La prison «la plus humaine du monde»

Un pénitencier norvégien pousse la réadaptation à son extrême limite. Six ans après son ouverture, l’heure est aux premiers bilans.

Le pénitencier à sécurité maximale Halden, en Norvège. (Photo: Trond Isaksen/Rex Features/PC)
Le pénitencier à sécurité maximale de Halden, en Norvège. (Photo: Trond Isaksen/Rex Features/PC)

Avec un peu d’imagination, on pourrait se croire à l’hôtel. À Halden Fengsel, à deux heures de route au sud-est d’Oslo, en Norvège, les chambres sont lumineuses, toutes avec salle de bains privée, frigo et fenêtre sur cour. Un magnifique boisé de pins et de bouleaux entoure le complexe d’une dizaine de bâtiments, qu’on dirait sortis du catalogue Ikea. L’ambiance est détendue, voire zen.

Sauf qu’ici, il n’y a pas de touristes. Plutôt des meurtriers, des violeurs et des pédophiles.

Halden, pénitencier de 250 places, a ouvert ses portes en 2010 comme expérience de réadaptation extrême, dans ce pays où l’emprisonnement à vie n’existe pas — la peine maximale en Norvège est de 21 ans. À Halden, on assure aux détenus, tous condamnés pour des crimes graves, le soutien éducatif nécessaire pour qu’ils deviennent de bonnes personnes. On les traite avec ouverture et sympathie, en assurant leur bien-être dans une bulle réconfortante de profs, de psychologues et de gardiens bienveillants — non armés.

Carsten Fredriksen semble avoir trouvé son bonheur dans ce cadre singulier. Au moment de notre visite, l’an dernier, le jeune homme passait la vadrouille dans l’unité qu’il partage avec une dizaine de codétenus. « Salut ! » lance-t-il en nous invitant à entrer dans la cuisine.

Malgré ses unités dotées de cuisines modernes, sa cour décorée par le célèbre graffiteur norvégien Dolk, sa chapelle, la prison de Halden reste une prison, avec couvre-feu, visites limitées, etc. (Photo: Mona Strande/Caters News)
Malgré ses unités dotées de cuisines modernes, sa cour décorée par le célèbre graffiteur norvégien Dolk, sa chapelle, la prison de Halden reste une prison, avec couvre-feu, visites limitées, etc. (Photo: Mona Strande/Caters News)

Fredriksen a purgé les trois premières années de sa peine de 16 ans, pour un crime qu’il préfère taire. (L’actualité a accepté de préserver son anonymat et sa discrétion concernant son crime, à sa demande et à celle des autorités, les médias norvégiens révélant rarement l’identité des criminels.) Il dit vivre à Halden une vie « normale » ou presque. Chaque jour, lorsque ses compagnons d’unité sont à l’école ou au travail, dans d’autres ailes de la prison, il fait la cuisine et le ménage, pour 69 couronnes norvégiennes (11 dollars) par jour. Une somme plutôt symbolique, compte tenu du coût de la vie élevé en Norvège, où un paquet de cigarettes se vend plus de 15 dollars.

« Il n’y a pas de violence ici, peut-être un ou deux cas par an, affirme Fredriksen. On s’influence les uns les autres. Si tu es une tête brûlée, mais que tu vois que tout le monde se comporte comme il faut, tu as tendance à faire la même chose », note-t-il en s’adressant à nous en anglais, comme tous les prisonniers à qui nous avons parlé.

Chaque prisonnier est jumelé à un agent correctionnel, qui élabore un programme de réadaptation sur mesure, avec la collaboration de psychologues et de travailleurs sociaux. Les relations entre gardiens et prisonniers n’en sont que plus amicales, souligne le gardien Ole Christian, 27 ans, dont le quotidien compte de nombreux moments de détente avec les détenus. Prendre cinq minutes pour discuter autour d’un café, jouer une partie de backgam­mon ou de cartes, voilà l’appro­che norvégienne, selon lui : « Ce n’est pas “nous et eux”, mais “nous”. Ensemble, comment est-ce qu’on peut changer les choses ? »

Lasse Andresen, gardien de prison depuis 38 ans — et dans cet improbable pénitencier depuis l’ouverture —, en a vu d’autres. « Ici, c’est comme si je venais travailler dans une école. »

Il tient cependant à rappeler que Halden reste une prison. Avec des restrictions sembla­bles à celles des établissements à sécurité maximale : utilisation limitée d’Internet, lettres ouvertes avant d’être remises aux destinataires, appels téléphoniques d’au plus 20 minutes par semaine, couvre-feu à 20 h 30, une seule visite hebdomadaire. Et puis il y a les murs de sept mètres, visibles à travers les arbres qui ceinturent le complexe…

Halden essaie de reproduire la vie en société. L’impression de normalité se manifeste jusque dans les sentiers qu’empruntent les prisonniers pour aller à l’école ou chez le médecin.

Selon le psychologue Jan Berglund, cette illusion est réconfortante. À leur arrivée, la plupart des détenus souffrent d’anxiété, laquelle disparaît petit à petit dans cette société en microcosme. « Dans une prison américaine, l’anxiété ne partira jamais. Ici, tu peux avoir l’impression que tout va bien, que tout est normal. »

C’est une attitude que Robin Andreassen semble déjà avoir adoptée. Le jeune homme, arrêté pour meurtre un mois avant notre visite, attend de connaître sa peine dans l’aile la plus stricte du bâtiment, celle où sont con­finés les cas psychiatriques ou jugés dangereux. S’il respecte le code de la prison, Robin déménagera dans une aile plus permissive, où il espère apprendre la cuisine dans le but de se trouver un boulot une fois qu’il sera libéré.

Les tenants de la ligne dure ont critiqué le « luxe » de l’établissement, mais après six ans, force est d’admettre que l’expérience fonctionne. Are Høidal, directeur du pénitencier, assure qu’il n’y a eu ni tentative d’évasion ni incident grave ou violent depuis l’ouverture.

Difficile, toutefois, de mesurer le taux de récidive. La plupart des détenus sont envoyés dans des prisons à sécurité minimale avant de recouvrer leur liberté. D’autres sont renvoyés dans leur pays d’origine (40 % des détenus de Halden sont des immigrants, certains admis, d’autres pas), ce qui complique le suivi.

En Norvège, on ne croit pas à la vengeance. Le plus important, c’est de reconstruire le prisonnier pour en faire une meilleure personne », dit-il.

« Les médias nous appellent “la prison la plus humaine du monde” et on aime ça. »

Pas pour Breivik

Le meurtrier le plus célèbre de Norvège, Anders Behring Breivik, ne sera jamais admis à Halden. Condamné à la peine maximale, 21 ans, pour deux attentats à la bombe et le meurtre de 77 ­adolescents sur l’île d’Utøya en juillet 2011, le terroriste d’extrême droite restera en isolation au pénitencier d’Ila, proche d’Oslo, qui loge les criminels les plus dangereux du pays.

Les commentaires sont fermés.

Si l’efficacité semble évidente pourquoi le meurtrier de 77 adolescents ni est pas incarcéré. Car comme l’indique votre article la peine maximale est de 21 ans, donc il sortira mais sera-t-il réadapté? Parfois, il n’y a pas de solution. Quel genre de menace representera-t-il?

Beaucoup d’illusions dans cette prison la plus humaine du monde, où la société se donne bonne conscience .

Comprendre et aider est assurément un bon début mais n’est rien si le sentencé ne ressent pas le besoin de réparer les erreurs commises et pourquoi pas face aux gens qui les ont subies.

Mais, ils retourneront pour certains dans leur environnement loin de ce décor idylique, peut-être mieux outillés ou avec un désir d’y retourner.

«Si l’efficacité semble évidente pourquoi le meurtrier de 77 adolescents ni est pas incarcéré. Car comme l’indique votre article la peine maximale est de 21 ans, donc il sortira mais sera-t-il réadapté? Parfois, il n’y a pas de solution. Quel genre de menace representera-t-il?»

Bonnes questions (il manque un ? à la fin de la première phrase).

Ceci dit, si vous posez les questions, c’est que vous n’avez pas les réponses. Or, vous semblez avoir une opinion bien arrêté pour quelqu’un qui ne connais pas les détails de la justice Norvégienne.

Effectivement, il manque un » ? » .Merci!
Corrigeons par la même occasion et dans la même phrase: » n’y « au lieu du « ni ».

D’ordinaire, je me questionne rarement lorsque je connais les réponses.

Et, non je n’ai pas d’opinion bien arrêtée, c’est pourquoi je me questionne.

Vous avez tout à fait raison, je ne connais strictement rien de la justice Norvégienne!

La place d’un criminel sera toujours derrière les barreaux, idéalement dans des conditions extrêmement inférieur au reste des citoyens. Jamais un criminel devrait améliorer son sort en tuant ou en violant quelqu’un. Sinon quel message envoi t’on a la population.

Il est reconnu que la plupart des détenus « graves » ont subi des sévices graves pendant leur enfance. Et adultes, la prison les attend ! Alors, pourquoi ne pas leur donner enfin une chance de faire connaissance avec la bonté des humains et même de découvrir la leur enfouie dans leurs marasmes épouvantables !

Cette « prison » est dans la lignée des établissements pénitentiaires au Danemark et au Groenland où les détenus sont aussi relativement « libres » et doivent travailler pour payer leur pension. Il est démontré par plusieurs études que ça fonctionne mieux que les prisons traditionnelles car il y a généralement moins de risques de récidive avec ce système qu’avec le modèle américain. Ça facilite grandement le retour en société, la réinsertion sociale et non, les ex-détenus n’ont pas envie d’y retourner car l’absence de liberté est ce qu’il y a de plus difficile pour un humain.