La Charte et le village des mécréants

Le débat entourant la Charte des valeurs québécoises me révèle membre de la grande confrérie des mécréants. Je ne professe aucune foi dans le débat actuel. Je ne suis pas prolaïcité à tout prix. Ni militante jusqu’au-boutiste des libertés religieuses. Je sonde mes quelques convictions humanistes.

Le ministre responsable des Institutions démocratiques, Bernard Drainville (crédit photo: Presse canadienne)
La Charte du ministre Drainville n’est peut-être pas la solution. Mais le débat qu’elle soulève est nécessaire. – Photo :  Presse Canadienne

Je suis convaincue que l’État doit être neutre. En ce qui concerne ses employés, je tâtonne encore. Le débat qui s’annonce nous aidera tous à y voir clair. Je suis aussi convaincue que, parfois, il faut demander aux gens d’accepter des limites à leurs libertés individuelles pour en préserver une plus grande : celle de vivre en paix, en sécurité. Je suis également convaincue que l’intégrisme religieux est une menace réelle, au Québec comme dans d’autres démocraties. Et que le chemin de la préservation des libertés est pavé d’embûches. Certains pays y cheminent déjà. La Belgique et la Suisse interdisent aux fonctionnaires d’afficher leurs convictions religieuses. La Cour européenne des droits de l’homme tient compte des traditions de chaque nation.

Au Québec, la Charte des valeurs proposée par le gouvernement Marois n’est peut-être pas la solution. Néanmoins, le débat qu’elle suscite est nécessaire. Une majorité non négligeable de Québécois francophones s’opposent aux accommodements religieux que la Constitution — interprétée par la justice fédérale — leur impose depuis quelques années. Selon un récent sondage Léger Marketing, plus de 70 % s’opposent au port de symboles religieux par les fonctionnaires municipaux, 93 % sont contre la séparation des hommes et des femmes dans les piscines, 74 % rejettent l’idée de nouveaux congés religieux.

Ne pas entendre les inquiets serait une erreur. Ils sont comme le canari dans la mine. Ils se méfient des intégristes de tout acabit. Et posent des questions pertinentes. Qui payait pour recevoir à Montréal les imams européens jugés radicaux et dont la conférence a été annulée en septembre ? Que faut-il conclure du fait que le Centre islamique Badr de Mont-réal, auquel sont affiliés les jeunes organisateurs de cette conférence, a un lien avec l’Arabie saoudite ? Des islamistes ont-ils fait du Québec une terre « d’évangélisation », comme jadis les Jésuites ont essaimé dans le monde pour répandre la parole du Dieu des chrétiens ?

Depuis des années, des musulmans québécois ont contribué à faire vivre un islam moderne, ouvert et tolérant. Eux aussi craignent l’intégrisme. Et posent les mêmes questions.

Les intégristes — les chrétiens comme les autres — veulent mouler la société des humains sur une volonté divine qu’ils disent connaître, et qui se pré-occupe de petits détails de la vie quotidienne, allant des vêtements aux aliments. Les mécréants, n’ayant aucune connexion directe avec la volonté divine, cherchent simplement à vivre en harmonie avec leurs voisins, sans trop brimer la liberté des autres.

Interdire les signes religieux ostensibles dans la fonction publique — si l’Assemblée nationale adopte cette mesure — ouvrira la voie à des années de poursuites judiciaires devant les tribunaux fédéraux. Et n’atténuera sans doute que temporairement le malaise. Car il est plus vaste.

Au cœur de ce malaise, il y a un seuil de tolérance, sans doute dépassé, à l’intrusion de l’étranger « chez soi ». Plus de 50 000 immigrants par année au Québec, souvent dans la métropole, c’est beaucoup ! Si cette immigration est aussi nécessaire qu’on le dit, pour combler le déficit de main-d’œuvre et le déclin démographique, il faudra se donner les moyens d’intégrer les nouveaux arrivants — et leurs enfants nés ici ! Pour que, dans leurs difficultés à trouver le bonheur au sein de leur société d’accueil, ils ne succombent pas aux sirènes de l’intégrisme. Ce chemin-là est plus complexe qu’un vote à l’Assemblée nationale.

* * *
Israël, qui permettait aux juifs ultraorthodoxes d’échapper au service militaire, se ravise. Même en pays religieux, le respect des convictions religieuses n’est donc pas une valeur absolue lorsqu’il met en danger la survie du groupe.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

10 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Si on est incapable d’intégrer les immigrants alors diminuons l’immigration.

Mais en aucun cas attaquer leur liberté religieuse n’est la solution.

Alors pourquoi attaquer ma liberté du porter un macaron de l’International socialisme sur mon béret du Che Guevara dans le cadre de mon emploi à la fonction publique? Allez, répondez.

Le port de symboles politiques a pour but de convaincre d’autres à suivre la même idéologie que la sienne. Le port d’un hijab, d’une kippa ou d’un turban n’a pas du tout cet objectif. C’est un acte tout à fait personnel entre l’individu et son dieu. Dans tout ce débat sur les soi-disant « valeurs », je n’ai rien vu qui me convainc que le port de symboles religieux aurait un impact quel que ce soit sur la neutralité de la personne qui les porte.

« Vous avez un médecin, dit le roi à Molière ; que vous fait-il ? Sire, répondit Molière, nous causons ensemble, il m’ordonne des remèdes, je ne les fais point, et je guéris » — Voltaire (Vie de Molière)

Suivant les chiffres du Ministère de l’Immigration et des communautés culturelles, il y avait en 2001, 90 000 musulmans au Québec (désolé je n’ai pas de chiffres plus récents). Soit un gros 1% de toute la population de la Province et en proportion presque deux fois moindre que dans le reste du Canada qui en 2011 en comptait quelques 657 000 soit, 1,9% de la population, soit 0,04% de la population musulmane dans le monde.

Bon, j’aimerais bien savoir sur les ± 100 000 musulmans que nous avons ici au Québec, quelle est la proportion d’intégristes (désolé, je n’ai pas de chiffres sur ce sujet). Comme j’aimerais bien savoir comment ces intégristes vont s’y prendre avec nos jeunes nés ici qui fréquentent l’école publique pour les faire succomber aux sirènes de l’intégrisme.

— Est-il possible qu’on pèche un peu par exagération ?

Quant aux moyens pour intégrer et bien intégrer les arrivants, ils sont très simples ; il n’y rien de nouveau à l’horizon, juste qu’à appliquer pour vrai ce qui se dit qui devrait être fait, depuis assez longtemps. Combien de décennies va-t-il falloir attendre encore dans la contrition ?

Voici un rappel de ce qui justement se devait d’être fait :

1_ Pour les jeunes, c’est l’école et l’assurance d’un excellent niveau de scolarisation pour tous nos enfants, d’où qu’ils viennent.

2_Pour les adultes une ouverture parfaitement neutre du marché du travail, incluant le recrutement dans la fonction publique, parapublique et municipale.

3_Une reconnaissance de la formation académique de tous les arrivants, des formations professionnelles adéquates complémentaires qui permettent une parfaite adaptation aux besoins du marché du travail et de toutes les professions. Assez de protectionnismes corporatifs de tout acabit !

4_La reconnaissance de l’expérience de travail de tous, d’où qu’on vienne, sans distinction, sans discrimination de quel qu’ordre que ce soit.

5_Des cours de français pour tous, bonifiés et plus longs.

6_Un climat de confiance durable qui favorise les investissements.

— On n’a certainement pas idée comme la prospérité pour tous, l’égalité des chances pour tous, la justice (y compris la justice sociale) pour tous, une bonne éducation pour tous, cela ne change pas le monde sauf que… (c’est un peu comme si tout le monde recevait le gros lot).

Alors ce ne sont pas des balises idiotes et aveugles qui vont arranger les choses. C’est tout le contraire qui se produira. Toutes les positions vont se durcir, les opinions se raffermir, les forces se mettre en place, les résistances se consolider, les ripostes seront sans équivoques et probablement sans mercis. Il n’est nul besoin d’être prophète pour dire qu’invariablement elles charrieront inexorablement leurs lots de victimes, souvent parmi les plus vulnérables de la société, parmi celles et ceux qui ont le plus besoin d’être protégés. — Est-ce vraiment bien cela, ce que nous voulons, nous les québécois ?

Plus de 50 000 immigrants par année au Québec, souvent dans la métropole, c’est beaucoup 

Beaucoup dites-vous? C’est malade! Savez-vous combien d’immigrants les États-Unis vont accepter cette année?
Un million. Un million avec une population 40 fois supérieure à celle du Québec
Si le Québec suivait le modèle américain, il accueillerait 25,000 immigrants. Pas 50,000

http://en.wikipedia.org/wiki/Immigration_to_the_United_States

»Si cette immigration est aussi nécessaire qu’on le dit, pour combler le déficit de main-d’œuvre et le déclin »

Il s’agit d’une fausseté qui fut démontée dans le livre »Le remède imaginaire ». L’immigration ne comble pas le »déficit de main-d’oeuvre » et a un impact presque imperceptible sur la fécondité.

Laïcité point. Droit de retrait pour cinq ans afin de suivre l’évolution du dossier, tel que proposé dans la charte des valeurs. Comme la foi déplace des montagnes, il ne saurait être question de sousestimer le prosélytisme des groupes d’immigrants. Une nation forte sait sa protéger. Une nation faible laisse faire tout et son contraire.
Nous ne vivons pas les difficultés européennes et Dieu merci. Mais comme on sait la fragilité de la paix, on doit veiller au grain. Le protectionnisme n’est pas de l’intégrisme. Et la façon de vivre en harmonie passe par l’emploi des immigrants. Leur intégration réussie est la meilleure approche afin de développer un nous dans l’harmonie. Et si j’était un dirigeant de la communauté musulmane, je recommenderais de penser travail et de ne pas réclamer de salle de prières, ni de congés spéciaux. Les employeurs québécois ont développé une peur de l’autre suite aux demandes d’accommodements exagérées et préfèrent donner leur confiance à des groupes non revendicateurs. (Directeur de centre de formation des adultes en milieu multiethnique à la retraite).

C’est quoi la solution, Mme Beaulieu? L’islamisation? L’intelligentsia québécoise, semble t-il, ne tien aucun compte du peuple Québécois. Seuls entre en ligne de compte le sort des anglophones et des immigrants ethniques. Dans les universités anglophones on a déclaré qu’on défendrait les minorités.Il faut éviter la chicane à tout prix. Le gouvernement n’a pas le droit de se soucier de la majorité. Un jour ça explosera! Nadine Magloire

En ce moment ce sont les intégristes a la ceinture fléchée qui sont les plus dangereux. Ils veulent conserver leur crucifix dans les institutions publique et refuser les autres signes religieux. Les Québécois ont »peueueueure » du voile du bonhomme sept-heure, des immigrants, des premières nations et j’en passe. Même la police a »peueueueuere » des manifestants masqués, des gros bras qui font la casse sur les chantiers, mais quand il s’agit de tabasser des petites filles qui manifestent, ils agissent comme les boulés des cours d’école. En fait la nation québécoise est une nation de peureux, c’est malheureux mais c’est le cas. Dans toute ces discussions on entend qu’ils ont »peueueuere » .Habitants de la petite nation québécoise telle que défini par M »Harper rentrez chez-vous barrez vos portes et fenêtres et si vous avez »’peueueuere du voile et voilez -vous les yeux. Bououououou! le méchant loup islamiste s’en vient. Faites comme certain peuple déménagez à Hérouxville et construisez un mur autour.

En principe, je suis d’accord pour la laïcité de l’État, car je crois que le gouvernement doit représenter tous les citoyens, y compris les minorités religieuses et les personnes athées. Cependant, je désapprouve les mesures suggérées pour ce projet de loi. La Charte des valeurs proposée par le gouvernement Marois représente une des décisions les plus inconstitutionnelles que peut prendre un gouvernement. La notion même que l’État décidera ce qui constitue un signe religieux visible et ostentatoire est tout simplement aberrante. Vous avez raison de dire que l’intégration est importante, mais peut être que la laïcité n’est pas la solution. Pour réussir l’intégration harmonieuse des immigrants au Québec, je suggère de concentrer davantage sur la prédominance du français, l’adhésion aux valeurs communes et la mise en place d’une politique de citoyenneté fondée sur l’unité.
Il me semble que l’intégrisme religieux ne pose pas une menace réelle. C’est plutôt un manque de tolérance qui menace le Québec. Le Canada a pu servir come exemple d’une nation multiculturelle fonctionnelle pendant des années. Pourquoi arrêter maintenant ?