Julian Assange peut-il vraiment crier victoire?

Un comité de l’ONU juge que la «privation de liberté» du fondateur de WikiLeaks est «arbitraire». Mais pour l’heure, ça ne change rien: Julian Assange reste confiné à l’ambassade équatorienne, à Londres. Et son sort ne semble guère émouvoir le public.

Photo: Jack Taylor/AFP/Getty Images
Photo: Jack Taylor/AFP/Getty Images

Julian Assange est apparu, triomphant, vendredi, au balcon de l’ambassade de l’Équateur à Londres, où il est confiné depuis déjà trois ans.

Devant une nuée de caméras, il a brandi un rapport d’experts de l’ONU, qui viennent de donner raison au fondateur de WikiLeaks. Le Groupe de travail sur la détention arbitraire, rattaché au Haut commissariat aux droits de l’homme, juge que la Suède et le Royaume-Uni ont «arbitrairement» privé Assange de sa liberté. Selon le panel d’expert, le lanceur d’alertes devrait non seulement être libéré dans les plus brefs délais, mais aussi indemnisé.

«C’est une victoire d’une importance historique, pour moi, mes enfants, mais aussi pour l’indépendance du système de justice de l’ONU», a clamé Assange, visiblement ému. «Je suis coriace et mes batailles contre divers gouvernement m’ont endurci. Mais mes enfants ne sont pas en politique. ll est temps qu’[ils] retrouvent leur père. Et ça va arriver.»

En vérité, ses enfants pourraient devoir attendre encore longtemps avant de le voir en liberté. 

Les gouvernements suédois et britanniques ont tous deux rejeté les conclusions du comité de l’ONU. Selon eux, Assange s’est lui-même réfugié dans l’ambassade équatorienne pour éviter de faire face à la justice suédoise. Celle-ci veut l’interroger au sujet d’allégations d’agressions sexuelles lancées par une Suédoise en 2010. 

Assange nie ces accusations et craint, s’il se rend en Suède, son éventuelle extradition aux États-Unis, où il pourrait être jugé pour espionnage — et possiblement condamné à une lourde peine de prison.

Quel avenir, donc, pour Assange?

Celui que le vice-président américain a déjà qualifié de «terroriste high-tech» soutient que le Royaume-Uni n’a «juridiquement» d’autre choix que de respecter le verdict du comité de l’ONU. Mais selon divers experts, il s’agit surtout d’un devoir moral.

Dans le quotidien Le Monde, un porte-parole du Haut-Commissariat a soutenu qu’il serait contradictoire, pour la Suède et le Royaume-Uni, d’ignorer le verdict de l’ONU puisque «ces deux pays se réfèrent régulièrement aux décisions du groupe de travail pour condamner les détentions arbitraires en Arabie saoudite, en Égypte ou même en Ouzbékistan.»

Contradictoire, sans doute, mais pas illégal…

Assange et son équipe d’avocats devront donc trouver une solution politique. Le hic, c’est que le soutien du public à l’égard de Julian Assange a beaucoup faibli. 

En 2010, les lecteurs du magazine Time l’avaient élu personnalité de l’année. Quand les patrons du magazine lui avaient finalement préféré le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, l’affaire avait soulevé des vagues. Des partisans d’Assange avaient accusé les dirigeants du magazine américain d’avoir manqué de courage, d’avoir plié face aux autorités américaines… Les révélations fracassantes de Wikileaks et son parti pris pour la «transparence radicale» faisaient d’Assange un héros aux yeux de millions de personnes.

Mais l’étoile de l’Australien a pâli depuis. D’autres lanceurs d’alertes ont pris le relai. 

Edward Snowden, l’ancien analyste de la NSA qui a révélé les détails de plusieurs programmes de surveillance de masse américains, jouit d’un soutien certain au sein des élites politiques de nombreux pays, notamment en Suède où le parlement suédois l’a applaudi lors de la remise d’un «prix Nobel alternatif». La documentariste américaine Laura Poitras a remporté l’Oscar du meilleur documentaire pour son film sur les coulisses de l’affaire Snowden, CitizenFourLe journaliste Glenn Greenwald a gagné un prix Pultizer pour ses séries d’articles publiés sur l’affaire Snowden dans le Guardian.

Assange, lui, sombre peu à peu dans l’oubli. Et son cas semble, de plus en plus désespéré. 

Dans l’espoir de jouir d’une immunité parlementaire, il a tenté de se faire élire au Sénat australien, il y a deux ans. Il n’a recueilli qu’un peu plus de 1% des voix… Au moment où les attentats terroristes se multiplient, la «cause» qu’il défend recueille aussi moins d’appuis. Selon de récents sondages, la moitié des Américains jugent «acceptable» que la NSA surveille les données téléphoniques pour contrer le terrorisme.

Pour recouvrer sa liberté, son meilleur argument sera peut-être la fatigue des contribuables britanniques. La surveillance de l’ambassade équatorienne, 24 heures par jour, coûte des millions de dollars par an. Cela soulève plus de grogne, au sein de la population, que le manque de transparence des gouvernements…

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