La promesse timide du printemps

Ils sont là les bourgeons. Rouges de promesse. Je les vois. Et je choisis d’y croire. Le billet teinté d’espoir de Léa Stréliski.

Photo : L'actualité

Les petits. Ils sont les champions du moment présent. Quand on était enfant, on savait se perdre dans les jeux. On savait se laisser absorber. C’est un exercice de foi de se laisser absorber sans se méfier. Sans être aux aguets. De se laisser prendre par la vie en lui faisant confiance. Il y avait une sorte de liberté dans le fait de se laisser couler. De choisir une activité puis de la faire. Sans la remettre en question. Sans trop y réfléchir. Sans se demander pourquoi on fait ça. Juste… se laisser y aller.

Prendre des sacs poubelle vides, y entrer nos petits corps grouillants puis dévaler la pente gazonnée en roulant sur soi-même jusqu’à ce que le soleil baisse. Faire des tonneaux et des tonneaux et des tonneaux. Jusqu’à ce que, couché dans l’herbe tout en bas, on ait l’impression que la terre tourne autour de soi. Le sol bouge, le ciel tourbillonne. Et rire en ayant un peu peur. Est-ce que la terre va se remettre comme avant ? Bien à plat, pour que je marche dessus sans tomber ?

Des après-midis d’insouciance à chercher des bouts d’écorce d’arbre pour assembler le toit plat d’une cabane. Se perdre dans le bois, non pas littéralement, mais figurativement, être dans un autre monde. Et bien sûr, s’ennuyer. Trouver le temps long. Dire « j’ai rien à faire ». Voir sa mère qui plie du linge sur la table à manger. La savoir occupée pendant qu’on tourne en rond. Tomber dans la craque qui sépare deux activités. Attendre que la prochaine idée vienne comme on attend le métro. Regarder loin dans le fond du tunnel, mais rien voir. Qu’est-ce que je vais faire ?

Les enfants retrouveront bientôt les sacro-saints bancs de l’école. On a passé près de deux mois à se planquer de cet ennemi invisible, on a tous hâte de passer à la prochaine étape, celle où on sort couteau entre les dents et on apprend à vivre avec ce maudit ennemi invisible.

Je le déteste et je l’aime à la fois. Je le déteste pour les raisons évidentes du chaos, de la souffrance, de la maladie, de la noirceur et de la mort. Puis je l’aime pour notre résilience, notre inventivité, notre adaptation et tout ce qu’il nous force à voir. À comprendre. Vous saviez que vous aimiez à ce point vos parents ? Même adulte, il y avait un bout de vous qui les tenait pour acquis, non ? Et maintenant que vous ne pouvez plus les voir ? Hein, tous ces gens que vous ne pouvez plus voir, vous saviez qu’ils étaient à ce point importants à votre vie ? Moi, non. Comme un chat perché sur un calorifère, je joue parfois à penser que « l’amour… pfff… Je suis au-dessus de ça, moi ».

Non, tous ces gens que vous étreindrez — et que vous ne colliez peut-être pas avant par pudeur, par peur de ressentir —, vous les serrerez dans vos bras comme jamais auparavant. Un câlin que l’on n’a pas eu le droit de faire est la promesse de mille câlins que l’on savourera. Le printemps qui se fait attendre reviendra. Vous prendrez les gens que vous aimez dans vos bras, en fait vous prendrez tout le monde dans vos bras. Le facteur. L’épicier. Le voisin.

L’hiver avait déjà été long. Nous étions si près du but. Le mois de mars promettait la fonte. Et puis la pandémie nous aura encabanés quand nous manquions déjà d’air. On le connaît le manège de l’hiver, mais nos os savent quand c’est le temps du dégel. Si tu nous enfermes deux mois de plus en bout de course, c’est sûr qu’on s’essouffle.

Mais je les regarde les petits maudits. Ils sont petits, mais ils sont là. Rouges de promesse et bien accrochés aux branches. Ils sont lents, mais ils sont là. Ils disent : « on est le bourgeon, on apporte l’espoir. On dit naissance même quand tu penses mort ». Je les vois les bourgeons et je vais décider d’y croire. Les enfants retourneront à l’école. On trouvera une nouvelle marche. Et puis, si on est chanceux, un jour juillet nous donnera ses fruits. À suivre..

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