La «porte des pauvres» ou la ségrégation londonienne

À Londres, la construction de logements sociaux s’accompagne de plus en plus d’une ségrégation à l’égard des moins bien nantis.

Photo © Getty Images
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La construction de logements sociaux est une problématique à laquelle les villes ne se plient pas toutes avec bon cœur. À Londres, elle s’accompagne de plus en plus d’une ségrégation à l’égard des moins bien nantis. En effet, des entrées distinctes ont été aménagées, afin de séparer les riches propriétaires des modestes locataires, révèle une enquête du Guardian.

FouineurAinsi sont nées ce que l’on appelle désormais les « portes des pauvres ».

« Même les espaces de rangement des vélos, les locaux d’entreposage des poubelles et les boîtes aux lettres sont séparés » écrit la journaliste Hilary Osborne.

Bill de Blasio, le maire de New York, est très au fait de cette nouvelle. Fin juillet, une polémique a éclaté quand de telles installations ont été évoquées pour un immeuble luxueux de l’Upper West Side. Le maire s’est engagé à prendre des actions pour empêcher tout traitement spécial réservé aux résidents à faible revenu. Mais, s’il s’agit d’un cas isolé à New York, la « porte des pauvres » est en passe de devenir une pratique courante à Londres.

Tracey Kellet, chasseuse d’appartements dans la City, a confirmé au Guardian qu’un certain nombre de complexes immobiliers ont des entrées séparées « afin que les deux strates sociales n’aient pas à se croiser ». Par exemple, dans un bâtiment en bordure du quartier financier, les propriétaires aisés accèdent à leurs demeures en passant par ce qui pourrait passer pour la réception d’un hôtel, tandis que les locataires de logements sociaux entrent par une porte latérale, dans une ruelle adjacente, au milieu des accès de livraison.

À Londres comme à New York, plusieurs s’inquiètent que cela n’entraîne une division toujours plus accentuée entre les communautés. « Cette tendance révèle un certain mépris pour les gens ordinaires », a affirmé Darren Johnson, membre de l’Assemblée de Londres sous l’étiquette du Parti vert.

Les promoteurs ont défendu leur vision en assurant qu’il s’agissait d’un moyen pour les associations de logement de maintenir le coût des charges à un niveau raisonnable, puisqu’elles s’évitent ainsi les frais liés aux services premium offerts aux résidents privés. Dans l’immeuble One Commercial Street, par exemple, il y a un concierge 24 heures sur 24, sept jours sur sept, pour répondre aux demandes de clients qui ont payé un minimum de 500 000 livres (environ 920 000 dollars canadiens) pour s’offrir un simple studio.

« Du point de vue de la conception, la façon la plus simple de procéder est d’avoir des offres différenciées », résume Peter Allen, directeur des ventes et du marketing de la résidence Londonewcastle.

Un point de vue que ne partage pas une résidente du One Commercial Street qui a parlé sous le couvert de l’anonymat. « L’élite passe par devant, et les ordures par l’arrière. »

À lire : «Poor doors : the segregation of London’s inner city flat dwellers» sur le site du Guardian >>