Journal des temps inédits : natas et arcs-en-ciel

Il fait insolemment beau et Marie-France Bazzo rêve de préparer le souper pour des amis ce soir. Impossible pourtant, même si c’est désormais samedi tous les jours.

Photo : Daphné Caron

Plus d’oeuf chez Métro ce matin. Visiblement, les Québécois — merci à Bob le Chef et à Ricardo, qui ont mis leurs recettes sur les réseaux sociaux — cuisinent cette fin de semaine des natas, les tartelettes portugaises propulsées par Horacio Arruda. Le docteur est non seulement compétent et bon communicateur, mais aussi bon vivant. À ce stade-ci de la pandémie, le Québec se porte moralement plutôt bien, dans sa phase joyeuse nouveauté. À certains égards, natas et arcs-en-ciel, on se croirait en pleine fête des voisins.

C’est samedi, le premier samedi après le coup de massue. Un samedi de temps suspendu, dans une époque suspendue. Normalement, la routine qui nous tient prend le bord le samedi. On se lève tard, on niaise. Mais c’est maintenant samedi tous les jours, et on ne sait pas pour combien de temps… Il fait insolemment beau. Nous devrions être dans les rues, préparer le souper pour les amis ce soir, faire des plans de vacances.

Des vacances ? Notre temps est vacant depuis huit jours… Faire des plans ? L’été est hors de notre champ mental, les parents et les enfants se demandent avec anxiété quand reprendra l’école et si l’année scolaire sera sauvée. Se projeter mentalement hors du virus est difficile, anxiogène. Oui, il faut trouver en ce moment la beauté dans les petites choses, renouer avec soi, ses proches. Le discours apaisant bien-pensant est relayé par les influenceurs, 24/7. Les initiatives personnelles, communautaires et artistiques pullulent. L’altruisme est un moteur puissant. On fait le tour des parents et amis dès le matin, on se donne un rendez-vous pour un thé ou un apéro virtuel pour l’après-midi. L’ennui ne s’est pas encore installé. Nous trouvons des vertus à la distanciation sociale, au ralentissement de nos vies agitées.

Mais, tranquillement, à travers les fentes, certains commencent à entrevoir tout ce qui est mort il y a huit jours. Ce qui s’est enfui. Comment le monde ne sera plus comme avant, une fois le virus maté. Et c’est inquiétant. Mondialisation, sécurité, travail, voyages, méfiance envers autrui ; nous verrons le monde autrement, avancerons sur des chemins inconnus. Pour plusieurs d’entre nous, nos vies individuelles et familiales risquent de ne pas sortir indemnes de l’épreuve. Tout ça est vertigineux. L’impression que le tapis se dérobe sous nos pieds, que la planète s’emballe, tout en étant à off

Ce soir, demain matin, la moitié du Québec découvrira les natas maison. Je soupçonne le bon Dr Arruda d’avoir d’autres trucs médiatico-culinaires dans son sac. Je serais vous, je ferais une réserve de chorizo. D’ici trois jours, il nous vantera ses pâtes au délicieux saucisson portugais, j’en mettrais ma main au feu.

À nous deux, Horacio : mes spaghettis blé entier-chorizo-coriandre sont durs à battre !

Vous avez des questions sur la COVID-19 ? Consultez ce site Web du gouvernement du Québec consacré au coronavirus.

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Vous écrivez « L’impression que le tapis se dérobe sous nos pieds, que la planète s’emballe, tout en étant à off… » Rassurez-vous, la planète se porte relativement bien et n’est pas touchée par ce blip pour les humains. Elle est loin d’être à « off », la nature commence à respirer le printemps, les outardes commencent leur pèlerinage vers le Nord, pour y couver la prochaine génération.

Heureusement, l’humain n’est pas le nombril du monde, quoiqu’il en pense et quoiqu’il fasse. La planète va continuer à tourner autour de l’étoile Soleil pendant encore des milliards d’années et le « règne » de l’humain ne sera qu’un épisode comme bien d’autres, probablement bien moins long que celui des dinosaures !

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