cap. De renouer avec leurs valeurs. De rompre des amitiés toxiques. De faire le ménage de leur vie.

Ces temps inédits nous auront transformés de l’intérieur. Certains le vivent en ce moment, d’autres le réaliseront dans quelques semaines ou mois. Nous ne sortirons pas indemnes de cette expérience inouïe.

Mais il n’y a pas que nos vies intimes qui auront changé. Lorsque nos yeux se seront habitués à la lumière éblouissante du déconfinement, nous verrons la nouvelle normalité. L’économie maganée, la sociabilité transformée, l’occupation du territoire questionnée. Le monde qui s’annonce vivra des transformations, sera le théâtre d’interrogations radicales sur plein de sujets, de la politique jusqu’à l’écologie en passant par notre rapport aux vieux, la culture, le travail, l’urbanisme, l’intelligence artificielle.

J’ai entrepris il y a 71 jours ce Journal des temps inédits, pressentant que le confinement nous (me) chamboulerait. Du point de vue de l’intime, j’ai dépeint ces jours étranges que nous vivions. Je clos ici ce journal intimiste, et poursuis dès la semaine prochaine avec les Carnets des temps inédits : un regard toujours personnel, mais plus tourné vers les enjeux sociaux de ces temps toujours en friche.

J’ai nettoyé ma maison, mon intérieur, et j’ai très envie de regarder en face le nouveau paysage. Je sors. Et vous ?

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Personnellement, je ne vois rien de cathartique dans ce qui fut et est encore vécu. Mais bien sûr je peux me tromper. Très honnêtement, je ne partage pas cette conception plutôt élégiaque presque tout droit expurgée d’une forme de catéchumène telle que mise en bouche par madame Bazzo.

Nous voici projeté dans une nouvelle ère (celle du Verseau), dans un cadre post-apocalyptique ; provoquant une transfiguration obligatoire d’avant le baptême ou la conversion.

De ce que je sais. La conscience se construit progressivement, elle n’a rien à voir avec un avant-après. Pour aussi extraordinaire qu’il en paraisse. Cette sorte d’éveil peut se développer sur de très simples évènements. Plus cela est simple, meilleur c’est. Un joli rayon de soleil qui passe à travers le ciel, provoque une sorte d’état de grâce soudain.

Dans cette seconde et dans cet instant, tout vient de changer ; c’est parfois deux ans, dix ans, vingt ans après qu’on s’aperçoit du changement. Cette prise de conscience ne nécessite aucun effort, ni introspection.

Cette forme introspective dont parle madame Bazzo est une forme réflexive du cerveau. Nous sommes tous confrontés à ce genre de réflexions, c’est avant tout une manière pour nous protéger. Dans une période comme celle-ci, nous avons cet impérieux besoin de nous protéger. C’est une question de survie.

Les grandes crises forcent le changement, mais elles ne changent pas l’homme (ou si peu), elles ne font que modifier les comportements. Changements de comportements résultants usuellement de toutes formes d’endoctrinement. Nous pourrions parler si on veut de : conditionnement.

Bonne chance dans vos carnets. Je vous souhaite de recevoir l’Imprimatur.

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J’ai vécu le confinement comme une bénédiction : la paix et la sérénité ressenties depuis deux mois sont inestimable pour moi. Confinée? Chaque jour, j’ai goûté la nature soit par des marches, des piques-niques, des randonnées à vélo ou en voiture. Les partys, les [email protected] et les restos que j’affectionne assez régulièrement ne m’ont pas manqué. L’un de ceux-ci a d’ailleurs trouvé une formule originale qui ne nous a pas privé de ses talents. Et curieusement, moi qui suis un fan finie de tennis et de baseball, j’ai réalisé que ni l’un ni l’autre ne m’a manqué. Ce temps d’arrêt, pour peu qu’on ait pris le temps de lui donner un sens, peut s’être avéré un temps très enrichissant. Il le fut pour moi, tellement que je le continuerai encore bien longtemps.

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»Depuis hier, les 5 à 7 réels, les barbecues de retrouvailles familiales, les mini partys entre amis se succèdent. »
A lire plusieurs chroniqueurs, les Québécois faisaient des barbecues ou des partys tous les jours avant la COVID !

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Je n’ai pas souffert du confinement, ni du déconfinement, ni mentalement et ni autrement.
Ayant été un vet, la Pandémie m’intéressait et ne m’a pas affectée comme tel. J’ai beaucoup lu d’articles sur le virus, incluant son poids : 1*10 à la moins dix-sept. Qui est en somme une poussière dans l’espace autour de la terre. La quantité de virion sortant d’une cellule humaine, disons une cinquantaine. Les points qui ont de l’importance : le port du masque, 70% d’efficacité pour un de coton, presque 100% si on ajoute à l’intérieur un essuie-tout plié en deux. Ensuite, l’espace vital du 2 mètres, le lavage de main et si on va à l’épicerie porter des gants en caoutchouc.

Je suis à la fois un être qui aime à la fois la solitude et les relations sociales. J’ai apprivoisé dans ma jeunesse, la solitude dans les champs avec les chevaux à grandeur de journée et, surtout, le travail en forêt pour gagner mes études, car ces dernières n’étaient pas gratuites. Ainsi le collège privé en région coûtait en dollar d’aujourd’hui 5000$. Je suis un être curieux qui aime apprendre. J’en apprends des oiseaux qui viennent aux mangeoires, ces jours-ci c’est la saison des amours pour eux. La curiosité est un puits sans fin meublant notre cerveau et nos idées! J’ai beaucoup développé le sens de l’observation pour développer une vigilance. ET le bonheur est dans les petites choses de la vie.

Merci à vous Mme Bazzo.

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