La caverne s’éclaire !

Vous rappelez-vous ce que c’est, vivre une « vie normale » ?

Photo : L'actualité

« Les spectacles vont reprendre ! » Au téléphone avec l’agente de ma sœur la pianiste, elle m’explique comment elle s’est sentie lorsqu’elle a accompagné une autre artiste dont elle gère la carrière, Amélie Beyries, en spectacle à Trois-Rivières. « Quelques jours avant, on ne savait même pas que le show aurait lieu ! » La lumière commence à poindre dans la caverne. Comme si on hibernait depuis un an. Tous collés au fond de notre bulle. Des ours endormis. On… on peut sortir ? Qu’est-ce que vous voulez dire, on peut sortir ? Mais on n’est plus habitués à sortir ! Est-ce que je sais encore marcher dehors après 20 h ? Tout à coup que ma démarche se met à être aussi naturelle qu’une silly walk de Monty Python (si vous n’avez jamais vu ce sketch de la légendaire troupe de comiques anglais, merci de courir le regarder).

J’ai eu le droit de m’échapper de ma cage il y a quelques jours. Je devais me rendre au Terminal, un bar et comédie club de l’avenue du Mont-Royal, pour faire un enregistrement ainsi que des tests de son et de caméra pour le balado de mon ami, l’humoriste Louis T. Il se prépare au printemps et a hâte, lui aussi, que la musique reprenne. « On n’est plus capables ! » lance-t-il. « J’étais “confo” il y a quelques semaines, mais là, j’ai vraiment hâte, j’ai besoin du public pour continuer à faire avancer mes projets. » Pour moi ce soir-là, c’est lui, mon public. Lui et Pascale Lévesque, la journaliste avec qui nous discutons pour le podcast. Juste jaser en vrai, le soir, dans un endroit comme un bar, même s’il était fermé, même si on buvait de l’eau du robinet, même si les chaises mal empilées dans un coin avaient l’air des décombres d’une guerre… Même juste ça, ça me faisait me sentir comme une jonquille qui réussit à percer la neige.

La renaissance ! J’ai justement un bouquet de jonquilles sur ma table de nuit. Il me regarde, je dirais presque qu’il me « cruise ». Tout ouvert et tout jaune qu’il est. Dans Alice au pays des merveilles, ces fleurs-là chanteraient. Pour l’instant, elles sont la promesse d’un printemps, même s’il fait encore froid dehors.

En revenant du bar, je me sentais revigorée. Comme quand tu as volé une sieste à ton quotidien de bébés qui ne dorment pas. Retrouver ma marmaille et mon mari le soir, comme je le faisais avant quand je rentrais d’un show ou d’une sortie, juste ça, ça m’a redonné une bouffée d’air et ça m’a rappelé aussi à quel point ce qu’on vit n’est pas normal. Nous nous sommes tous habitués, nous avons tous tricoté un semblant de réalité, un quotidien, une routine avec les pans de vie qu’il nous restait. On passe à travers les journées somme toute assez ordinairement, on regarde le Canadien jouer, on parle aux amis, on a nos bulles familiales, on a trouvé de nouvelles manières d’exercer des bouts de notre travail (quand on a la chance de l’avoir conservé)… Mais tout ça n’est absolument pas normal.

Ce n’est pas parce que ça fonctionne que c’est correct. Nous sommes des animaux fondamentalement sociaux, on a besoin de se voir en vrai, de contacts humains, d’échanger, tout autant que de nourriture. Ce n’est pas un luxe. C’est comme si, depuis un an, on se lavait à l’eau froide ; on se serait habitués, mais il me semble que ça ferait mal.

J’en suis au point où je dois me rappeler que si mon moral baisse, si je trouve que tout est plus lourd, que c’est monotone, ce n’est pas parce que j’ai fait de mauvais choix de vie ou que quelque chose cloche, c’est de toute évidence à cause de la pandémie. Ce que nous vivons n’est pas normal, on est rendus habitués, mais il ne faut pas perdre de vue qu’on s’est accoutumés à quelque chose qui est contre nature. Patience, on va retrouver notre air.

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Oui, c’est la faute à la pandémie mais cette fichue pandémie est le résultat du vent que nous avons semé, maintenant on récolte la tempête. Vous écrivez « il ne faut pas perdre de vue qu’on s’est accoutumés à quelque chose qui est contre nature » mais en fait c’est l’homo sapiens qui s’est accoutumé à être contre la nature, c’est lui qui l’a détruite à grande vitesse en cette ère qu’on appelle anthropocène, une nouvelle ère de grande extinction où les oiseaux chanteurs ont disparu à 90% en Amérique du Nord et où les abeilles sont en train de disparaître à cause des insecticides.

Est-ce que la nature se rebiffe? Probablement car notre planète est peut-être, après tout, vivante et elle souffre de ce qui lui arrive. On peut se soulager en allant justement dans la grande, la belle nature pour se régénérer mais il faudra aussi que l’humanité cesse son œuvre de destruction car ce sont nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants qui vont écoper. Il faudra que la CAQ arrête de détruire nos forêts pour donner des jobs à des gens qui ont des grosses machines à payer et des actionnaires étrangers à satisfaire. À un moment donné, trop c’est trop.

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