Journal des temps inédits : Les chefs et nous

Alors que le virus nous prive chaque jour de nos restos, de nos barbecues et de nos soupers entre amis, Marie-France Bazzo se jette sur Les chefs ! à la recherche de la recette du bonheur. 

Photo : Daphné Caron

Hier soir, je me suis régalée des péripéties des aspirants chefs à l’émission Les chefs !, comme des centaines de milliers de Québécois. Le show, un des préférés des téléspectateurs, bat des records d’audience en ces temps de confinement. C’est une doudou, un refuge. La merveilleuse Élyse, les sévères et un tantinet sadiques Pasquale, Jean-Luc et Normand, l’insubmersible Daniel, la brigade qu’on voudrait prendre dans nos bras : ils nous font rêver. Ils présentent une cuisine inaccessible (la tourte au canard !), mais nous les apprécions comme nous dégustons du sport professionnel, impossible pour notre niveau de ligue de garage. Ils sont Bocuse. Nous, nous cuisinons le pain et les tartelettes.

Il faut dire que la COVID nous aura ramenés à nos cuisines. La responsabilité de nous nourrir et de nourrir les autres est la seule chose sur laquelle nous ayons encore du pouvoir dans nos vies interrompues, avec le ménage. En cuisinant, on « ferme la shop » de l’inquiétude, de l’angoisse, des soucis financiers. Le virus nous a coupés de notre sociabilité, qui passait beaucoup par les repas d’amis et de famille, les restos, les barbecues entre voisins. Nous nous jetons donc sur Les chefs !, et sur tout ce qui est cuisine à la télé et sur les réseaux sociaux. Ricardo, déjà superstar, est devenu une icône bénie du confinement.

Au Québec, en temps normal, la cuisine est dans notre ADN.

Nous avons un star-system de chefs, né avec Jehane Benoît et sœur Angèle, où brillent aujourd’hui les Bob, Ricardo, Stéfano et Marilou. Les nutritionnistes sont les intellos du système et les chefs de restos célèbres, les influenceurs. Nous fêtons dans nos cuisines, l’îlot est le cœur de nos célébrations. Notre ouverture aux autres a toujours commencé par leur cuisine, de celle des Italiens et des Grecs à celle des Indiens. Nos chicanes identitaires nous ramènent à la ville d’invention de la poutine, et nos lectures sont souvent des livres de cuisine. Nous sommes un peuple hédoniste, la cuisine est au milieu de nos vies, et ces temps inédits n’y échappent pas. Le héros collectif Horacio Arruda se verra offrir un show de cuisine d’ici un an, j’en mettrais ma main au feu…

Le déconfinement approche. Le travail reprendra pour certains. La cuisine des Québécois redeviendra plus quotidienne, plus pressée ; nous serons tous occupés à autre chose. Le pain viendra à nouveau de l’épicerie, en tranches. Nous mettrons un X sur les restaurants pour un bout. Le monde d’avant ne reviendra plus, ne reviendra pas. Nous le savons tous. C’est ce qui fait des Chefs ! une oasis en ces temps de marasme, une future nostalgie précieuse, un objectif qui pousse à continuer. Cette émission a toujours diverti. Mais aujourd’hui, elle nous rappelle que le rêve nous élève, que la nourriture a toujours été au cœur de notre identité, de nos vies. Elle a toujours fait du bien, mais cette année, elle est magique.

OUI, CHEF !!!

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