La prise de Gaspé : un prélude à l’invasion de Québec

Le 4 septembre 1758, le brigadier général des troupes britanniques, James Wolfe, débarque à Gaspé. Il incendie l’établissement de pêche de la péninsule de Penouille.

La mort du général Wolfe, par Benjamin West (1770)

Depuis 1756, la guerre de Sept Ans oppose la France et l’Angleterre. La victoire anglaise, en 1763, posera les bases de l’Empire britannique en Amérique du Nord. Ces raids de 1758 en Gaspésie surviennent après que les troupes anglaises eurent pris Louisbourg, en juillet. Le propos du major général Jeffery Amherst à Wolfe traduit sans équivoque les intentions des envahisseurs : « Destroy the vermin who are settled there» (détruisez la vermine qui s’est établie là).

Le 4 septembre, Wolfe entre en force dans la baie de Gaspé avec une escadre de 14 vaisseaux, 1 500 hommes et des matériaux pour construire des habitations et des « blagousses » (blockhouses). Le 5 septembre, le capitaine Bell, aide de camp de Wolfe, se rend demander au responsable du poste de Penouille, Pierre Révol, de se rendre. Une surprise l’attend : Révol est mort depuis février. Sa femme et son fils se sont enfuis dans les bois avec d’autres. On s’empare de l’établissement et on détruit tout : la maison de Révol, un magasin, une forge, cinq cabanes de pêcheurs, 25 chaloupes, six canots, une grande barque et différentes marchandises.

En 1757, le gouverneur de Vaudreuil avait nommé Pierre Révol à un poste de vigie à Gaspé. En avril, il confiait au garde des Sceaux que Révol y avait hiverné dans des conditions difficiles : « Il a éprouvé une disette extrême de vivres et je doute fort que la quantité que je luy en enverray en prime soit suffisante. »

Le 6 septembre, les Anglais pénètrent dans le bras nord-ouest de la baie (rivière Dartmouth), y trouvent une cinquantaine de chaloupes et capturent des habitants, dont Mme Révol. Les soldats achèvent leur journée en cueillant des fruits sauvages ! Le 7 septembre, explorant le bras sud-ouest de la baie (rivière York), ils mettent la main sur huit hommes et se rendent au moulin que Révol avait au fond de la baie. Ils brûlent tout. Le surlendemain, 12 Français sont capturés. Les 10 et 11 septembre, l’armée brûle le poste de Révol et se retire à Grande-Grave.

Du 12 au 25 septembre, Wolfe envoie des militaires mettre le feu aux postes de Pabos, Grande-Rivière, Miramichi et Mont-Louis. Sur les 79 prisonniers faits en Gaspésie, 35 sont déportés à Saint-Malo. Wolfe, dans son rapport à Amherst, se montre peu fier des ravages causés par ses troupes : « Nous avons fait beaucoup de dommages, répandu la terreur des armes de Sa Majesté par tout le golfe, mais nous n’avons rien fait pour en grandir la renommée. »

 

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