La colère de Bonhomme

Si Bonhomme Carnaval représente la société québécoise, comme l’a dit le magazine Maclean’s, alors c’est un Bonhomme en colère contre la corruption qu’il aurait fallu montrer. Le voici donc, en couverture de L’actualité, le vrai Bonhomme, celui qui représente le mieux l’humeur d’une majorité de Québécois.

La colère de Bonhomme
Ill. : André-Philippe Côté

Une foule de Bonhomme unis contre la corruption, comme le dit si bien notre chroniqueur Jean-François Lisée.

Vous avez été nombreux, lecteurs de L’actualité, à nous écrire au cours des derniers jours pour ventiler votre colère à l’égard du numéro de Maclean’s, qui qualifiait le Québec de « most corrupt province in Canada » (province la plus corrompue du Canada). Nombre d’entre vous ont choisi de se désabonner de L’actualité pour punir le groupe propriétaire des deux magazines. Ils nous manquent déjà.

Au cours de ses bientôt 35 ans d’histoire, L’actualité a fait preuve de courage et d’audace, sans tomber dans le sensationnalisme et sans jamais craindre de soulever des débats difficiles, en respectant des normes élevées de rigueur et de responsabilité sociale. Nous méritons votre confiance.

L’abondant courrier que vous nous avez envoyé n’en montre pas moins à quel point le fossé entre le Canada anglais et le Québec demeure bien réel.

Oui, le Québec danse au son d’un tambour différent de celui du reste du Canada. Oui, la province s’inspire d’un certain interventionnisme étatique européen. Oui, un mouvement nationaliste y existe. Oui, tout cela crée un terreau politique fort complexe. Mais tirer de cet amalgame une conclusion qui fait du Québec la province la plus corrompue du pays ne répond pas aux normes de journalisme que nous appliquons à L’actualité.

Comme l’ont écrit nos collègues de The Gazette – qu’on ne peut accuser de réaction nationaliste épidermique ! -, le dernier Maclean’s est l’équivalent d’un « drive-by shooting » (coups de feu tirés d’une voiture en marche), et son reportage, « a journalistic embarrassment » (une honte journalistique). Pourtant, nos collègues de Maclean’s ne le voient pas. Appelons ça leur angle mort.

En matière de lutte contre la corruption, la démocratie québécoise faisait son travail. On arrivait au point où Jean Charest était acculé dans les cordes. Avait-il ou non menti ?

Maclean’s croit que les Québécois « deserve better » (méritent mieux). Pourtant, son titre provocateur et sans nuances, « The most corrupt province in Canada », a donné au premier ministre Charest une occasion de se draper dans la fierté outragée des Québécois et d’éviter de répondre aux graves questions auxquelles il doit faire face.

Cette controverse à propos d’un présumé – mais non prouvé – championnat québécois de la corruption devrait, au contraire, obliger le gouvernement de Jean Charest à tirer la conclusion essentielle : s’il ne crée pas cette commission d’enquête publique sur le monde de la construction, c’est la réputation du Québec dans son ensemble qui en pâtira.

Bonhomme a raison d’être furieux. Pas seulement contre Maclean’s, mais contre ceux qui sont un frein au grand nettoyage dont nous avons besoin. À L’actualité, nous avons choisi notre camp. Nous sommes avec Bonhomme, contre la corruption.

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ET ENCORE…

L’illustration de la couverture est l’œuvre de notre collaborateur André-Philippe Côté, talentueux illustrateur et caricaturiste natif de Québec.

« Bonhomme est un emblème positif », dit-il pour expliquer la colère ressentie à le voir associé à la corruption. « Il ne peut pas être associé au mal. »

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NOTE DE L’ÉDITRICE

Ce numéro de L’actualité témoigne bien du fait que Rogers, le groupe auquel nous appartenons, encourage et défend notre liberté rédactionnelle d’une manière qui appelle le respect. D’autres groupes de presse qui travaillent présentement au Québec n’offrent pas à leurs journalistes la même liberté. Il faudra bien le dire un jour.

Carole Beaulieu, éditrice et rédactrice en chef

 

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