La grève étudiante vue de l’étranger

Le combat des étudiants québécois contre la hausse des droits de scolarité a attiré l’attention de médias du monde entier, se gagnant même le soutien d’universités et de partis politiques étrangers.

La grève étudiante vue de l’étranger
Photo : G. Hughes / PC

Le mouvement des étudiants québécois s’est taillé une place importante dans les principaux médias de France.

Parmi les sites Internet des quotidiens, Libération a consacré un photoreportage à la situation d’une « province dont le modèle faisait jusqu’ici figure d’exception en la matière » ; le quotidien Le Monde a rappelé dans un reportage que les droits de scolarité actuels sont « beaucoup moins élevés qu’aux États-Unis et qu’ailleurs au Canada, mais plus onéreux que dans nombre de pays européens », avant d’ajouter dans un autre texte que les « divergences majeures » entre les parties ont été « renforcées par des déclarations faites (…) par Jean Charest et la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp » ; L’Humanité a parlé d’un « nouveau temps fort de la lutte contre la ségrégation sociale dans l’accès aux études supérieures » ainsi que du combat de la CLASSE contre les « mesures d’austérité du gouvernement Harper » (sic), tout en insistant sur le caractère « exemplaire » de ce mouvement.

Les magazines n’ont pas manqué de s’intéresser également à ce « Printemps érable », terme avec lequel Rima Elkouri, de La Presse, évoque son malaise dans Les Inrockuptibles. Dans un compte rendu détaillé, Paris Match n’élude pas la possibilité d’élections anticipées, « où lui et son parti apparaîtraient comme les seuls recours face à la « chienlit » », y est-il écrit, avec une référence à Mai 1968. En raison des événements survenus lors du Salon du Plan Nord et du grand rassemblement du Jour de la Terre, Paris Match voit un lien direct entre « l’agitation estudiantine » et la remise en cause du Plan Nord, qualifié de « titanesque programme d’investissements ». Lequel ? « Il constitue un marqueur extraordinairement clivant entre deux projets de société », et serait à l’origine d’un « premier grand mouvement socio-écologique » québécois. De son côté, L’Express est allé au cœur de l’action et présente un reportage audio illustré par une multitude de photos.

Par ailleurs, la radio d’information continue France Info a diffusé deux reportages par la voix de Pascale Guéricolas (voir ci-dessous), et le site Internet Rue 89 a invité le photographe Mario Jean à raconter sa vision du conflit par le biais de clichés pris entre le 18 mars et le 25 avril.

En Angleterre, c’est l’arrestation de 85 étudiants au cours de « manifestations violentes » le 25 avril qui a attiré l’œil de la BBC, auteure d’un bref survol de la situation. The Guardian a davantage creusé le sujet, présentant une chronique de Colin Horgan, journaliste sur la colline du Parlement, à Ottawa, pour le site iPolitics.ca, qui offre un point de vue canadien de la situation. « C’est une sacrée histoire. C’en est aussi une dont peu de Canadiens en dehors du Québec se soucient. Peut-être que l’on devrait [s’en soucier] », écrit-il, avant d’ajouter que les élections en Alberta et le scandale des F-35 avaient éclipsé ce sujet.

L’auteur note que l’annonce de la hausse de 75 % des droits de scolarité a été reçue comme un « choc » par « les Québécois et les puissants mouvements étudiants », qui tiraient une « fierté nationale » des tarifs initiaux de leurs universités, héritage de la Révolution tranquille. « En surface, une si grande hausse de ces droits paraît être une bonne raison d’aller protester, et peut-être même d’aller casser une vitrine. […] Mais le Québec dispose des plus bas taux du Canada, et ce que cette hausse représente en dollars est une des raisons pour lesquelles le reste du pays est indifférent aux plaintes des étudiants du Québec. »

Horgan note que les faibles droits de scolarité au Québec n’ont pas semblé favoriser l’accessibilité aux études, puisque environ 30 % des Québécois font cette démarche, alors qu’ils sont plus de 50 % dans les régions atlantiques et plus de 40 % en Ontario et dans l’Ouest canadien, des régions où le coût de l’éducation est sensiblement plus élevé. Il ne s’arrête pas à cette constatation et inverse les données du problème. « Le reste du Canada peut montrer du doigt ses droits de scolarité élevés et se demander pourquoi les Québécois ne paient pas plus. Ou nous pouvons nous demander pourquoi nous payons autant. »

The Guardian a publié une autre chronique, plus partisane cette fois, sur le même sujet. Martin Lukacs y explique que les étudiants ont joué un rôle de catalyseurs au Québec, et que leur principal exploit a été de clarifier pour le reste de la population le fait que « l’augmentation des droits de scolarité n’est pas une affaire isolée de comptabilité, mais plutôt l’objectif d’un programme néolibéral d’austérité dans le monde entier ».

« Dans le douloureux tumulte des manifestations quotidiennes, une génération entière de jeunes Québécois apprennent une leçon politique qu’aucune classe ne leur aurait jamais apprise : la violence sous-tend toutes les inégalités de la société, et le pouvoir ne cède pas d’un pouce si on ne lui impose pas un combat », ajoute-t-il.

The Economist a fait mention de la grève dans un reportage sur l’importante augmentation du nombre d’étudiants internationaux dans les programmes de MBA des universités canadiennes lors des deux dernières années. Seulement, l’article invoque le « retrait de subventions pour les étudiants locaux » comme motif principal des événements au Québec, ratant ainsi la cible.

Souvent comparées, voire intégrées au mouvement « Occupons… », les grèves étudiantes ont été citées par le site officiel d’Occupy Wall Street comme l’un des fronts de la lutte anticapitaliste lui ayant inspiré un appel à une grève générale aux États-Unis à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs.

Les mentions sur la situation au Québec se font plus rares dans les médias traditionnels américains, davantage concernés par le propre débat sur le coût de l’éducation que le président Barack Obama a mis au cœur de sa précampagne électorale. La prise de position de l’actuel résidant de la Maison-Blanche a obtenu une résonance certaine au Québec, puisqu’il s’est opposé à l’augmentation des taux d’intérêt sur les prêts étudiants. Le New York Times fait le lien entre cette annonce et la mobilisation des étudiants au cours des dernières années en Angleterre, au Chili et au Québec pour protester contre l’augmentation des droits de scolarité. Ce sont plutôt les arrestations et la violence lors de certaines manifestations qui ont poussé le Wall Street Journal à se pencher sur le sujet. Le réseau CNN s’est fait l’écho des troubles publics, annonçant lors d’un topo sur son antenne que « la police, équipée de matériel antiémeute, a parcouru les rues de Montréal pour contrôler des foules violentes de manifestants ».

 

L’appel des étudiants québécois a été reçu cinq sur cinq par Guillermo Hector Zúñiga Martínez, un homme politique mexicain, chroniqueur pour le journal El Tiempo de Veracruz, qui précise à ses lecteurs que les actions des étudiants « se sont déroulées avec tant de force que les implications, les messages et les conséquences des grèves étudiantes se font déjà sentir ». Il note également que les réseaux sociaux ont joué un rôle « extraordinaire » dans ces mouvements, citant d’ailleurs le compte Twitter d’une étudiante montréalaise comme un exemple de rédaction et de description des événements. Constatant l’existence de 17 universités au Québec, l’auteur explique ensuite qu’il est important pour son pays de « créer des écoles » et de « promouvoir les institutions », afin de rendre l’enseignement supérieur accessible à un plus grand nombre de municipalités.

Le réseau de télévision al-Jazira a propagé la nouvelle, consacrant deux reportages vidéo à ce sujet au courant du mois d’avril (voir ci-dessous), dans lesquels Bruce Hicks, du Département de science politique de l’Université Concordia, explique que le Québec, de par son identité francophone, a tendance à regarder du côté de l’Europe, où la gratuité scolaire existe, alors que le Canada anglais s’inspire plutôt des universités américaines, où les droits de scolarité peuvent atteindre jusqu’à 50 000 dollars par an.

 

Le combat des grévistes québécois a trouvé écho dans certaines universités européennes. Des étudiants français ont ainsi manifesté dans les rues de Paris, le 9 mars dernier, aux côtés de Québécois venus effectuer des échanges universitaires. Une action similaire a été menée en Belgique, le 27 mars, par la Fédération des étudiants francophones, afin de rappeler que « l’éducation est « un droit et non un privilège » ». Le collectif universitaire autonome de l’Université de Turin, en Italie, a affiché son soutien dans son site Internet, tout comme le Conseil des étudiants de l’Université de Marbourg, en Allemagne. « Heureusement que certaines personnes au Québec ont une compréhension différente de ce qu’est la formation supérieure, et qu’ils se battent pour cela », dit ce dernier dans son site, ajoutant que pour le gouvernement, les études supérieures ne sont « rien de plus qu’un investissement dans le capital humain », qui sera plus tard « réinvesti sur le marché du travail ».

Le combat des étudiants québécois a trouvé du soutien jusque dans le Parti de Gauche français, coprésidé par Jean-Luc Mélenchon – quatrième au premier tour des élections présidentielles françaises -, qui s’est dit « satisfait de la mobilisation citoyenne des étudiants québécois » et a souhaité « qu’elle contribue à faire reculer le gouvernement Charest ». Lutte ouvrière, un parti de l’extrême gauche française, s’est aussi intéressé à cette situation, ne voyant « rien d’étonnant » à ce que les étudiants aient « revoté à de fortes proportions la grève, pas dupes des propositions » du gouvernement.

 

 

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