La différence entre les «immigrés» et les «expatriés»

Les deux termes ne désignent pas nécessairement les mêmes populations.

Photo : Philippe Leroyer/Flickr
Photo : Philippe Leroyer/Flickr

FouineurEn 2015, le Québec devrait ouvrir ses portes à un total de 51 500 personnes immigrantes, afin de «favoriser l’enrichissement du patrimoine socioculturel» de la province. De ce nombre, combien seront des «expats» (expatriés) ?

La question est rhétorique. «Expatrié» et «immigré», dans leur utilisation courante, renvoient généralement aux mêmes personnes : des travailleurs ayant quitté leur terre natale pour s’installer dans un autre pays. Pourtant, selon certains, les deux termes ne désignent pas nécessairement les mêmes populations.

«Les Africains sont des immigrés. Les Arabes sont des immigrés. Les Asiatiques sont des immigrés. Les Européens, eux, sont des “expats”, parce qu’il ne saurait être question de les placer au même niveau que les autres. Ils sont supérieurs. “Immigré” est un terme destiné aux races inférieures», affirme le blogueur togolais Mawuna Remarque Koutonin dans une chronique reprise par The Guardian et Courrier international.

Pour étayer ses propos, il cite l’exemple d’un travailleur africain anonyme. «Je travaille pour des organisations multinationales, aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. Mais étant noir ou de couleur, je n’ai pas droit au terme d’“expat”. Je suis un immigré hautement qualifié, comme ils disent pour être politiquement corrects.»

L’exemple de la dynamique entre les communautés à Hongkong est, à ce titre, éloquente. Dans cette ancienne colonie britannique où «tout le monde semble venir d’ailleurs», selon l’écrivain canadien Christopher DeWolf, «certains arrivants sont considérés comme des “expats”, alors que d’autres sont des immigrants et certains, de simples migrants», explique-t-il dans un blogue consacré aux expatriés dans le Wall Street Journal.

Là-bas, dit-il, «les domestiques philippins ne sont que des invités, même s’ils sont là depuis des décennies». À l’inverse, «quiconque a des racines occidentales est considéré comme un “expat”».

Ruchika Tulshyan rejette l’affirmation selon laquelle le mot «expatrié» dénote un préjugé racial. Cette journaliste, qui se considère comme une nomade planétaire (global nomad) — elle est née à Singapour de parents indiens, et a étudié à Londres et à New York, avant de s’installer à Seattle —, estime qu’il s’agit d’un mot imparfait servant de «raccourci pour un concept beaucoup plus nuancé que personne-riche-et-blanche-vivant-à-l’étranger-sans-désir-de-s’intégrer».

Dans le Wall Street Journal, elle explique que le terme «expat» soulève plutôt une discrimination socioéconomique : certains utiliseraient ce mot et cette distinction comme une manière de s’élever au-dessus du statut d’immigrant. «Les expatriés n’hésiteraient pas à changer de pays si de meilleures perspectives économiques se présentaient, alors que la plupart des immigrants déménagent avec l’intention de prendre racine dans leur nouveau chez-soi.»

La distinction entre «expat» et «immigré» se fait en fonction de la classe sociale et du statut économique, acquiesce Christopher DeWolf, qui considère cela comme une façon rétrograde de voir les choses. «L’interprétation plus contemporaine du terme “expat” est davantage liée aux privilèges. Les expatriés sont libres d’errer entre les pays et les cultures, des privilèges qui ne sont pas octroyés à ceux qui sont considérés comme des immigrants où des travailleurs migrants.»

Malgré tout, à Hongkong comme ailleurs, le pays d’origine reste déterminant pour distinguer les expatriés des immigrés, note-t-il.

 «Même si un domestique étranger passe le reste de sa vie à Hongkong, il a peu de chances de se voir accorder la résidence permanente. À l’inverse, Hongkong m’offrira l’ensemble de ses droits et de ses protections une fois que j’y aurai vécu sept ans — mais j’ai souvent le sentiment qu’il n’y a pas beaucoup d’attentes de réciprocité, au contraire des États-Unis, où l’on attend des immigrants qu’ils apprennent l’anglais et adoptent un certain ensemble de valeurs.»

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4 commentaires
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Disons que la question ne relève pas de la « rhétorique » comme vous l’écrivez, elle relève de la sémantique et de la classification administrative. En d’autres termes, le mot d’expatrié et le mot d’immigré ont des significations différentes comme ils répondent à une détermination différente.

Une personne peut-elle être immigrante, émigrée et expatriée à la fois ? — Réponse : oui !

Lorsque vous quittez le pays où vous êtes né ; que vous allez vivre dans un autre pays. Vous êtes clairement un immigrant. Votre statut est celui d’émigrant. Au Canada le gouvernement reçoit et établit des distinctions suivant que vous émigrez sur une base permanente avec l’intention de devenir canadien, sur une base temporaire (contrat de travail ou études) ou sur une base spéciale (exemples : réfugié humanitaire ou encore exilé).

Le réfugié ou l’exilé sont des immigrés qui ne peuvent être des expatriés puisque l’expatrié agit sur une base volontaire tandis que le réfugié ou l’exilé sont contraints.

Vis-à-vis du pays de naissance, tout ressortissant qui vit à l’étranger est un expatrié. La plupart des pays établissent une distinction entre un expatrié temporaire (ou intérimaire) qui a gardé son foyer fiscal dans son pays d’origine et une expatrié qui a choisi de vivre ailleurs et de déplacer son foyer fiscal dans le pays où il vit.

Aussi longtemps que vous gardez votre nationalité de naissance, vous êtes expatrié pour votre pays de naissance. En revanche vous perdez ce statut d’expatrié si vous renoncez à votre nationalité de naissance.

Au Canada, lorsque vous devenez canadien après une période de probation d’environ 5 ans, après avoir passé avec succès l’examen et après avoir prêté serment à la Reine : vous perdez la dénomination d’émigrant pour gagner celle de citoyen. Vous demeurez néanmoins expatrié administrativement pour votre pays d’origine si vous gardez votre nationalité de naissance.

Ce que le blogueur Mawuna Remarque Koutonin aurait dû préciser, c’est que nombre d’émigrants venus de pays d’Afrique ou d’Asie sont des réfugiés, des gens qui ont dû fuir le pays où ils sont nés pour toutes sortes de raisons. À ce titre ces personnes ne peuvent être des expatriés, ce sont des personnes migrantes, devenues apatrides ou arrachées ou privées de leur patrie de façon temporaire ou permanente.

Ces personnes réfugiées bénéficient en vertu du droit international d’un « droit d’asile » ; qui peut être temporaire ou permanent. Par la suite ces personnes pourraient être « naturalisées », en d’autres mots : devenir éligible pour recevoir la nationalité et la citoyenneté du pays d’accueil.

Il existe une dernière catégorie dont on parle moins : les illégaux. Il serait trop long ici de passer en revue toutes les formes d’illégalités. Disons qu’une personne entre au pays avec un visa temporaire ou pas de visa, cette personne trouve un emploi de maison. Quand bien même cette personne vivrait 20 ans ici. Elle ne pourra jamais se prévaloir de quelque statut que ce soit.

Ces personnes sans appellation, sans statut juridique sont les « esclavage des temps modernes », il en existe peut-être quelques-unes près de chez vous. Ce mal se répand partout. On ne peut pas prétendre recevoir 60 000 émigrants légaux (expatriés d’ailleurs) sans en faire entrer quelques-uns d’illégaux dans le lot.

Bref, j’ai bien hâte de savoir comment on intègrera si bien 60 000 expatriés venus de quelque part ; quand déjà on en intégrait 25 000 de peine et de misère avec des ressources minables, lorsqu’on ne prévoit pas d’accroitre drastiquement les subsides et de construire une infrastructure d’accueil, pour cause de redressement nécessaire des finances publiques. — Sur ce point, notre gouvernement vit en dehors du vrai monde, tout comme les précédents. Tout cela relève de l’énurésie tout bonnement !

Est-ce dû à une mauvaise traduction des deux termes? Cet article me déçoit et m’inquiète car il répand des informations fausses: comme il est expliqué dans le commentaire précédent, il s’agit de distinctions administratives et factuelles. Des ignorants y voient peut-être un moyen de manifester leur racisme, mais cela ne mérite vraiment pas tant d’attention: je rappelle que de vraies personnes sont concernées par ce nouveau malentendu viral.

Je pense toujours a des expatriés à ceux qui habitent à un pays qui n’est pas le leur mais ils n’y resteront pas définitivement. Par example, c’est la companhie internationale où ils travaillent qui les y ont demenagé temporairement. Par contre, les immigrés généralement prennent la décision de deménager eux mêmes et changent leur résidence permanentement.

J’abonde à l’effet que l’article peut apporter plus de confusion que de clarification, ça manque de recherche; Tel que mentionné par KRJ on peut distinguer l’expatriation et l’immigration par la notion de temporaire et de permanence. A ma connaissance un expatrié ou travailleur temporaire, contractuel (indépendamment de la provenance et de la race) n’est pas un immigrant.

Est immigrant celui ou celle qui entame un processus officiel auprès du pays concerné, les démarches varient d’un pays à l’autre. Au Canada il faut 4 ans pour obtenir la citoyenneté après avoir complété les formalités.
clarification au niveau des définitions /
immigrer : venir se fixer dans un pays étranger au sein.
émigrer : quitter son pays pour s’établir dans un autre: s’expatrier
expatrier : quitter sa patrie pour s’établir ailleurs
si Monsieur Wolfer associe une classe sociale à l’un des termes cités , cela lui appartient, et je ne partage pas cette option.

je trouve aussi les propos de Serge très sévères envers le gouvernement du Québec et du Canada, certes il y a des améliorations et de sérieux ajustements à faire dans l’intégration et la stratégie d’immigration, toutefois si je compare avec d’autres pays, je me dis que nous ne sommes pas au bas de l’échelle et que les sondages classent le Canada dans les 3 premiers où l’on souhaite vivre.