La rentrée, comme dans un rêve

L’ode d’un père à la rentrée, un récit empreint d’émotion signé Marc-André Durocher, blogueur du site Ta Tribu.

Crédit : L'actualité

C’est la rentrée, comme dans un rêve. Les sacs à dos des enfants sentent le papier chaud et la colle blanche. Leurs souliers sont blancs, leurs boîtes à lunch sont propres.

Un vent doux de septembre caresse nos jambes.

Les uns derrière les autres, nous rampons jusqu’à la cour d’école en réparation. La ruelle retient son souffle.

Nous nous tenons la main jusqu’au dernier instant. Je vois les épaules de notre fils qui tremblent à travers son nouveau chandail à paillettes rouges.

Nous échangeons des sourires tendres. Ça fait du bien.

Les parents sont solennels. C’est la parade des petites mains en file. Nous n’avons jamais vu des enfants aussi silencieux.

Ces derniers mois, leur innocence en a pris un coup. Ils ne nous regardent plus de la même façon. Aujourd’hui, il n’y a plus de main assez lourde sur leurs joues, plus de comptine assez douce pour les rassurer. Certaines promesses ont été brisées, et les espoirs se sont fait attendre.

Je ne pense pas que nos enfants nous en veulent, mais je crois qu’ils ont compris : nous n’avons pas tous les pouvoirs, et encore moins toutes les réponses.

Quelque chose arrive : en regardant les petits laver leurs mains pour entrer dans leur nouvelle école, je me dis que je ne veux plus survivre.

Survivre ne suffira plus.

Je me dis que 2020 n’est pas notre première année passée dans l’adversité. Tout au long de nos vies de parents, nous avons vécu des deuils impossibles, de la pauvreté, du désespoir malgré les efforts répétés. Il y a eu aussi des drames de famille, des propriétaires ignobles, des milieux de travail toxiques. Sans oublier des mots impardonnables, du mépris, des douleurs fortes dans la poitrine.

Il y en aura d’autres, des imprévus. D’autres mauvaises langues, tordues et malhonnêtes. Des épreuves impossibles à prévoir. Des vagues d’ombre pour nous rappeler que nous ne sommes pas invincibles.

Mais nous avons appris, pendant ces mois de pandémie, que le malheur n’atteindra jamais le trésor de notre famille.

Notre douceur, nos manières fines, elles sont au fond de nos corps. Ce sont des feux brillants sacrés, des cœurs dorés hors de prix.

Des sources infinies pour rebondir.

Le désastre pousse ses racines loin, parfois, mais nous nous tenons encore debout.

Et plus le malheur s’écrasera de tout son poids sur nos épaules, plus nous ouvrirons grand, jusqu’à ce centre qu’il ne peut pas salir.

Nos enfants sont retournés à l’école et notre amour est imprenable.

Voici nos cœurs sauvages.

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