La distance n’a plus d’importance

On peut déjà étudier à Sherbrooke, à Québec ou même en Alberta sans y mettre les pieds…

photo : Jean-François Lemire
photo : Jean-François Lemire

Assister à un cours universitaire donné à Québec tout en lavant sa vaisselle à Rimouski ? Pendant quatre mois, ce fut la routine de Stéphane Poirier. Cet étudiant de 22 ans a terminé son bac en informatique à l’Université Laval… depuis le domicile familial, à 310 km de là – en écoutant ses profs sur son ordinateur portable.

Rien à voir avec les cahiers de cours par correspondance d’antan ou le télé­enseignement statique des années 1970. « Contrairement à un cours magistral classique, on peut réécouter les cours en ligne et appuyer sur « pause » pour revoir un passage qu’on a mal compris. »

Le fait de ne jamais voir le prof et de n’avoir accès qu’à ses explications sonores et visuelles ne l’a pas gêné. « Les cours sont très vivants, dit-il. Les étudiants sont moins gênés et posent plus de questions qu’en classe – tant par micro que par courriel. »

C’est d’abord pour des questions financières que Stéphane a opté pour cette formation en ligne, qui lui a permis d’économiser les frais d’un logement à Québec et des allers-retours à Rimouski durant sa dernière session.

La formation à distance est l’un des éléments clés du développement des universités. En plus des étudiants universitaires « ordinaires », qui optent pour un ou deux cours en ligne par commodité, un effectif plus âgé, ayant souvent déjà un emploi, s’est ajouté, qui souhaite mieux concilier famille, travail et études. Selon de nombreux experts, notre monde en perpétuel changement rendra indispensable l’apprentissage permanent (lifelong learning), ce qui amènera une toute nouvelle population aux universités.

Les spécialistes – comme la Téluq, l’université à distance de l’UQAM (qui accapare plus de la moitié du marché québécois), ou encore l’Université d’Athabasca, en Alberta – ont vu leur effectif s’accroître ces dernières années. Ainsi, les inscriptions en formation à distance à la Téluq, à l’Université Laval et à l’Université de Montréal ont augmenté de 85 % de 1995 à 2008, passant de 33 999 à 62 814 (selon une étude du Comité de liaison interordres en formation à distance parue en mars dernier).

La concurrence est forte. La plupart des universités offrent désormais des cours en ligne, simultanément avec ceux in situ (formation synchrone) ou en différé (asynchrone), destinés à un effectif local, national et international.

L’offre de cours s’efforce de répondre à ces nouveaux besoins. L’Université de Sherbrooke, par exemple, propose un programme court de 2e cycle qui prépare à l’examen de l’Ordre des CGA du Québec (les comptables généraux licenciés). Des cours très dynamiques, en sons et images. Filmé par sa webcam, en direct de son bureau ou de son domicile, le professeur, Farès Khoury, entre chez chacun des participants : son image apparaît en médaillon à l’écran, à côté du texte du cours, qu’il annote et surligne en direct. Les étudiants (qui peuvent eux aussi se filmer) cliquent sur des icônes (main levée, pouce en l’air, en bas…) pour indiquer qu’ils ont compris ou non et posent des questions par courriel ou micro. Une formule tellement flexible qu’elle permet aux étudiants équipés d’une webcam de passer leur examen final, en étant surveillés, à leur domicile… ou pendant qu’ils sont en vacances dans le Sud !

La formation en ligne ouvre également d’immenses possibilités pour les pays en développement – qui y voient un moyen moins onéreux de former leurs jeunes tout en évitant l’exode des cerveaux. De 2004 à 2009, l’Université Laval a offert (avec le soutien de l’ACDI) le bac en informatique dans huit pays d’Afrique francophone (sur 360 étudiants inscrits au départ, 180 ont obtenu leur diplôme). Désormais offert aux étudiants du Québec, ce bac est toujours suivi à l’exté­rieur du pays – notamment au Gabon -, en dépit du décalage horaire, des coupures de courant… et de l’accent québécois !

La formation à distance n’est pas pour tout le monde. Le décrochage est à portée de clic, et donc fréquent. Même dans cette version moderne et conviviale de téléformation, où l’effet de groupe contribue à soutenir la motivation. « Ceux qui persévèrent sont plus motivés, disciplinés et autonomes que la moyenne, observe Guy Mineau, directeur général adjoint de la formation continue à l’Université Laval. Et ils récoltent de meilleurs résultats. »