Joyce Echaquan : La preuve ultime

La vidéo scandaleuse de Joyce Echaquan a montré le fléau du racisme au Québec. Il y aura un avant et un après Joyce Echaquan.

Photo : Paul Chiasson / La Presse Canadienne

Un électrochoc collectif.

C’est ce qu’a administré aux Québécois la vidéo-vérité de Joyce Echaquan, une séquence d’un peu plus de sept minutes sur son lit de mort alors qu’elle demandait de l’aide sous les commentaires racistes de deux personnes censées la soigner, au Centre hospitalier régional de Lanaudière, à Joliette. Tout le Québec a pu être témoin de l’agonie de cette Attikamek de 37 ans et du mauvais traitement qu’elle a subi.

En diffusant en direct la vidéo sur les réseaux sociaux, la mère de sept enfants a rendu intolérable toute complaisance par rapport au racisme que vivent les Autochtones. Une mort de trop, dirait-on. Une mort laide, qui a provoqué un sursaut d’écœurement.

Cette vidéo est une douloureuse illustration de ce qu’avait décrit un an plus tôt le rapport de la commission Viens, près de 800 pages préconisant 142 mesures pour améliorer les services offerts aux Autochtones en santé, en éducation, dans les services sociaux et en matière de justice. Un rapport dont les annales incluent une vingtaine de témoignages qui visent directement l’hôpital de Joliette ainsi que les services de santé et sociaux de la région.

Dans l’année qui a suivi, seules 2 des 142 mesures du rapport ont été mises en application.

Puis il y a eu la mort de Joyce Echaquan.

Joyce Echaquan est devenue un symbole.

Le symbole des préjugés qui enlèvent toute crédibilité aux patients autochtones.

Le symbole d’une épidémie d’indifférence qui enferme les Autochtones dans une espèce de gros CHSLD que l’État aurait négligé non pas depuis 30 ans, mais depuis des siècles, et dont on aurait jeté la clé dans un égout.

Le symbole d’un système colonial qui depuis trois siècles a entrepris de déposséder, d’effacer les Autochtones.

Plus encore que les blocus autochtones de l’hiver dernier, plus encore que les violences contre les pêcheurs de homards micmacs de Nouvelle-Écosse au début d’octobre, la mort en direct de Joyce Echaquan amène bien des Québécois à remettre en question l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes.

Après une rencontre d’urgence qui a réuni en ligne 350 personnes — des ministres, des intervenants et beaucoup d’Autochtones —, où les politiciens avaient eu pour consigne d’être en mode écoute, le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller, a promis un plan dès janvier. Le fédéral, de qui relève la Loi sur les Indiens, cette vieille loi d’apartheid qui régit le devenir des Autochtones, est loin de donner l’exemple aux provinces. Les enquêtes ont été faites mille fois, les conclusions du rapport Viens sont limpides : les deux paliers de gouvernement ne rendent pas tous les services qu’ils sont censés rendre. Au Québec, le premier ministre François Legault a déclenché une enquête publique du coroner sur la mort de Joyce Echaquan et changé de ministre des Affaires autochtones. Et tandis qu’à Joliette les ambulances transportant des Autochtones sont encore détournées vers Terrebonne et Repentigny, le rapport de la commission Viens est devenu une lecture obligatoire dans les CISSS de la province.

La vidéo scandaleuse de Joyce Echaquan a montré que le racisme existe aussi au Québec, pas seulement aux États-Unis. En mode rattrapage, de plus en plus de Québécois comprennent désormais ce qu’est le racisme systémique, ce que le premier ministre François Legault s’obstine à nier.

Si les Autochtones sont plus malades que la moyenne des Québécois, c’est entre autres parce qu’ils sont mal soignés, mal logés. S’ils sont sous-diplômés, c’est parce qu’ils sont mal scolarisés. S’ils sont plus nombreux dans les prisons, c’est parce que la police et la justice les ciblent. S’il y a plus d’enfants autochtones séparés de leurs parents, c’est parce que la DPJ est plus sévère à leur endroit. Toutes les études le confirment. Les solutions sont connues, mais la résistance est telle que rien ne bouge.

Il y aura un avant et un après Joyce Echaquan, parce qu’il n’est plus possible de nier le racisme systémique. Il n’est plus possible pour le gouvernement fédéral de justifier son maintien de la Loi sur les Indiens. Il n’est plus possible pour l’État québécois d’abdiquer ses responsabilités envers les Autochtones.

Si les Québécois veulent réellement prétendre à être « quelque chose comme un grand peuple », comme le disait René Lévesque lorsqu’il est devenu premier ministre, la raison et l’honneur réclament désormais que la majorité s’élève au-dessus d’elle-même pour réparer les torts qu’elle a infligés, et qu’elle inflige toujours, à cette très petite minorité qui fut jadis une majorité, par ailleurs fondatrice du pays, on a trop tendance à l’oublier. C’est la seule issue possible.

Pour que les enfants de Joyce Echaquan dirigent un jour le CISSS de Lanaudière. Pour qu’ils puissent être ministres. Ou pour qu’ils aient tout simplement la chance de mener une vie normale, d’être soignés, éduqués et jugés sans discrimination.

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Merci pour cet article qui reprend tous les éléments de ce drame, sans complaisance.
Merci pour avoir choisi Joyce Echaquan comme personnalité de l’année 2020.
Ce qu’elle a vécu est inadmissible. La présence d’esprit et le courage de cette femme, qui filme ce qui lui arrive pour demander de l’aide alors qu’elle vit ses derniers moments, est extraordinaire.
Il ne faut jamais l’oublier, il ne faut pas oublier Joyce Echaquan grâce à qui nos yeux se sont ouverts sur ce racisme systématique… qu’on reconnait à moitié.
Encore merci pour Joyce Echaquan, sa famille et sa communauté.
Hélène Cornellier
Consultante en communication
Responsable des dossiers politiques et des communications pour l’Afeas

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Je suis heureux de voir que vous êtes optimiste pour les suites de l’affaire Echaquan mais de mon côté, ayant œuvré pendant près de 40 ans dans les questions autochtones, je ne retiendrai pas mon souffle. Ce n’est pas la première fois qu’un Autochtone meurt des suites de la négligeance crasse des autorités sanitaires. Je pense entre autres à Brian Sinclair qui a attendu 34 heures au Health Sciences Centre de Winnipeg en 2008, oui ça fait déjà 12 ans! Il était en fauteuil roulant et au triage on lui a dit d’aller s’asseoir dans un coin puis on l’a tout simplement ignoré jusqu’à ce qu’un patient signale aux infirmières de garde que M. Sinclair n’avait pas bougé depuis longtemps. Un préposé est allé voir et il était mort. M. Sinclair était un Autochtone dans la quarantaine qui avait des problèmes médicaux et qui avait été envoyé à l’hôpital par son médecin pour ajuster un équipement médical qu’il avait.

Les solutions sont loin d’être simples et la Commission Viens et ses 142 recommandations vient à la suite de dizaines d’autres commissions dont la Commission royale (oui, royale) sur les peuples autochtones de 1996 qui avait fourni 440 recommandations qui ont toutes été tablettées jusqu’à récemment quand le PM Trudeau a scindé le Ministère des Affaires autochtones en deux… oui, cette seule partie d’UNE recommandation sur 440!

Ça fait des années qu’on sait que ce qui s’est passé pour les peuples autochtones est un génocide en bonne et due forme (des fois on joue avec les mots avec « génocide culturel » ou « ethnocide » mais selon le droit international c’est un génocide) mais on se cache la face en refusant même de reconnaître l’évidence et, c’est triste à dire, le Québec se démarque par sont intransigeance à la Legault et à la paranoïa généralisée qu’on y retrouve.

On ne réécrira pas l’histoire mais on oublie trop facilement nos alliés d’antan. Les alliés autochtones des Français, qui ont permis à la Nouvelle-France de durer 150 ans face aux colonies britanniques, ont payé très cher leur appui à nos ancêtres et, comble de malheur, leurs anciens alliés devenus Canadiens-français se sont retournés contre eux et ont participé avec enthousiasme au colonialisme canadien, ce encore aujourd’hui. Ce qui est le plus triste c’est qu’Ottawa reconnaît ses erreurs alors que Québec ne le fait pas ou quand on fait un geste, c’est du bout des lèvres.

Je suis triste de voir que mon peuple se soit détourné de nos plus fidèles alliés, devenus une minorité qui a aussi des droits dont celui à l’autodétermination. On leur refuse ce que l’on réclame à cor et à cri! Admettez avec moi que c’est pathétique et que ce sont des changements en profondeur dont nous avons besoin et, surtout, de cesser d’agir en colonisateurs.

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Quelle honte, cet article. Quelle propagande tompeuse. Aucun mot « raciste » n’a été prononcé au cours de cette vidéo, et vous persistez à inventez deas scénarios. J’ai été moi-même hospitalisé pendant plusieurs mois et je peut vous dire qu’il y a eu plusieurs petits « incidents » relevant d’un manque de délicatesse de divers employés de l’hôpital. Rien degrave, mais sij’avais été autochtone, c’aurait peut-être été interprtété différemment.

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Encore une illustration de ce que veut dire « racisme systémique » car c’est tellement inné dans la population qu’on regarde l’arbre sans voir la forêt. Accuser L’actualité de « propagande trompeuse » est complètement disproportionné quand même le gouvernement caquiste, qui nie toujours l’évidence, admet que c’est un triste épisode raciste et limoge le directeur local en conséquence. La honte, c’est de continuer à parler à travers son chapeau à propos d’un problème véritable auquel fait face une société qui s’enlise dans son colonialisme envers les Premiers Peuples.

Le fossé entre nos peuples va continuer à s’élargir tant que la société dominante de reconnaîtra pas ses torts et n’accompagnera pas les peuples autochtones vers leur autodétermination. On dit souvent que la parole est d’argent mais que le silence est d’or et c’est d’autant plus vrai quand on a du mal à écrire en bon français; on devrait se garder une petite gêne.