Journal des temps inédits : Les trois Québec

Dans ce nouveau monde covidien, le Québec est sillonné d’innombrables lignes de fracture.

Photo : Daphné Caron

Il y a quelques jours, notre nouveau distributeur de maximes, Horacio Arruda, a affirmé qu’il y avait trois Québec : celui des CHSLD, celui de Montréal, et celui des régions. Voilà qui est déjà plus riche que la proposition à laquelle carburent certaines radios de Québec (Montréal contre les régions), mais ça m’a laissée sur ma faim.

Il est vrai que le Québec a toujours été fracturé en deux. En des temps immémoriaux, il y avait les rouges et les bleus, deux entités politiques irréconciliables. Ensuite, pendant de longues décennies, on s’est divisés sur la question nationale : souverainistes ou fédéralistes, avec la sous-catégorie CH ou Nordiques. Ça agrémentait les soupers du temps des Fêtes et cassait littéralement des familles.

Avec l’effritement de l’idée d’indépendance, on aurait pu croire que le Québec allait perdre son moteur, ce sens de l’opposition idéologique et de la chicane qui le structurait depuis toujours. Ben non ! Ces dernières années, les schismes idéologiques s’étaient reconstruits autour de trois axes porteurs : la gauche vs la droite, les identitaires vs les progressistes, le nationalisme vs le mondialisme. Plein d’autres oppositions secondaires un peu folkloriques découlaient de celles-ci : genré/non genré, écriture inclusive/traditionnelle, poules urbaines/Seadoo, etc. Tout était prévisible, parfaitement hystérique, et tout a disparu d’un coup le 12 mars 2020. Nous sommes entrés dans un autre paradigme, où les catégories sociales structurent le Québec autrement.

Tonton Horacio l’a dit : trois Québec. Voilà qui a le mérite de nous extraire de l’opposition binaire. Les vieux parqués, on les oubliait trop commodément.

Il m’a ouvert les yeux. Non seulement il y a trois Québec, mais dans ce nouveau monde covidien, le Québec est sillonné d’innombrables lignes de fracture :

  • Montréal, les régions et les crinqués qui ont trouvé un prétexte sanitaire pour haïr Montréal encore plus ;
  • Le Québec qui déconfine, Montréal qui reste confiné, et les tricheurs qui passaient allègrement d’une région à l’autre ;
  • Le Québec qui veut se remettre au travail, celui qui n’a jamais cessé de travailler très durement, et celui qui ne pourra pas retravailler avant très longtemps (culture, restos, hôtels) ;
  • Le Québec des arcs-en-ciel, celui qui n’y croit pas, et les enfants à qui il faut expliquer que les licornes, ce sont des chevaux qui en ont trop fumé du bon ;
  • Le Québec de Legault, celui de Trudeau, et celui qui aurait aimé ressembler à la Suède jamais confinée ;
  • Le Québec masqué, celui qui s’est mis à coudre des masques à la maison, et celui qui s’en c***** ;
  • Le Québec des 70 ans ostracisés, celui des plus jeunes qui s’en foutent pas mal, et celui des enfants à qui on dit d’appeler grand-maman ;
  • Le Québec qui a cuisiné pain et tartelettes, celui qui a plutôt bu, et celui qui a faim ;
  • Le Québec des Costco, celui du Panier Bleu, et celui qui n’a pas le choix que d’aller chez Walmart et Super C.

Je crains que le Québec ne ressorte de cet épisode tragique magané, plus profondément divisé qu’avant. En tout cas, ça va prendre de la maudite bonne colle à l’arc-en-ciel pour colmater ses failles.

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Votre discours ce matin rejoint la conversation de fin de soirée que j’avais avec mon compagnon. En reprenant les zones de contagion un peu partout au pays et ce peu importe la définition qu’on lui donne, on retrouve un lien notamment avec l’organisation du travail. Cargill, Olymel, les CHSLD … Un second lien provient du sentiment d’appartenance. Horacio Arruda a précisé que l’une des sources de l’éclosion était en provenance des États-Unis. Montréal à la différence des autres parties du Québec est une véritable courtepointe. C’est sur cette île que se retrouvent les différences. Personne ne cherche vraiment à « Diviser pour mieux régner ». Montréal est une terre d’accueil autant pour les artistes, le hockey, le soccer, l’immigration, les affaires … Montréal a peut-être davantage besoin de colle à arc-en-ciel que le reste du Québec qui lui demeure emmaillotté dans sa couverte de laine.

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Il y a un constat d’une problématique entre autres de surpopulation et de pauvreté dans certains secteurs de Montréal. Comment régler cela? Qui sont-ils? Comment interpréter la raison et régler ces problèmes ? Nos parents étaient pauvres. Les enfants s’en sont sortis…
Sans diaboliser Montréal, sortir les banlieusards de leur couette et contribuer à la remise sur pieds de la vie un peu plus normal, cela me semble bien humblement une bonne avenue. Montreal restera le coeur économique du Québec, dont on a grand besoin pour la bonne marche de notre système et la hâte, c’est que doit circonscrit le problème. Et de retourner y travailler le coeur léger sera une grande victoire.

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À la base, l’humain a tendance à voir le monde en une entité binaire qu’on peut traduire en langue imagée, en noir et blanc. La politique traditionnelle est binaire, les bleus et les rouges, les bons et les méchants, le jour et la nuit, les démocrates et les républicains et j’en passe. L’humain a du mal à voir le gris de la vie et on tend à distinguer entre eux et nous. En conséquence, on cherche toujours les boucs émissaires en temps de crise et celle-ci n’est pas différente des autres.

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Gardons espoir pour une fois au lieu de toujours critiquer. Personne n’est parfait.
Je souhaite au Québec et au monde de retrouver simplement l’essentiel.

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