La petite histoire du racisme policier aux États-Unis

À Baltimore, le problème est tel que la ville a dû payer 5,7 millions de dollars depuis 2011 pour régler des plaintes au civil faisant état de brutalité policière.

Freddie Gray, cet Afro-Américain de 25 ans mort de manière inexpliquée après son interpellation par la police de Baltimore le 12 avril dernier, a relancé la polémique sur la discrimination de la police à l’encontre des Noirs aux États-Unis. Depuis le jour des funérailles du jeune Noir, lundi, de violentes émeutes secouent la ville de 620 000 âmes située dans l’État du Maryland.

Plus largement, cet événement pose de nombreuses questions sur le racisme aux États-Unis. S’il est difficile de mesurer un tel phénomène, des chercheurs et journalistes américains se sont penchés sur le sujet. Et les données qu’ils compilent sont éloquentes.

Partant du constat que les sondages traditionnels ne reflètent pas toujours la réalité (personne ne répondra «oui» à la question «êtes-vous raciste ?»), une récente étude de la revue scientifique PLOS One, rapportée par le Washington Post, a localisé le racisme aux États-Unis à partir de recherches effectuées sur Google. Plus exactement, elle a mesuré la popularité du mot-clé «nigger» («nègre», en français) dans le moteur de recherche. (À noter que le mot «nigga» a été retiré de leurs recherches, comme il revient fréquemment dans les paroles de chansons rap.)

Où se concentre le racisme chez nos voisins du Sud ? Comme l’illustre cette carte, sur l’axe vertical, dans l’est des États-Unis, de la Géorgie jusqu’à New York et au sud du Vermont, en plus d’une grande portion de l’Ohio.

racisme usa

Bien entendu, taper le mot-clé «nigger» dans un moteur de recherche ne signifie pas qu’un internaute est raciste. Mais les chercheurs maintiennent qu’avec les millions de données collectées, leur étude donne une bonne idée des endroits où se concentrent les préjugés racistes au pays.

Plus encore : les chercheurs de PLOS One démontrent que les endroits avec les plus grandes proportions de recherches racistes effectuées sur Google sont liées à des taux de mortalité plus élevés chez les Noirs, même après avoir ajusté les données en fonction de variables raciales et socioéconomiques.

La mort de Freddie Gray n’est pas une exception. On pense bien sûr au drame survenu à Ferguson, une banlieue de St. Louis, qui a aussi été le théâtre d’émeutes après la mort, l’été dernier, de Michael Brown, un jeune Noir non armé tué par un policier blanc.

Quand Ferguson pleure >>

Il est vrai que les parallèles à faire entre Baltimore et Ferguson sont nombreux. «Les deux villes sont habitées par des communautés afro-américaines relativement pauvres, qui sont entourées de banlieues plus riches et plus blanches. Elles partagent un historique de relations tendues entre la police et les résidants. Les deux souffrent d’un taux de chômage élevé, avec une importante population de jeunes Noirs», explique Ben Casselman, rédacteur en chef économique à FiveThirtyEight.

Comme c'est le cas à Baltimore, les revenus médians des résidants de Ferguson, dans le comté de Saint Louis au Missouri, sont beaucoup moins élevés que dans sa périphérie.
Comme c’est le cas à Baltimore, les revenus médians des résidants de Ferguson, dans le comté de St. Louis, au Missouri, sont beaucoup moins élevés que dans sa périphérie.

Alors que le taux de chômage à l’échelle nationale avoisinait les 7 % en 2013, à Baltimore, il s’élevait à 37 % chez les hommes Noirs âgés de 20 à 24 ans, indique le site américain. Chez les hommes blancs de la même tranche d’âge, ce taux était de 10 %. Les chiffres ne sont guère plus encourageants chez leurs aînés : la même année, à peine 59 % des hommes noirs âgés de 25 à 54 ans occupaient un emploi, contre 79 % des Blancs. Un Noir sur 10 décrochait un diplôme universitaire, tandis que la moitié des Blancs atteignait ce niveau scolaire.

L'écart de revenu entre les Noirs et les Blancs contre le revenu des Noirs dans les villes où la population est au moins 10 % noire.
L’écart de revenu entre les Noirs et les Blancs contre le revenu des Noirs dans les villes où la population est au moins 10 % afro-américaine.

Les inégalités raciales aux États-Unis ne s’arrêtent pas là. La journaliste de données Lindsey Cook, du U.S. News & World Report, a compilé le nombre d’arrestations de Noirs faites par des policiers du Missouri  l’État où se trouve la ville de Ferguson , selon des données du Bureau du procureur général du Missouri. Résultat : les Afro-Américains de l’État du Midwest des États-Unis ont été arrêtés, fouillés et interpelés beaucoup plus souvent que leurs concitoyens blancs.

ferguson Nombre d'arrestations, de fouilles et d'interpellations au Missouri selon la race, en 2013 (Crédit : U.S. News & World Report)
Nombre d’arrestations, de fouilles et d’interpellations au Missouri selon la race, en 2013 (Crédit : U.S. News & World Report)

À Baltimore, le problème est tel que la ville a dû payer 5,7 millions de dollars depuis 2011 pour régler des plaintes au civil faisant état de brutalité policière sans motif valable, dévoilait une enquête du Baltimore Sun, en septembre dernier.

La plus importante indemnité  500 000 dollars, payés à même l’argent des contribuables  a été versée à un couple noir faussement accusé, en 2007, d’avoir enlevé leur petit-fils. L’homme a souffert de graves blessures après avoir été battu en prison.

Ce n’est pas pour rien que dans cette ville voisine de Washington, la méfiance envers la police  qui fait actuellement l’objet d’une enquête fédérale  ne cesse d’augmenter.

Et la confiance de voir un jour ces tensions raciales disparaître n’est pas gagnée chez les Afro-Américains, qui semblent beaucoup moins optimistes que les Blancs, comme en témoigne ce sondage Gallup. En juin 2013, 58 % des Américains blancs croyaient que le racisme serait un jour chose du passé aux États-Unis, contre 48 % des Noirs.

tensions raciales

 

 

 

 

 

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Quelques commentaires

1) Le mot nigger (nègre) était utilisé à l’origine par les noirs eux-mêmes. Il signifiait »homme » et n’était pas raciste lorsqu’il était utilisé par eux. Dire que l’occurrence de ce mot dans le moteur de recherche Google est lié au racisme me semble un peu faible comme hypothèse de départ pour étudier le racisme.

2) Dans la population noire américaine, il y aurait déjà 25% de métissage avec les blancs. Les métis se considèrent comme des noirs, même ceux qui pourraient avoir 75% de gènes blancs. Ça semble indiquer un racisme de la part des noirs supérieur à celui des blancs, comme si le gène noir était dominant…

3) On pointe presque toujours les blancs quand on parle de racisme. Pourtant, je suis convaincu que le racisme est pire de la part des noirs, mais on n’en parle pas. Par exemple, il y a plusieurs rappeurs noirs carrément racistes, comme le pseudo-rappeur Médine pour qui « les blancs sont des porcs consanguins ». http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/04/04/2455243_insultes-raciales-par-le-rappeur-medine-que-font-le-mrap-sos-racisme-ldh-licra-et-autres.html

Autre exemple: Le groupe 113 http://cantinebivouac.free.fr/pages%20web/47.htm
Extrait de leurs chansons :
j’crie tout haut: » J’baise votre nation » (en parlant de la France)
L’uniforme bleu, depuis tout p’tit nous haïssons
On remballe et on leur pète leur fion. (à propos des policiers)
Faut pas qu’y ait une bavure ou dans la ville ça va péter,
Du commissaire au stagiaire: tous détestés !
A la moindre occasion, dès qu’tu l’peux, faut les baiser. (à propos des policiers)
Bats les couilles les porcs qui représentent l’ordre en France

4) Le QI moyen des afro-américains est inférieur à celui des blancs d’environ 15 points. Ce QI est lié à la résolution de problèmes de type mathématique et il a une forte corrélation avec le statut socio-économique. Améliorer l’éducation des communautés noires peut aider. Cependant, ce QI est aussi lié au volume du cerveau, qui est légèrement plus petit chez les noirs (comparé aux blancs): on parle d’une différence de 6% du volume cervical entre blancs et noirs africains. http://www.intelligence-humaine.com/differ.html#4 Ce qui fait l’intelligence d’une espèce, c’est le ratio entre la grosseur du cerveau et celle du corps. Un éléphant a un cerveau plus gros qu’un humain, mais n’est pas plus intelligent. Cette différence de 6% s’est surement atténuée avec le métissage chez les afro-américains, mais elle peut expliquer en partie la difficulté des noirs de poursuivre des études universitaires et d’obtenir un statut social plus élevé.

5) Avec un haut taux de chômage, plusieurs noirs se tournent vers le crime organisé. Il semble aussi y avoir des différences génétiques entre blancs et noirs reliées à l’agressivité (avec les noirs en moyenne plus agressifs). On rapporte aussi que les policiers se font plus souvent attaquer par des noirs que par des blancs lors des arrestations, ce qui augmente leur crainte face aux possibles réactions violentes des noirs.

En gros, le problème du racisme n’est pas près d’être résolu. Il y a une tendance naturelle chez l’homme à favoriser ceux de son groupe (peu importe la définition de ce groupe) et à haïr (ou du moins se méfier et se défendre contre) les autres groupes. Certaines émeutes sportives sont d’ailleurs liées à ces groupes.

Améliorer l’accès à l’éducation des noirs peut aider, mais il faudra combattre le racisme des deux côtés, trainer en cour ces rappeurs racistes anti-blancs, et je dirais favoriser davantage le métissage.

Enfin, une politique de taxation des produits entrant dans un pays (douane) pourrait aider à établir ici ou aux États-Unis des entreprises avec des emplois manuels et diminuer le chômage des gens moins éduqués. Il faudrait arrêter d’exporter ces emplois en Chine ou en Inde.

Je serai toujours étonnée devant les inepties qu’on peut lire dans les textes racialistes. Pour votre information, on sait depuis très longtemps qu’un écart de 15 points de QI peut être observé chez des jumeaux identiques ayant grandi dans des environnements très différents (Newman, Freeman, et Holzinger, 1937), et le Néandertalien, plus petit que nous, avait un plus gros cerveau.

Je sais que le QI est variable entre les individus d’une même race, ou d’une même famille. Il peut aussi être amélioré par l’éducation, du moins, pendant la période d’éducation. A plus long terme, je n’en suis pas sûr, mais il semble y avoir un effet positif.

Pour les néanderthaliens, oui, ils avaient un cerveau plus gros. Peut-être étaient-ils même plus intelligents que nous! On ne le sait pas. C’est peut-être l’agressivité de l’homo sapiens qui a eu le dernier mot et provoqué la disparition des néanderthaliens. Selon certains, ce serait la domestication du chien qui aurait fait la différence dans les combats.

Rien n’indique que l’évolution de notre espèce est continue, avec amélioration constante de l’intellect. On est peut-être en pleine régression.

Il y a présentement tout un débat sur le QI. Les différences observées entre les différentes ethnies sont, pour les uns, explicables par l’environnement, la culture et l’alimentation. Pour les autres, ils y voient un facteur génétique additionnel. Quel est la part de chacun des facteurs fait débat.

Cependant, si on admet la théorie de l’évolution, rien nulle part ne permet de prédire ou de soutenir que le QI moyen de toutes les différentes ethnies soit le même. Ce serait d’ailleurs étonnant. Bien sûr, si on croit à une origine divine commune, avec Adam et Ève créés il y a 6000 ans, on pourrait maintenir que le QI moyen des ethnies, dans des environnements similaires, serait le même.

Par contre, on mesure des différences dans le volume moyen des cerveaux des différentes ethnies, et ce volume moyen corrèle bien avec le QI moyen. Les africains du sud du Sahara ont un QI moyen de 70 et les aborigènes d’Australie de 62. A l’autre extrême, on a les juifs ashkénazes à 110 et les asiatiques de Chine et du Japon à 105. Le QI moyen des afro-américains et afro-européens à 85 montre l’effet d’un métissage partiel et de l’éducation. http://www.intelligence-humaine.com/differ.html#4

Bien sûr, je mentionne ici des moyennes. L’écart-type sur le QI étant de 15, on a une grande variabilité à l’intérieur même d’une ethnie. Il ne faut surtout pas juger une personne à partit du QI moyen de son ethnie.

Mon point majeur ici est que les différences d’intelligence entre ethnies peuvent expliquer pourquoi un pays comme la Chine peut se développer rapidement, alors que certains pays d’Afrique, ou même Haïti, avec les millions de dollars reçus en dons avant le tremblement de Terre, ne se développent pas. C’est aussi un facteur à considérer avec l’immigration…

Freddie Gray a été arrêté par 6 policiers, dont trois étaient afro-américains. Les accusations les plus graves sont portées contre un de ces trois afro-américain, celui qui conduisait le fourgon de police. Peut-on vraiment parler de racisme?

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2015/05/01/baltimore-qui-sont-les-protagonistes-de-l-affaire-freddie-gray_4626201_3222.html

http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/438943/usa-nouvelles-manifestations-pour-exiger-la-lumiere-sur-la-mort-d-un-jeune-noir-a-baltimore