Journal des temps inédits : Les détails

Même en temps de pandémie, le Québec est le Québec. Jusque dans les moindres détails.

Photo : Daphné Caron

Personne, nulle part, ne sait quelle aurait été LA stratégie pour contrer la COVID-19. Masques pour tous? Tests? Confinement ou pas? Les experts mondiaux en santé publique se contredisent. Nous n’avons pas de plan uniforme. Ce qui fait que l’œil accroche sur les particularités nationales. Car, chez nous aussi, des affaires gossantes attirent le regard. Même en pandémie, le Québec a sa façon unique d’être au monde.

Les métaphores de haut du corps. Le trio gouvernemental a démarré le bal, et depuis, nous répétons les phrases : On se lave les mains. On se serre les coudes. On met l’épaule à la roue. Et la plus récente : Les CHSLD ont besoin de bras. Au hockey, on appelle ça le haut du corps. Au Québec, la pandémie est assurément une affaire de bras et de cœur. On fait rarement appel à la tête, au rationnel : combien de masques? Combien de tests? Pour qui? Pourquoi? Quid des autres problèmes de santé? Pourquoi exposer des spécialistes dont on aurait besoin ailleurs et en santé? La raison n’est pas la première sollicitée ici, comme si les seuls arguments qui nous mobilisaient étaient d’ordre émotif. Pourtant, cette crise et ses conséquences auraient grand besoin de pédagogie, d’explications et de raison…

Les vieux. La pandémie affecte particulièrement le grand âge, et on meurt par dizaines dans les CHSLD. Le Québec n’a que cette phrase à la bouche : il faut aimer nos vieux. Nous découvrons les aînés, leur fragilité, l’âgisme dont ils sont victimes, la ségrégation à leur égard et nous trouvons cela scandaleux. Cette société qui s’indigne est pourtant la même qui, dans la vie pré-COVID, se foutait du patrimoine, de l’Histoire, des lieux historiques, de la mémoire. Et elle aurait été folle de ses vieux? Come on! Notre intérêt pour les bâtisseurs du Québec est soudain et circonstanciel. Et surtout : coupable.

Le futur antérieur. Cette crise est une occasion de reconfigurer le futur. Après la COVID, les choses vont changer, et pas nécessairement pour le mieux, et à plusieurs niveaux. Il faut commencer à se projeter, individuellement, collectivement, comme citoyens, dans 6 mois, dans un an, plus loin. Ça ne sera pas simple ni agréable. Mais c’est à faire, et tout de suite. Que fait-on, ces jours-ci? On se love avec délectation dans un passé confortable, douillet. On fait des pains d’antan, on joue à la Cabane à sucre des confinés, on fait du rétro-gaming, on se tape les vieux Star Wars et Star Trecks, et on regarde les matchs Canadien contre Nordiques. Réflexe réconfortant, mais la solution n’est pas dans le but d’Alain Côté.

La Sainte Trinité. Le Québec a une manière bien à lui d’exprimer le pouvoir et la responsabilité. Tous les jours, la Sainte Trinité apparaît à l’autel médiatique : le père, François Legault, sérieux et rassurant; mononc Horacio, le fanfaron qui parle fort mais reste dans le flou, et tante Danielle, sobre mais efficace. Le Québec exerce une gestion familiale de la crise, ce qui est un choix stratégique de communication. Le ton familier tranche avec l’agressivité de Trump, la pédagogie du premier ministre français Philippe, le côté solennel de Macron. Le pari est grand. On aime ses parents, mais un jour, on a furieusement envie de s’en affranchir, de braver leur autorité. On sent que ça commence à protester dans les sous-sols…

Le Québec est le Québec. Jusque dans la pandémie. Et y compris dans les détails.

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Le Québec a toujours eu des problèmes avec le vieillissement de la population. Le démographe, André Lux, en 1969, avait déjà sorti la courbe démographique concernant le vieillissement. On a toujours su qu’elle s’inverserait… qu’on manquerait de bras. À faire élire des gens aux 4 ans, on s’inscrit dans un cycle de réélection où parler des vieux n’est pas payant… On a sorti les malades mentaux des institutions et on a commencé à en remplir d’autres avec des vieux malades … Lorsque le privé y a vu une opportunité d’affaires, il s’y est intéressé. L’organisation du travail qui en découle ressemblait étrangement à la situation des femmes qui prenaient soin de leurs vieux parents et beaux-parents. Aucune valorisation possible, c’est dans la nature des femmes de faire ce travail. Il n’y a pas si longtemps, ce sont les médecins surtout spécialistes qui ont été valorisés et l’argent a suivi. Que peut-on penser du grand-ménage du réseau de la santé et des services sociaux d’où résultent la mort d’enfants de la DPJ et des ainés qui meurent dans les CHSLD… secteurs où les femmes dominent comme par hasard. Il va falloir beaucoup plus que des salaires pour rectifier le tout… La Sainte Trinité n’a jamais énoncé son infaillibilité. Elle cherche néanmoins à faire preuve d’humanité. Les miracles ne sont pas disponibles en cette année 2020.

Le Québec a toujours eu des problèmes avec le vieillissement de la population. En 1969, le démographe André Lux avait sorti la courbe démographique concernant le vieillissement. On a toujours su qu’elle s’inverserait… qu’on manquerait de bras. Avec le temps, on a sorti les malades mentaux des institutions et on a commencé à en remplir d’autres avec des vieux malades … Lorsque le privé y a vu une opportunité d’affaires, il s’y est intéressé. L’organisation du travail ressemblait étrangement à la situation des femmes qui prenaient soin de leurs vieux parents et beaux-parents. Du récent grand-ménage du réseau de la santé et des services sociaux on observe la mort d’enfants de la DPJ. Maintenant on voit des ainés qui meurent dans les CHSLD… secteurs où les femmes dominent comme par hasard. Il va falloir beaucoup plus que des salaires pour rectifier le tout… Quant à la Sainte Trinité, elle n’a pas déclaré son infaillibilité, elle montre néanmoins une forme d’humanité.

Oui, la sainte trinité, je n’y avais pas pensé mais c’est dans la lignée de notre passé très catholique, du moins pour ceux dont les familles sont ici depuis longtemps. Je vois bien Dieu le père Legault, la Fille (au lieu du Fils) McCann et le Saint-Esprit Arruda qui est plein de tours dans son sac et ne se gêne pas pour envoyer des langues de feu. Moi qui croyais que nous avions laissé ce passé derrière nous, il nous rattrape au galop. Ça nous rappelle que les chemins de l’enfer sont pavés de bonnes intentions !

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