Journal des temps inédits : Nous sommes prêts !

Sur quel ton faut-il parler aux Québécois ? Peut-être est-il temps de passer à la prochaine vitesse.

Photo : Daphné Caron

Le prix de l’essence est à son plus bas depuis des décennies, je l’ai vu à 73 cents le litre. Les stations sont toutefois désertes. « Gazer » pour se confiner ? J’avais rendez-vous ce matin pour faire installer les pneus d’été sur mon auto. Ha ! ha ! Rouler, pour aller où ?

Nous en sommes rendus à mélanger les jours. C’est samedi matin pas mal tout le temps. Avec des fulgurances de vendredis soir, et des plages immenses d’angoisse de dimanches après-midi. C’est pour ça que les rituels sont importants. Des rituels intimes : heure de lever, sport ressourçant. Des rituels familiaux, des apéros qui nous obligent à sociabiliser. Les cloches qui sonnent dorénavant le dimanche à midi, émouvantes à en tirer les larmes, qui nous connectent au reste du monde meurtri. Les vieux sages, appelés à la rescousse, modestes et lumineux, nous offrent des clés pour interpréter le chamboulement actuel. Je pense au sociologue Guy Rocher, mon idole personnelle, interviewé chez Joël Le Bigot samedi, qui affirmait que le monde aura beaucoup changé et que nous devrons aussi changer, dans quelques mois. Je songe à Gilles Vigneault, 91 ans, interrogé par Patrick Lagacé, inquiet mais ancré dans la sagesse et la lucidité. Ils ont vu neiger. Ils ont connu des temps de guerre, une révolution tranquille mais majeure. Ils savent que les temps inquiétants apportent aussi des bouleversements bénéfiques.

Nous entrons ces jours-ci dans une phase plus difficile de notre confinement et de l’évolution de la maladie. Le gouvernement semble resserrer la vis, mais la réalité est plutôt relâchée. Les mesures de distance sanitaire sont variables d’un commerce à l’autre, les attroupements subsistent — allô, parc Jarry samedi —, certains snowbirds font preuve de je-m’en-foutisme, des parties de hockey à 10 personnes, y compris des adultes, se jouent dans les rues. Devant le laxisme, la frustration monte chez ceux qui travaillent sur le terrain à faire fonctionner les services essentiels. Assisterons-nous bientôt à des mesures de restriction plus sévères ?

Sur quel ton faut-il parler aux Québécois ? Jusqu’ici, le trio de choc gouvernemental est exemplaire, humble et juste, dosant le familier et le sérieux, étant clair dans ses explications, jouant la complicité avec une population intelligente. La stratégie, jusqu’à maintenant, a été de resserrer le message extrêmement progressivement. Peut-être est-il temps de passer à la prochaine vitesse, de stimuler notre sens de la responsabilité, ce qu’il y a de meilleur en nous, de nous souder en nous secouant un peu plus ? Peut-être en incluant dans les points de presse quotidiens un intervenant de première ligne, qui nous raconterait, sans filtre, ce qui se passe sur le terrain ? Bon cop, bad cop…

Parce que le temps presse, même s’il semble s’étirer à l’infini. Parce que le confinement peut aussi commencer à faire ressortir le plus laid : la provocation, la négligence, la délation. Il faut continuer à cimenter la cohésion sociale. Nous sommes à la croisée des chemins, dans notre lutte collective contre le virus. Ça demande de passer à un stade de mesures supérieur. Comment disait-il déjà, l’autre ? Ah oui : nous sommes prêts.

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