La modération, d’Éduc’alcool à TransCanada

Notre consommation d’alcool scrutée à la loupe. L’oléoduc Énergie Est qualifié de danger public. Va-t-on trop loin? 

Pixabay
Pixabay

La dernière campagne publicitaire d’Éduc’alcool fait grincer des dents, plusieurs personnes la jugeant beaucoup trop moralisatrice. D’autres ridiculisent les Centers for Disease Control américains, qui recommandent désormais à toutes les femmes en âge de procréer de ne plus consommer d’alcool. «Fichez-nous la paix!», a-t-on envie de leur dire.

Pendant ce temps, l’éventuelle construction de l’oléoduc Énergie Est continue de susciter les plus grandes craintes. «Trois jours sans eau, et c’est la mort!», écrivait un étudiant dans la section des débats du Devoir à propos des risques à faire traverser des cours d’eau par des oléoducs.

Au Québec, on vit plutôt bien dans un monde sécuritaire, où la majorité des gens meurent dans leur lit à un âge avancé. Du coup, les risques qu’on évoque ont assez peu de chances de nous mettre vraiment en danger. Mais pour juger de leur importance relative, on se fie bien plus à notre instinct qu’à la raison!

Quoi de plus banal, admis socialement et agréable que de boire un petit verre avec des amis ou en tête à tête avec son amoureux? La publicité d’Éduc’alcool, même si elle a ses défauts, ne vise pas à nous faire abandonner ces petits plaisirs. Elle vise à lutter contre les risques de la consommation excessive, fusse-t-elle occasionnelle.

Ses suggestions pour «savoir recevoir» vont très loin, comme le soulignait le chroniqueur de La Presse François Cardinal. Il y a des limites à vouloir transformer quelqu’un qui reçoit des amis en police de l’alcool! Ces conseils parfois extrêmes (ne perdez jamais les enfants de vue!) me rappellent ceux que republie Santé Canada chaque année à la veille de l’Halloween (gare aux bonbons périmés!) ou, à l’approche de la saison des barbecues, pour préserver la salubrité des aliments (désinfectez vos ustensiles à l’eau de Javel!). C’est vrai, la modération en matière de conseils de santé aurait bien meilleur goût!

La majorité des adultes québécois ont aujourd’hui un rapport sain avec l’alcool. Même les jeunes au secondaire en consomment de moins en moins! Mais du coup, on tend à sous-estimer les dommages que cause encore l’alcool dans la société, et à trouver souvent que la santé publique exagère.

Éduc’alcool constate dans ses enquêtes que les Québécois ne voient pas vraiment de problème à «se paqueter» à l’occasion, considérant que le principal danger est la consommation quotidienne. Or les études montrent qu’un tiers des adultes ont pris plus de trois verres pour les femmes ou quatre pour les hommes au moins une fois par mois dans la dernière année.

À la longue, ces abus réguliers d’alcool ont des effets nocifs très bien démontrés, non seulement sur le foie, mais sur plusieurs maladies chroniques et sur l’embonpoint, par exemple.

L’alcoolisme n’a pas non plus disparu. Il reste quand même 6 % de femmes qui boivent plus que 11 verres par semaine, et 9 % d’hommes qui en prennent plus de 16. L’abus et la dépendance menacent particulièrement les personnes aux prises avec des troubles de santé mentale.

Au Canada, environ 40 % des grossesses ne seraient pas planifiées. De nombreuses femmes ignorent donc pendant un à deux mois qu’elles sont enceintes. La moitié des grossesses non planifiées sont menées à terme. Or, on ne sait pas à partir de quelle quantité d’alcool, consommée à quel moment, le fœtus peut être affecté par le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF). Cette maladie entraîne une multitude de troubles du développement plus ou moins marqués, qui passent parfois pour d’autres problèmes comme l’autisme.

Que conseiller aux futures mères dans ces conditions? Les CDC ont choisi de ne pas prendre de chance, et incitent à de ne pas boire du tout si l’on risque de tomber enceinte.

Pensez-en ce que vous voulez, mais sachez que le risque au Québec d’accoucher d’un bébé atteint d’un SAF est tout de même de 0,5 à 2 pour 1 000 naissances…

Cela vous semble peu? C’est assurément beaucoup plus que le risque de mourir de soif à Montréal à cause d’un oléoduc!

Parce qu’il vient des méchantes pétrolières de l’ouest, notre degré de tolérance aux risques que posent le projet Énergie Est est à peu près nul.

En 2014, j’estimais que, basé sur l’historique des incidents dans des pipelines au Canada, on devrait, si les normes de sécurité et pratiques ne changent pas, s’attendre à en moyenne huit «incidents» par an avec cet oléoduc. Cela peut sembler beaucoup, même si tout dépend de l’ampleur des déversements. Rien n’empêche d’imposer aux pétrolières des normes de sécurité plus sévères qui réduiraient ce risque.

Pendant ce temps-là, en 2014, 1 225 accidents de train ont été signalés au Bureau de la sécurité des transports du Canada, dont 174 ont mis en cause des marchandises dangereuses. C’est beaucoup! Le transport du pétrole par train engendre aussi beaucoup plus d’émissions de gaz à effet de serre que celui par oléoduc. Malgré la catastrophe de Lac-Mégantic, on en entend bien peu parler.

Et qui s’inquiète des risques de déversements et des émissions de GES occasionnés par les produits pétroliers consommés actuellement au Québec, qui proviennent encore en partie d’aussi loin que l’Algérie? Loin des yeux, loin du coeur…

Un peu de modération dans les critiques du projet Énergie Est aurait bien meilleur goût! Pourrait-on au moins l’examiner rigoureusement, même si la pétrolière TransCanada nous tape sur les nerfs?

Par ailleurs, le principal risque au Québec avec les hydrocarbures n’est pas Énergie Est. Ce sont les Québécois eux-mêmes, qui achètent de plus en plus d’essence année après année.

Entre 2009 et 2014, le nombre de voitures par 100 habitants au Québec est passé de 64 à 66. Le poids moyen des voitures est passé de 1 415 à 1 482 kg. On roule de plus en plus, avec des voitures de plus en plus grosses.

À quand une campagne Éduc-Auto qui nous montrerait un peu la voie de la modération?

Dans la même catégorie
6 commentaires
Les commentaires sont fermés.

asse c est asse tu commence a nous parle d educalcool et tu fini par nous donne une lecon sur les aleoduc pour qui vous prenez vous votre metier ne vous donne pas le droit de nous dire quoi pence des aleoduc ou comment prendre un verre ou plusieur verres d alcool en passent je ne prend pas d alcool merci moncieur

Je cite : « (…) les études montrent qu’un tiers des adultes ont pris plus de trois verres pour les femmes ou quatre pour les hommes au moins une fois par mois dans la dernière année. À la longue, ces abus réguliers d’alcool ont des effets nocifs très bien démontrés, non seulement sur le foie, mais sur plusieurs maladies chroniques et sur l’embonpoint, par exemple. »

Euh… je serais surpris, disons. Je voudrais bien voir les études qui nous apprennent que boire quatre ou cinq verres ***une fois par mois*** a un impact sur « nocifs très bien démontrés » sur le foie, l’embonpoint ou autre (à part ceux qui ont des conditions médicales spécifiques, comme avoir fait une pancréatite). Cela serait nécessaire pour qualifier d’« abus » le fait de prendre un quatrième verre dans la même soirée une fois par mois.

J’en ai plein l’c.l des objecteurs de conscience qui tiennent à nous enfoncer dans la gorge leurs diktats.

Informez-nous. OK. Mais laissez-nous faire ce que nous voulons avec cette information.

Y’a toujours ben une limite à vouloir régir les moindres détails de nos vies!!!

Foutez-nous la PAIX tabarn..!!!

Voici un bon exemple d’un article écrit de façon à vouloir faire croire qu’il nous communique des informations utiles et objectives, quand il s’agit en fait d’un résumé des arguments trompeurs de la péplinière Trans-Canada pour vendre son projet Énergie Est (EE).
De dire que boire de l’alcool est plus dangereux qu’un déversement de pipeline est complètement farfelue dans le contexte actuel. EE promet le plus gros débit réalisé en Amérique sur de tel distances donc le plus de dégât dans le
plus petit lapse de temps. Évidement les trains de pétrole explosifs sont trop dangereux, mais ils ne seront pas arrêtés par EE. Le pétrole de l’Algérie est conventionnel, beaucoup moins polluant et moins dangereux.
On achète des véhicules plus lourd parce qu’ils résistent mieux aux mauvaises routes.
Le temps est venu de se retirer des hydrocarbures, pas d’installer des infrastructures majeurs subventionnées qui nous emprisonnent pour 50 ans. Robert Beaulieu

Et un incident, rien qu’un incident d’oléoduc s’il s’agit du tronçon qui longe le fleuve et qu’il est causé par un glissement de terrain (le trajet proposé traverse plusieurs secteurs sujets à glissements) vous vous imaginez un tuyau de plusieurs pieds de large éventré comme les wagons de Mégatic qui déversent leur flot dans le fleuve et ce jusqu’à ce qu’on s’en rende compte et qu’ensuite on intervienne! je n’ose imaginer la suite risquerait de ressembler au désastre de Shell dans le Golfe du Mexique.

Pour ma part, ce n’est pas la provenance de la pétrolière qui me rend contre le projet de pipeline. Je trouve que l’argent du gouvernement (notre argent) devrait être investi dans les énergies vertes. Il y a déjà beaucoup de développement dans ce domaine et de petites compagnies qui réussissent des exploits avec peu de moyens et c’est eux qu’il faut appuyer. Pour moi, le pétrole (peu importe sa provenance) est dépassé depuis longtemps. J’invite les lecteurs à s’informer sur ce qui s’est fait en Norvège avec le virage vers les autos électriques.
Pour ce qui est de la masse moyenne des voitures qui a augmenté de 2009 à 2014, il faudrait considérer le nombre d’enfants qui augmente par famille et probablement le nombre de minifourgonnettes vendues pour les petites familles. Il faut mettre les études en contexte sinon elles perdent toute crédibilité à mes yeux.