La fin des cours en auditorium ?

Avec la pandémie, les cours universitaires donnés en auditoriums pourraient disparaître, croit Tony Bates, spécialiste de l’apprentissage en ligne. Et c’est une bonne nouvelle pour les étudiants.

La COVID-19 pourrait bien sonner le glas des grands cours magistraux donnés dans des auditoriums où s’entassent des centaines d’étudiants. « Une bonne chose », selon le pédagogue canadien Tony Bates. Auteur de 11 livres sur l’apprentissage en ligne, ce pédagogue canadien a enseigné 20 ans à l’Open University britannique, qui a servi d’inspiration à la TÉLUQ au Québec. À ses yeux, la nécessité de développer l’enseignement en ligne devrait amener de nombreuses universités à revoir leurs vieilles méthodes.

Avant même la crise sanitaire, vous plaidiez pour l’élimination des classes en auditorium. Pourquoi ?

Mettre 200 étudiants universitaires dans une salle pendant une heure ou plus favorise la transmission du rhume et de la grippe. L’auditorium n’est pas un environnement sain, et pas seulement à cause de la COVID-19. L’autre problème est d’ordre intellectuel : quel est au juste l’intérêt de réunir 200 étudiants de première année afin de transmettre du contenu plutôt standard qu’ils peuvent trouver en ligne ? La plupart du temps, ce que le professeur leur enseigne ne s’écarte pas du manuel scolaire, qu’ils pourraient très bien lire sans assister au cours.

Si c’est vrai, pourquoi enseigne-t-on encore dans des auditoriums ?

Parce que ça arrange les professeurs. Ça leur permet de consacrer moins de temps à l’enseignement et davantage à la recherche, ce que la plupart préfèrent. En outre, le fait d’enseigner aux étudiants de première année de cette manière libère à la fois du temps et de l’espace. Les professeurs peuvent davantage se consacrer aux petites classes, plus nombreuses, qui rassemblent les étudiants plus avancés dans leur parcours universitaire, tels ceux en fin de bac, à la maîtrise ou au doctorat. C’est avec ces étudiants-là que l’enseignement présente un intérêt réel pour les professeurs-chercheurs, alors que la matière de la première année ne comporte pas beaucoup de neuf.

L’apprentissage en ligne est-il vraiment plus efficace ?

Oui, car il permet aux étudiants d’acquérir les véritables compétences dont ils auront besoin sur le marché du travail. En tant qu’enseignants, nous devons nous éloigner de la présentation des contenus pour privilégier l’enseignement de compétences : savoir où trouver des informations et comment les évaluer, par exemple. Les étudiants peuvent le faire aussi bien en ligne qu’en personne.

Selon vous, comment les étudiants réagiront-ils à l’enseignement à distance ?

Les élèves qui arrivent du cégep aiment bien les cours magistraux parce qu’ils n’ont pas à se casser la tête pour savoir quoi apprendre. Tout ce qu’ils ont à faire, c’est de comprendre le contenu du cours et de s’en souvenir. Tandis qu’avec un enseignement en ligne, les étudiants doivent prendre davantage de responsabilités. Ils n’aiment pas ça, mais c’est exactement ce que nous, les professeurs, voulons que les étudiants fassent ! Nous voulons des diplômés autonomes, capables de gérer leur propre apprentissage et d’en assumer la responsabilité, car ils devront continuer à apprendre après leur départ de l’université.

Bien des pédagogues disent que l’enseignement en ligne ne permet pas aux étudiants de recevoir l’attention dont ils ont besoin. Qu’en pensez-vous ?

L’hypothèse veut que l’enseignement en personne, appelé aussi présentiel, soit intrinsèquement meilleur que celui à distance. Les pédagogues testent l’apprentissage en ligne depuis plus de 20 ans et il est clair que bien des matières peuvent être enseignées aussi bien en ligne qu’en personne. Mais dans un contexte de cours hybride, il faut déterminer comment combiner l’apprentissage en ligne et présentiel dans un seul programme, c’est-à-dire ce qui fonctionne mieux en présentiel et ce qui marche bien en ligne. Bizarrement, c’est un aspect qui manque encore dans la recherche. On n’a pas encore identifié clairement dans quels contextes l’enseignement présentiel est meilleur que celui en ligne.

La pandémie est donc une immense expérience de laboratoire pour les universités ?

Exactement ! Je vous donne un exemple. Vous pouvez avoir des discussions synchrones [en temps réel] et asynchrones [sous forme de capsules à écouter à la convenance de l’étudiant]. Les échanges asynchrones s’apparentent à des forums en ligne. Vous envoyez une question à tout le monde et quelqu’un y répondra tout de suite ou plus tard. Les discussions synchrones sont immédiates. Mais quand est-il préférable que les étudiants discutent ensemble ? Et quand vaut-il mieux enseigner de manière synchrone ou asynchrone ? Parfois, il peut être préférable que l’étudiant fasse certaines recherches avant d’aborder un sujet en ligne. Dans un tel cas, le mieux serait d’y aller de manière asynchrone.

Bref, l’enjeu ici n’est pas technologique, mais strictement pédagogique. Il faudrait arriver à définir précisément les choses qu’il vaut mieux faire en personne, et voir si elles peuvent être faites aussi bien en ligne. Il est évident que dans certains domaines, comme les sciences et l’ingénierie, les étudiants doivent utiliser les équipements de laboratoire en personne. Encore que, là aussi, les possibilités de simulation en ligne soient de plus en plus nombreuses.

Est-ce la fin des auditoriums ?

Les auditoriums auront toujours leur place dans les universités, mais ils doivent être utilisés à bon escient, et surtout pas pour chaque classe du même cours. Deux ou trois fois par semestre, il est utile de réunir tout le monde. Au début, pour expliquer le plan de cours, par exemple. À la mi-parcours, pour vérifier comment les gens se débrouillent. Et à la fin, pour faire un compte rendu.

Que faudra-t-il aux universités pour mettre en place un nouveau type d’enseignement ?

La crise sanitaire force les universités à commencer à réfléchir à ces questions. Dès septembre, elles ne pourront pas réunir tous les étudiants sur le campus en même temps. Elles doivent trouver des solutions, car il leur faudra fonctionner en mode hybride. La COVID-19 oblige les professeurs à réfléchir à la meilleure manière d’employer de nouveaux outils pédagogiques. Ils devront déterminer les contenus essentiels à transmettre en personne et offrir le reste de la matière en ligne. C’est du cas par cas. Les facultés devront s’en accommoder. À cause de la pandémie, nous assisterons à un changement dans l’enseignement, à commencer par une utilisation plus judicieuse des grands cours en auditorium. Ces remises en question seront bénéfiques pour les étudiants.

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On se fait souvent des amis pour la vie à l’université. Et ou croyez-vous que l’on rencontre ces amis ? Dans les salles de cours ! Les cours en ligne ne sont pas la solution dont vous parlez.

J’abonde dans le même sens que M. Blanchette.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les étudiants ne fréquentent pas les universités strictement pour faire un apprentissage en classe. Cette réalité est particulièrement tangible chez les étudiants étrangers qui, parallèlement à leur programme études, en viennent à acquérir des compétences linguistiques et culturelles, à tisser un réseau social et à prendre de l’expérience sur le marché du travail. Pour ce faire, ils consentent même à acquitter des droits de scolarité et des frais nettement supérieurs à ceux des étudiants au pays. Ils constituent donc une source importante de revenus pour les universités. Maintenant, des études révèlent que de 20 à 25 % des nouveaux étudiants étrangers réexamineraient leurs plans d’avenir si les cours de premier cycle étaient intégralement donnés en ligne. C’est donc un pensez-y-bien…

Sources :
https://www.thestar.com/news/canada/2020/05/30/international-students-worry-about-pandemic-as-decisions-loom-on-travel-to-canada.html

http://higheredstrategy.com/the-outlook-for-international-students/

Tout à fait d’accord. les cours à distance ont des avantages. Un des problèmes cependant, est l’évaluation. Comment faire des examens à distance ? Possible mais plus difficile qu’en personne.

Il est plus que temps que les brillants chercheurs des facultés des sciences de l’éducation approfondissent les conditions de l’efficacité de ce mode d’enseignement. Et ce à tous les niveaux et pour toutes les matières.

Je m’étonne de lire que des étudiants de niveau universitaire s’accommodent d’un enseignement du type ayant cours à l’école primaire. L’université devrait s’adresser à des gens qui ont atteint une autonomie intellectuelle adaptée à un cheminement conseillé par un docteur. Il devrait appartenir à chaque étudiant de se soumettre à une évaluation de ses progrès au moment qu’il juge opportun. Le professeur, qui poursuit ses travaux de recherche, devient alors un animateur pour un groupe d’étudiants de sa discipline. Il prend connaissance des travaux personnels réalisés et soumis par ses étudiants et communique à chacun sa perception de ses progrès. Un futur professionnel universitaire devrait démontrer qu’il est apte à prendre sa formation en main.

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