La dureté du mental

La mystérieuse absence de Jonathan Drouin force le monde du sport professionnel à explorer un nouveau territoire : la santé mentale.

Photo : L'actualité

Mon Dieu que ça marche sur des œufs. Oui, d’accord, nous ne savons pas exactement ce qu’a Jonathan Drouin, joueur québécois du Canadien de Montréal. Nous ne connaissons pas la raison explicite pour laquelle il a été placé sur la liste des blessés à long terme. Je dirais qu’une pandémie plus tard, même en n’étant pas sportive, je me sens moi-même sur cette liste. Quoi qu’il en soit, il est très intéressant de voir l’industrie du sport vouloir soudain se mettre à parler de santé mentale.

On le devine à demi-mot, parce que son entraîneur et des coéquipiers comme Phillip Danault se sont exprimés sur le sujet, Drouin souffrirait de problèmes de santé mentale. On n’en est pas sûr, il pourrait s’agir d’autre chose, peut-être que ça ne nous regarde pas non plus, mais l’éléphant semble être dans la pièce de toute façon et tout le monde médiatico-sportif se bouche les yeux et les oreilles pour ne rien voir et ne rien entendre.

Eesh, si on ouvre ce placard-là, qui sait ce qui va nous tomber sur la tête ? Que ce soit à la guerre ou dans le sport, ces deux bastions fondamentalement, biologiquement, archaïquement masculins, on n’est pas prêt à parler de santé mentale. Et nous, partisans, sommes-nous vraiment préparés à regarder sur quoi ces industries milliardaires sont bâties ? Qui sont les hommes qui paient de leur corps et de leur esprit pour faire fonctionner la machine ? Pourquoi ne pas se demander comment va la santé mentale dans l’industrie de la pornographie, pendant qu’on y est ?

J’écoutais les commentateurs sportifs, pour la plupart des hommes dans la cinquantaine ou la soixantaine, tenter de mettre des mots sur un état lié à un domaine qui n’est pas le leur, être gênés d’en parler, tourner autour du pot et ne pas trop vouloir effleurer ce secret de Polichinelle : être entraîné depuis son plus jeune âge selon un horaire et des conditions destinés à faire de soi un athlète professionnel relève sûrement à bien des égards de la barbarie. Ce genre de pression constante, malgré le confort matériel qui vient souvent avec l’atteinte d’un rêve (si on l’atteint), a bien sûr de quoi faire craquer n’importe quel géant.

Mais le sport et les hommes désirent-ils regarder cette réalité en face ? L’introspection pour comprendre la toxicité du show-business et d’autres industries est en marche, se rendra-t-elle à ce rempart de la masculinité ? En tout cas, il ne faudra pas trop de Jonathan Drouin ou de Stéphane Richer qui, après avoir remporté la Coupe Stanley avec les Devils en 1995, avait fait le chemin du retour jusqu’au Québec seul, en pleurant tout le long tellement il détestait sa vie.

Le guerrier sportif, symbole pur de la masculinité immuable, ce géant aux pieds d’argile, personne ne veut le voir ébranlé.

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Vous ouvrez une grosse »boite de pendore »…Il était temps de s’apercevoir comment ces jeunes »spottés » par les $$dépisteurs$$ ont été obligés de vivre…Toujours échangés comme des légumes dans ces ligues où seul
le PROFIT $$$$ compte…

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Merci pour votre excellent texte qui démontre l’infime partie de la pointe de l’iceberg. Quand vous écrivez (J’écoutais les commentateurs sportifs, pour la plupart des hommes dans la cinquantaine ou la soixantaine, tenter de mettre des mots sur un état lié à un domaine qui n’est pas le leur, être gênés d’en parler, tourner autour du pot et ne pas trop vouloir effleurer ce secret de Polichinelle). Je crois, du moins je l’espère, qu’ils viennent de comprendre qu’ils sont les principaux responsables en étant des éléments déclencheurs de cet état de fait chez les athlètes.

Comment? En voulant personnellement faire bonne figure comme commentateurs devant leurs admirateurs et performer en ciblant les défauts des joueurs jour après jour. Lorsque ledit joueur ou l’équipe ne se surpasse pas. Attisant et alimentant, déception, colère, des admirateurs sur les réseaux sociaux envers lesdits joueurs ou l’équipe. Ces derniers ne se gênent pas pour déverser leurs fiels sur les individus ciblés par ces commentateurs.

Aucun être humain si solide soit-il ne peut être indifférent à cela.

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Pour une raison qui m’échappe, manque d’instrospection sans doute, j’ai conclu la lecture de votre commentaire en riant. Je crois que ce qui me faire rire c’est ce penchant à vouloir tourner en tragédie tout et rien.

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Vous savez du monde qui font des dépressions il y en a dans tous les domaines, ce n’est pas spécifique au sport professionnel. On commencera pas à psychanalyser le sport professionnel pour ça.

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Léa Stréliski écrit ceci : « Pourquoi ne pas se demander comment va la santé mentale dans l’industrie de la pornographie, pendant qu’on y est ? »

Excellente idée, on pourrait se demander aussi comment va la santé mentale de celles et ceux qui en consomment, parfois dans le plus grand secret, comme on pourrait se demander ce que vaut la santé mentale de ceux et celles qui font des milliards grâce à cette industrie et soutiennent indirectement des industries connexes comme le très juteux marché de la drogue, qui touche aussi les sportifs et nombre d’artistes.

D’ailleurs, dans plusieurs industries comme celle du spectacle (le Show-Bizzzz), si t’es pas drogué, t’as aucune chance de faire carrière. Si tu te drogues pas t’auras pas d’contrats ! C’ t’aussi simple que ça !

À noter en passant que ce qui naguère était essentiellement du domaine de la masculinité, l’est désormais au niveau de la féminité. Égalité homme-femme faisant, plus personne n’est épargné de quoi que ce soit. Pas même les enfants.

Mais comme on n’a pas les ressources pour parer à ces problématiques. Bienvenue aux vendeurs de rêves et aux charlatans.

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Salut Jacques, tu fait exactement ce qu’elle mentionne. J’ai travaillé plus de 10 années dans un abattoir ou le cerveaux n’est pas sollicité, puis dans les 15 dernières années derrière un ordinateur ou tous est surveillé par les patrons. Je peux te dire que c’est totalement différent. Tu ne fait jamais rien de bien. Ils te pousse toujours au maximum sans vouloir te payer d’avantage. Je sais que pour toi des millions représente une obligation, mais pour plusieurs, 30 000$/année c’est la même chose. Alors relit ce qui est écrit plus haut et consulte ton entourage. Léa ne parle pas que de Hockey dans cette chronique.

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