La petite histoire de grandes photos

Un violent orage s’abat sur le Complexe aquatique de l’île Sainte-Hélène, où le photographe Jean-François Bérubé a donné rendez-vous au plongeur le plus célèbre du Québec. La séance de photo tombera-t-elle à l’eau ? Jean-François Bérubé, qui en a vu d’autres, contacte immédiatement un météorologue d’Environnement Canada. « Le beau temps s’en vient », annonce-t-il ensuite avec assurance à Alexandre Despatie, qui est un brin incrédule. Une heure plus tard, les nuages font place au doux soleil de fin d’après-midi. La séance de photo peut (enfin) commencer…

Déjà immortalisé par Jean-François Bérubé à la veille des Jeux d’Athènes, le jeune athlète se prête au jeu avec un plaisir évident. Il n’hésite pas à donner son avis sur les photos, qui s’affichent instantanément à l’écran de l’ordinateur portable du photographe, relié par câble à l’appareil photo numérique. (Son cliché préféré, pris devant un drapeau chinois suspendu entre deux tremplins en bordure de la piscine, sera finalement choisi pour illustrer la page couverture de ce numéro.)

D’abord féru de photos de paysages et d’objets, Jean-François Bérubé ne se destinait pas à devenir portraitiste. « Je suis timide, je suis arrivé au portrait par hasard », dit ce natif de Causapscal, dans la vallée de la Matapédia. Il y a un peu plus de 20 ans, l’hebdomadaire culturel montréalais Voir lui a demandé, à brûle-pourpoint, de faire un portrait du chef de l’Orchestre symphonique de Montréal de l’époque, Charles Dutoit. L’équipe du maestro ne lui a accordé que trois minutes. Son (étonnant) cliché a néanmoins été publié en page couverture du journal. Et sa carrière a pris un virage inattendu.

Le photographe a depuis multiplié les rencontres de ce type, pour le compte de grandes publications d’ici et d’ailleurs ou pour ses projets personnels. Riopelle, Cohen, Leloup, Gainsbourg et des dizaines d’autres personnalités ont tour à tour défilé devant son objectif. « J’ai un lien privilégié avec les gens que je photographie. Je suis toujours en mode off the record, les personnes me confient souvent leurs états d’âme, leurs secrets. » Il lève le voile sur certains de ces secrets dans un recueil de ses photographies les plus marquantes, simplement intitulé Rencontres (Géo Plein Air, 2007). Une incursion originale dans l’univers d’un artiste talentueux.