La juste part des médecins

En abaissant les tarifs à l’acte payés à certains médecins spécialistes, l’Ontario pose les premiers jalons d’une nécessaire réforme dans le réseau de santé canadien : celle de la rémunération des médecins.

L'édito de Carole Beaulieu : La juste part des médecins
Photo : D. Chidley / PC

Comme le dit si bien le pro­fesseur Pierre Thomas Léger, il n’est pas normal que les sommes versées pour certains actes demeu­rent les mêmes alors que les progrès technologiques ont fait passer leur durée de deux heures à 15 minutes !

Le roi-spécialiste est nu. Com­pétent et dévoué, mais pas assez fou pour dire qu’il est trop payé ! Le premier ministre libéral Dal­ton McGuinty a raison de vouloir aller chercher dans le portefeuille de certains spécialistes des dollars dont son gouvernement a cruellement besoin pour remplir toutes ses missions. C’est une question de bonne gestion.

Les spécialistes de l’Ontario sont les mieux rémunérés au pays : 27 médecins y ont gagné plus de deux millions de dollars chacun l’an dernier !

La réforme proposée se con­cen­tre sur un petit nombre, ceux dont la productivité a largement été favorisée par les progrès technologiques : les radiologistes, les ophtalmologistes et les cardiologues. Des réductions de quelques dizaines de dollars l’acte feront économiser à l’État 338 millions de dollars en 2012-2013 et 440 millions l’année suivante. (La rémunération pour une opération de la cataracte, par exemple, passera de 441 à 397,75 dollars.)

Les associations de médecins spécialistes, qui négocient les tarifs avec les provinces, ne sont évidemment pas d’accord. Elles agitent le spectre d’une fuite de cerveaux, qui entraînerait une réduction de l’accessibilité aux soins.

Le premier ministre McGuinty a répondu que son gouvernement n’a pas le choix. Il doit limiter à 2,5 % l’augmentation des dépenses de santé s’il veut espérer réduire son déficit, qui atteint 16 milliards ! (La hausse des dépenses de santé au Québec est de 5,7 % par année depuis 10 ans, de 6,8 % en Ontario.)

Dalton McGuinty a invité les autres provinces à suivre son exem­ple. La Colombie-Britannique, le Manitoba, la Nouvelle-Écosse et même l’Alberta y sont disposés.

Au Québec, le gouvernement Charest a fait un autre choix, « en faveur de la paix sociale », dit la porte-parole du ministre de la Santé, Yves Bolduc. Le Ministère a récemment signé une entente de cinq ans avec les spécialistes et « a bien l’intention de la respecter ». Ces mêmes spécialistes ont obtenu il y a cinq ans des augmentations de salaire de 30 %, « une somme colossale comparativement aux 140 millions $ en 2017 que rapporterait l’augmentation des frais de scolarité », écrit la Dre Saïdeh Khadir dans L’actualité médicale.

En Ontario, la ministre de la Santé, Deb Matthews, n’est pas médecin. Elle a un doctorat en démographie sociale. Et du cran.

Alors que la population du pays vieillit, les budgets de la santé ont des allures d’ogres qui dévorent les fonds publics – jusqu’à près de la moitié du budget de certaines provinces – et ne laissent que des miettes pour d’autres missions, l’éducation postsecondaire (que des jeunes voudraient gratuite) ou la protection de l’environnement, par exemple.

Les jeunes, minoritaires dans toutes les provinces, sont parmi les plus faibles consommateurs de soins de santé. Ils ont déjà suffisamment de raisons de penser qu’ils sont moins bien traités par la société que leurs aînés… Regar­der sérieusement les économies à faire dans la rémunération des médecins spécialistes est aussi un service à rendre à l’équité intergénérationnelle.

 

Laisser un commentaire