Journal des temps inédits : Stephen King

L’arc-en-ciel comme talisman contre le Mal, le « Ça » de Stephen King, peut sembler dérisoire et naïf. Mais les enfants qui le dessinent de bonne foi auront beaucoup de questions à poser à la société d’avant, dans pas longtemps…

Photo : Daphné Caron

Le soir, dans les rues abyssalement désertes de Montréal et de sa banlieue, on se croirait dans un roman de Stephen King, le maître absolu des atmosphères confinées et insidieusement terrifiantes. Il n’y a personne en vue et un étrange petit vent soulève les feuilles mortes de l’automne dernier, quand on était dans « l’autre monde ». Aux fenêtres, des dessins d’arcs-en-ciel, faits par les mains d’enfants. Le contraste est troublant entre les rues abandonnées et les intérieurs illuminés. Dans les cuisines, on répète comme un mantra à ces jeunes que « tout va bien aller ». Les arcs-en-ciel ont l’allure de fragiles repoussoirs contre le Mal, le « Ça » du roman de King

Désolée de péter la balloune multicolore. Non, ça va pas ben aller. Pas du tout. Nos voisins, les États-Unis, font peur, avec leur président halluciné qui nie l’explosion des cas chez lui. Ici, le désarroi et l’anxiété s’emparent de ceux et celles qui ont perdu repères et emplois, qui sont pris à la gorge par les dettes. Certains craignent que, comme en Italie, nos soignants ne soient bientôt obligés de faire des choix cruels pour l’attribution de respirateurs insuffisants. Notre système de santé est-il à l’abri ?

« Une armée de 8,5 millions pour combattre le virus. On entame la plus grande bataille collective de notre vie », disait hier François Legault. Nos grands-parents ont connu la grippe espagnole, se sont battus lors des grandes guerres. Les jeunes qui dessinent des arcs-en-ciel, les Z, les « alpha », ne sortiront pas indemnes de la crise actuelle. Elle marquera rudement et durablement leur sociabilité, comme les crises du début du XXe siècle ont marqué leurs ancêtres.

Ceux qui définissaient encore les termes du débat social et politique il y a deux semaines, qui « opinionnaient » en pontifiant, ont soudainement pris un coup de vieux. Les progressistes militants péroraient avec arrogance sur l’écriture inclusive, la mobilité urbaine et l’appropriation culturelle. La droite identitaire déchirait sa chemise à propos des cégeps en anglais et de Félix Leclerc. En quelques jours, leur univers s’est dérobé sous leurs pieds. On ne sait pas de quoi sera fait ce nouveau monde, mais il est sûr que ses contours seront différents. Les outils idéologiques d’il y a 15 jours sont obsolètes.

Les thèmes viennent de basculer. Nous aurons envie, BESOIN de science, de faits, bien plus que d’opinions et de lignes de parti. Les classes sociales et les enjeux qui y sont liés vont renaître. Les gouvernements, qui ont fait un pas du côté de l’autoritarisme bienveillant « pour notre bien », sauront-ils reprendre leurs marques une fois la pandémie endiguée ? Serons-nous poussés à faire davantage la distinction entre le nécessaire et l’accessoire ? Un sens accru de la justice sociale prendra-t-il sa place ? Nous sommes déjà ailleurs.

 

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2 commentaires
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En réponse à l’article « Stephen King » de Marie-France Bazzo

Je la trouve un peu cynique dans ses propos, car comparer l’atmosphère des rues de Montréal à un roman de Stephen King, c’est un peu gros.
Si elle avait des enfants ou des petits-enfants de 7 et 5 ans, que leur dirait-elle. Je suis désolé de péter votre balloune, mais ça ne sert à rien de dessiner de beaux arcs-en-ciel, car ça ne va pas bien aller et on va tous mourir. Dans toutes les crise que la société à vécu il a fallu de l’ENTRAIDE, du PARTAGE et de l’ESPOIR (lire les articles de Léa Stréliski).
Pour quelqu’un qui a étudié en sociologie, elle devrait savoir comment les sociétés fonctionnent et se transforment.
Le comportement de Donald Trump, c’est pas nouveau. Il faut l’ignorer, pour éviter d’alimenter son narcissisme. Quelques jours sans lui répondre et sans parler de lui aux nouvelles ou sur les réseaux sociaux, ça serait lui faire un beau pied de nez. Chaque état devra prendre les bonnes décisions en faisant fi de son arrogance et de son déni.

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