Journal des temps inédits : Madame Roy

La culture, c’est tout ce qui fait le liant entre nos vies, le commun entre nos histoires. C’est ce qui nous rend si particuliers, de la civilisation saupoudrée sur nos existences.

Photo : Daphné Caron

En début de semaine prochaine, le premier ministre annoncera le plan de déconfinement du Québec. Nous aurons passé 6 semaines entre 4 murs avec, pour nous désennuyer, nous stimuler, nous empêcher de sombrer dans le défaitisme, des chansons, des livres, des séries, des films, des poèmes, des bribes d’espérance. Chacun associera à ce printemps étrange qui une chanson d’Ariane Moffat, qui à un slam de David Goudreault. Mars et avril 2020 goûteront ça : un morceau de culture d’ici.

Tous les jours à 13 heures, nous sommes plus d’un million suspendus aux propos de M. Legault, de son complice Horacio et de l’imperturbable Mme McCann, exceptionnellement remplacés par d’autres ministres du gouvernement pour des annonces majeures dans des secteurs importants de notre vie collective. J’espérais, vu les services bénévoles rendus par la culture en temps de confinement pour remonter le moral des troupes, et puisque le premier ministre avait annoncé que les spectacles et prestations artistiques ne seraient pas de retour avant 2021, que la ministre de la Culture, Nathalie Roy, serait invitée un midi.

J’attends toujours.

Il y aurait tant à dire, parce que la culture est le mortier de la société québécoise. L’art vivant, le musées, les festivals, la musique, les Salons, vivent mal avec la distance sanitaire de 2 mètres. Tant qu’il n’y aura pas de vaccin (allô Lucie Laurier), de remède ou d’immunité communautaire suffisante, la culture sera à OFF. Partout.

La culture, ce sont 2Frères, Les Trois Accords, District 31. Le Musée Maritime de Charlevoix et l’histoire des goélettes, le festival de cinéma à Rouyn-Noranda. C’est tout ce qui fait le liant entre nos vies, le commun entre nos histoires. C’est ce qui nous rend si particuliers, de la civilisation saupoudrée sur nos existences.

« Ouin mais les artiss, c’est toute une gang de têteux de subventions », dit-on dans les radio d’opinions de Québec. Mais même des libertariens peuvent comprendre que la culture est une économie qui rapporte. En 2016, la culture au Québec rapportait 12,7 milliards de dollars, plus de 4% du PIB, c’était 166 000 emplois directs, sans compter les menuisiers, couturières, électriciens, restaurateurs, hôteliers que ça fait travailler. Au Canada, les retombées de la culture sont 7 fois plus importantes que celles du secteur automobile. Les subventions à des artisans dont peu gagnent plus de 35 000$ par an et qui investissent des heures de fous ont des retombées immenses dans l’économie.

Il y aura des drames personnels, des élans interrompus, des pauvres, des remises en question, des faillites de compagnies, des expertises perdues, de la beauté gâchée. Oui, un artiste crée en toutes circonstances, mais encore faut-il que son travail soit vu, entendu. Cette prochaine année, nous consommerons donc surtout des œuvres du passé, puisque les artistes n’auront pas le luxe du présent, et que leur avenir sera sur pause. Un gâchis. La société reprendra son cours et eux seront laissés derrière, stoppés net, sans que nous ne fassions rien?

Isabelle Melançon, députée libérale de Verdun, a eu dans Le Devoir cette solution limpide pour favoriser la relance du milieu culturel : que « le gouvernement revoie sa position quant aux géants du web et passe à l’action rapidement en taxant les revenus des GAFAM… Il s’agit de taxer leur revenus comme le font d’autres gouvernements dans le monde. Le gouvernement du Québec doit cesser d’attendre le gouvernement fédéral. »

Je ne peux me résoudre à l’idée que dans quelques semaines nous avancerons, nous reprendrons les rennes de nos vies en laissant derrière nous et pour longtemps, sans soutien ni remords ceux et celles qui nous définissent et nous donnent une voix. Si c’est cela, c’est que nous ne nous aimons pas vraiment, comme société.

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《 Cette prochaine année, nous consommerons donc surtout des œuvres du passé, puisque les artistes n’auront pas le luxe du présent, et que leur avenir sera sur pause. Un gâchis. 》

Voilà ce que c’est, que bien réaliser la pandémie.

Nous vivrons dans le passé.

J’adore vous lire.

Magnifique écriture, faut-il le souligner.

tj. M.

Dans l’article bien écrit de Marie-France Bazzo: David Goudreault s’écrit ainsi.

Vivement que cela finisse, sans quoi, on ramassera nos 3 acteurs du midi à la petite cuillère. Ce sont des acteurs involontaires de la situation. Heureusement eux ils continuent à être payés.

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