La mode détruit des vies et la planète

L’industrie du vêtement serait inégalitaire et sexiste, selon la professeure en design de mode à l’Université Ryerson Anika Kozlowski.

Photo : Shutterstock

La mode ne devrait pas coûter des vies et elle ne devrait pas endommager notre planète non plus. C’est pourtant ce qui se passe aujourd’hui. La mondialisation, la mode jetable, les économies d’échelle, les médias sociaux et la production à l’étranger ont créé une tempête parfaite. La mode est bon marché, facile et abondante. Et il y a peu de signes de ralentissement : la production de vêtements a presque doublé au cours des 15 dernières années.

Les amateurs de mode doivent réfléchir aux impacts négatifs qu’ont leurs habitudes de consommation tant sur la planète que sur les humains qui fabriquent leurs vêtements.

La mode est une industrie inégalitaire et sexiste. Elle dégrade l’environnement et viole les droits de la personne—tous intrinsèquement liés entre eux. La Fashion Revolution Week a vu le jour en réaction aux tragédies continuelles qui se produisent dans l’industrie du textile, comme lorsque l’usine Rana Plaza s’est écroulée à Dhaka, au Bangladesh, en 2013, tuant 1 138 travailleurs.

La Fashion Revolution Week se veut une manière de sensibiliser les consommateurs occidentaux à ceux et celles qui fabriquent leurs vêtements.

L’industrie de la mode est marquée par les inégalités. Photo : Shutterstock

La mode : de l’esclavagisme moderne

La mode est l’une des industries à plus forte intensité de main-d’œuvre. Elle emploie directement au moins 60 millions de personnes. Les femmes représentent l’écrasante majorité d’entre eux aujourd’hui.

Le Global Slavery Index (l’Indice mondial de l’esclavage) évalue à 40 millions le nombre de personnes qui vivent aujourd’hui comme des esclaves, dont un grand nombre dans les pays du Sud, travaillant dans les usines qui approvisionnent les marques occidentales de vêtements.

L’esclavage moderne « couvre un ensemble de concepts juridiques spécifiques, notamment le travail forcé, la servitude pour dettes, le mariage forcé, l’esclavage et les pratiques analogues à l’esclavage et à la traite des personnes », peut-on lire sur le site Web du Global Slavery Index.

Il s’agit de situations telles que des heures supplémentaires obligées sans rémunération, d’enfants forcés par le gouvernement ouzbek à cueillir du coton alors qu’ils devraient être scolarisés, de femmes menacées de violence si elles ne remplissent pas une commande à temps et de travailleurs à qui l’on retire leur passeport et qui doivent payer leur transport, leur logement et leur alimentation.

La mode est l’une des cinq industries clés impliquée dans ce type d’esclavagisme moderne. Les pays du G20 ont importé pour 127,7 milliards de dollars américains de vêtements identifiés comme produits à risque d’avoir été fabriqués dans des conditions d’esclavagisme. Le Canada est l’un des 12 pays du G20 qui ne prennent aucune mesure contre l’esclavagisme moderne.

La campagne Fashion Revolution Week met en avant le travail dans le secteur de la mode. Photo : Fashion Revolution

Il faut s’attaquer au colonialisme et au racisme environnemental si nous voulons combattre les changements climatiques, l’inégalité entre les sexes, la dégradation de l’environnement et les violations des droits humains. Les plus pauvres de la planète et leur main-d’œuvre bon marché sont exploités pour fabriquer des vêtements à la mode.

Ces travailleurs sont ceux qui font des heures supplémentaires non rémunérées. Ils vivent bien souvent près de cours d’eau toxiques contaminés par les usines où ils travaillent et y développement des maladies.

Quand « nous », le monde occidental, sommes lassés de nos vêtements, nous les exportons vers ces pays du Sud. Ces « dons » détruisent ces communautés en remplissant leurs décharges et détériorent leurs économies locales car les artisans et les entreprises locales ne peuvent rivaliser avec les prix bon marché de nos dons rejetés.

La transparence et la traçabilité sont essentielles

La transparence et la traçabilité sont essentielles. La transparence implique l’ouverture, la communication et la responsabilité des entreprise. En tant que citoyens de cette planète, nous devons les exiger.

Nous ne pouvons plus nous permettre de vivre le même style de vie auquel nous sommes habitués. Selon un rapport de la Fondation Ellen MacArthur, l’industrie de la mode produit 53 millions de tonnes de fibres chaque année, dont plus de 70 % aboutissent dans des décharges ou des feux de joie et moins de 1 % sont utilisés pour fabriquer de nouveaux vêtements.

Un dépotoir de vêtements au Bangladesh. L’Asie du Sud-Est est l’un des endroits les plus pollués par l’industrie du textile. Photo : Shutterstock

Plus de la moitié de la production de mode jetable est éliminée en moins d’un an. Un camion plein de vêtements est gaspillé chaque seconde à travers le monde.

Le nombre moyen de fois qu’un vêtement est porté a diminué de 36 % en 15 ans. Le polyester est la fibre la plus couramment utilisée aujourd’hui, de sorte qu’un demi-million de tonnes de microfibres de plastique sont libérées chaque année par les vêtements lavés—16 fois plus que les microbilles de plastique des cosmétiques—contribuant à la pollution des océans.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

Nous ne pouvons pas continuer à exploiter la main-d’œuvre la moins chère et les ressources naturelles. Le statu quo n’est plus une option. À la lumière des changements nécessaires pour lutter contre les changements climatiques et créer un avenir équitable pour tous, voici cinq choses que vous pouvez faire :

1. Posez des questions.
Informez-vous et agissez consciemment. Qui a fabriqué vos vêtements ? Comment ce produit va-t-il finir sa vie ? Combien de temps allez-vous l’utiliser ? En avez-vous vraiment besoin ? De quoi est-il fait ? Le prix reflète-t-il les efforts et les ressources qui y ont été consacrés ?

2. Portez ce que vous avez.
Ne jetez pas vos vêtements, chaussures et accessoires. Il existe des moyens de les tenir à l’écart des sites d’enfouissement (réutilisation, revente, échange, réparation, don, etc). Peuvent-ils être réparés ? Apprenez à prendre soin de vos vêtements. Plus longtemps vous continuez à les porter, plus vous réduisez l’empreinte écologique de votre garde-robe.

3. Trouvez d’autres façons d’être à la mode
Achetez vintage, louez, revendez, réutilisez, échangez, réparez, adaptez ou partagez. Pensez à votre empreinte écologique. Par exemple, réduisez l’utilisation du plastique, utilisez moins de produits d’origine animale ou soutenez les entreprises locales.

4. Développez un style personnel
Savoir ce qui fonctionne pour vous, votre corps et votre style de vie vous fera vous sentir bien tout le temps (quelles que soient les dernières « tendances »).

5. Discernez les besoins des désirs
La surconsommation nous a menés à un écosystème non durable. Vous devez reconsidérer ce que sont « vos besoins » par rapport à « vos désirs ». L’abondance offerte aux consommateurs est beaucoup plus grande que leurs besoins. Prenez connaissance de la campagne #30wears de Livia Firth, qui encourage les consommateurs à se demander : « est-ce que je porterai cet article au moins 30 fois ? » Voici ce qu’en dit Livia Firth : « Si la réponse est oui, achetez-le. Mais vous serez surpris de voir combien de fois vous allez dire non. »La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un média en ligne qui publie des articles grand public écrits par les chercheurs et les universitaires.

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2 commentaires
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Je suis assez vieux pour me rappeler les centaines de « shop » à Québec et à Montréal dans lesquelles des milliers d’ouvrières, penchées sur leur machine à coudre, assemblaient des sous vêtements, des jeans et autres, 1 0 heures par jour, 6 jours par semaines, vêtements vendus un peu partout dans le monde. ET PERSONNE N’AVAIT RIEN À REDIRE. ÇA LEUR FAISAIT UN GAGNE-PAIN!!! Mal payé, sans doute. Tout comme les gars travaillant dans les mines ou en forêt. Sans doute un peu mieux payés. Mais dans quelles conditions sanitaires ou de travail!!!??? Maintenant que ces emplois sont rendus en Asie ou ailleurs dans le monde, soudain notre sens moral s’éveille … on s’inquiète de leur sort. Plus de vêtements aujourd’hui … assurément … nous sommes 10 fois plus nombreux sur cette planète qu’à l’époque. Et on récupérait nos vieux vêtements pour faire des « guenilles en bande » pour faire des couvertures « au métier », des tapis, etc. Notre pouvoir d’achat était plus bas et on faisait avec nos moyens. Mais, aujourd’hui, il coûte plus cher d’acheter du tissus pour confectionner un vêtement que le prix du vêtement tout fait, en usine. Sommes nous devenus des sonneurs d’alertes … pour se donner de l’importance comme spécialistes … vendre nos chroniques et nos livres sur la pollution, l’exploitation de la main d’oeuvre dans les pays « en train de se développer »? C’était juste un bout de réflexion d’un « vieux » … qui se questionne tous les jours sur la justesse de tous ces propos qu’on lit sur le net.

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